Bruxelles, 27/01/2016 (Agence Europe) - De nombreuses préoccupations ont été exprimées par les députés de la commission du développement du Parlement européen que préside Linda McAvan (S&D, britannique) à l'occasion d'un débat, lundi 25 janvier à Bruxelles, sur l'examen parlementaire de la programmation de l'aide au développement.
En cause: le manque de transparence et d'écoute reproché à la Commission européenne pour ce qui concerne la programmation des ressources du Fonds européen de développement(FED), la multiplication des fonds fiduciaires qui pourraient détourner des fonds de développement à d'autres fins et qui sont insuffisamment alimentés par les États membres, et le nombre de projets en cours dans des pays qui n'ont pas toujours la capacité d'absorption des fonds.
Les députés ont été nombreux à reprocher à la Commission de faire peu de cas de leurs objections et à citer l'exemple du programme indicatif national de l'Érythrée approuvé alors que les députés s'y opposaient. « La Commission n'accuse même pas réception de nos documents et le comité FED ne dit jamais avoir reçu nos objections. Or, la programmation FED est un outil très important pour les relations extérieures », a estimé Doru-Claudian Frunzulica (S&D, roumain). « La confidentialité ne sert pas les objectifs. Pour les fonds FED, j'invite la Commission et le Conseil à réfléchir pour déterminer s'il est opportun de les garder confidentiels » a déclaré Heidi Hautala (Verts/ALE, finlandaise). Quant aux fonds spécifiques, il convient, selon elle, de « s'assurer qu'ils ne soient pas confisqués et soient bien utilisés en conformité avec les principes de l'OCDE ».
Le commissaire à la Coopération internationale et au Développement, Neven Mimica, a tenu à les rassurer en leur donnant des gages d'un dialogue accru, « dans les limites des arrangements interinstitutionnels ». Il a par ailleurs invité les services de la Commission et les députés à suivre l'intérêt commun - celui d'une coopération aussi efficace que possible - pour permettre de transmettre les documents en temps et en heure, pour rendre la procédure d'examen la plus efficace possible, gérer la présence aux groupes de travail du PE et à ceux de la Commission. « La Commission a prouvé qu'elle était prête à aller jusqu'au bout des limites fixées par nos arrangement comme en témoigne, par exemple, la procédure d'examen informel du FED », a-t-il dit.
« Dès lors qu'on veut s'attaquer aux causes des migrations irrégulières à la racine, peut-on être pris au sérieux si on n'arrive pas à faire bouger les lignes ? Il va falloir durcir le ton pour être plus crédibles face à ceux qui jurent sur l'UE », a lancé Charles Goerens (ADLE, luxembourgeois) en déplorant la charge de la presse britannique sur l'inefficacité supposée de l'aide européenne et en appelant à « un débat dans la transparence, car la politique de développement apporte une plus-value jusqu'à preuve du contraire ».
Neven Mimica a précisé que l'article polémique du Sunday Times paru la semaine dernière se base sur le rapport annuel des délégations dans les pays tiers: « Ce n'est pas un rapport sur l'efficacité de l'aide. C'est un instantané dans le temps. Ces projets fonctionnent », a-t-il insisté. À Nirj Deva (CRE, britannique), qui affirmait que « 2598 projets pour 30 milliards d'euros ne sont pas mis en oeuvre » en se basant sur un document de travail de la commission du contrôle budgétaire sur le fonctionnement du SEAE et des chefs de délégations dans les différents pays, le commissaire a répondu: « Nous devons, tous ensemble, mieux définir notre action extérieure, nos contributions dans les pays partenaires, revoir le consensus européen existant sur le développement pour plus de cohérence ».
Et d'annoncer que le contenu de la révision sera connu d'ici à la fin de l'année. Quant aux fonds fiduciaires (Bekou pour la RCA, Madda pour la Syrie et les réfugiés, Fonds d'urgence pour l'Afrique), le commissaire les voit comme un outil additionnel pour obtenir un impact réel dans un délai d'un à deux ans, créer de la résilience et de l'emploi dans les pays d'origine des migrants et augmenter la capacité de gestion des flux de migrants. «Ce n'est pas une réorientation des instruments existants. C'est un complément opérationnel. Que représente le montant de 1,8 milliard d'euros géré par la Commission du Fonds fiduciaire pour l'Afrique quand l'UE et ses États membres mobilisent 28 milliards par an pour l'Afrique ? », a-t-il dit. (Aminata Niang)