Bruxelles, 27/01/2016 (Agence Europe) - La présentation faite par le ministre italien de l'Économie, Pier Carlo Padoan, à la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen, mardi 26 janvier, de l'idée de créer un mécanisme d'assurance-chômage complémentaire dans l'Union économique et monétaire (UEM) a suscité chez les députés plus d'interrogations et de scepticisme qu'un véritable enthousiasme.
L'idée de stabilisateurs automatiques dans l'UEM, qui pourraient prendre la forme d'un système d'assurance-chômage complémentaire commun pour pouvoir faire face aux variations cycliques du chômage et absorber ainsi les chocs dits asymétriques lors des crises et en réduire les conséquences sociales, est loin d'être nouvelle. Ses prémices théoriques remontent aux années 1970. La crise financière et économique de 2008 a suscité un regain d'intérêt à son égard, au point que cette idée s'est invitée aux débats du collège des commissaires européens et a failli être proposée par la Commission européenne en 2013 comme partie intégrante de la dimension sociale de l'UEM (EUROPE 10934).
Malgré les différentes tentatives, cette idée reste encore au stade de concept. Le gouvernement italien a beau avoir tenté de la ranimer, en 2014 lors de la Présidence italienne du Conseil de l'UE (EUROPE 11125), ce fut cependant un échec. La présentation en commission du PE de M. Padoan, qui a recouru largement au travail réalisé par l'ancien commissaire Laszlo Andor (EUROPE 11102), ressemble ainsi à une énième tentative qui, au regard des réactions des députés, risque une fois encore de ne pas faire bouger ce dossier aussi séduisant théoriquement qu'irréaliste politiquement.
Lors du débat, mardi, les questions des coordinateurs des groupes politiques ont montré toutes les interrogations (S&D, les Verts) et doutes (ADLE) qui existent, voire de la méfiance ou même une certaine hostilité (PPE) à l'égard de cette idée. Ils ont ainsi été nombreux à s'interroger sur la faisabilité de ce mécanisme d'assurance-chômage pour la zone euro, en interpellant le ministre italien sur la manière de le financer, sur sa compatibilité avec les systèmes nationaux et, souvent, sur la volonté politique au Conseil de l'UE de réaliser ce projet.
M. Padoan a surtout essayé de convaincre de la nécessité de compléter l'UEM et de la véritable possibilité de créer ce mécanisme, sans même devoir changer les Traités. Il ne s'agit pas d'un élément pour une « Union des transferts » permanents, qui porterait le risque d'un « aléa moral » dans l'UEM avec des bénéficiaires nets perpétuels. Le mécanisme serait en effet enclenché, par la Commission, de manière temporaire et uniquement à l'occasion d'une flambée cyclique du chômage de courte durée, a-t-il insisté. Selon lui, le budget du mécanisme, qui serait financé par les États membres, s'équilibrerait dans le temps. La raison en est simple: les crises n'épargnent aucun État membre et tous auront besoin, à un moment ou à un autre, d'un soutien de leurs partenaires européens. (Jan Kordys)