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Bulletin Quotidien Europe N° 11472
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) climat

2016 doit être l'année de l'action, selon Laurent Fabius et les députés

Bruxelles, 20/01/2016 (Agence Europe) - Un espoir au terme d'une année 2015 difficile, la preuve que « la diplomatie et le multilatéralisme peuvent parvenir à des résultats importants », une avancée majeure qui fait « oeuvre de paix pour les générations actuelles et futures »: c'est cela l'Accord de Paris, « reconnu comme ambitieux », a souligné le ministre français des Affaires étrangères et président de la COP 21, Laurent Fabius, mercredi 20 janvier devant le Parlement européen, à Strasbourg.

M. Fabius était invité par le président du PE, Martin Schulz, à dresser un bilan de la COP 21 et à évoquer le rôle de l'UE dans la mise en oeuvre de l'Accord de Paris en 2016, comme l'avait fait le commissaire européen à l'Action pour le climat et à l'Énergie, Miguel Arias Canete, le 15 décembre 2015, quelques jours après la conclusion de l'accord (EUROPE 11455 et 11452).

De l'avis de M. Fabius, l'accord remplit « tous les critères de succès » qu'il avait énoncés en octobre. Outre son caractère contraignant, il est dynamique, contient un mécanisme de revue quinquennal (un premier bilan sera dressé en 2023, mais un premier rendez-vous est fixé en 2018 pour évaluer les progrès réalisés pour atteindre les objectifs 2020), un cadre commun de transparence avec des flexibilités, la différenciation porte sur l'ensemble des sujets. Toutefois, « beaucoup reste à faire pour l'appliquer. 2016 doit être l'année des quatre P », a indiqué M. Fabius. Il faut comprendre par là: 1) le Processus de signature et de ratification (par 55 pays représentant 55% des émissions mondiales). L'Accord de Paris étant ouvert à la signature à New York le 22 avril prochain, M. Fabius a invité l'UE à montrer l'exemple en étant la première à le signer le 22 avril; 2) les Précisions à apporter sur les modalités de mise en oeuvre de l'Accord. Les réunions onusiennes de mai, à Bonn, permettront de préparer les premières décisions concernant le financement climatique, la revue quinquennale et les règles de suivi de la transparence ; 3) la Période pré-2020 dans laquelle doit être intensifié le soutien financier des pays riches pour atteindre les 100 milliards de dollars par an, avant de fixer un nouvel objectif d'ici à 2025 ; 4) la Préparation de la COP 22 dans le même esprit de partenariat.

Celui qui restera président de la COP jusqu'à la COP 22 de Marrakech (décembre 2016) a remercié chaleureusement le Parlement européen, l'ex-présidente du Conseil, la ministre luxembourgeoise Carole Dieschbourg, et le commissaire à l'Action pour le climat, Miguel Arias Canete, présent dans l'hémicycle, pour le rôle déterminant qu'ils ont joué dans ce succès. C'est ainsi que la quasi-totalité des groupes politiques considèrent les résultats de la COP 21, même si tous ont regretté que les transports aérien et maritime internationaux ne soient pas inclus dans l'accord. Le président de la COP a invité l'UE à « promouvoir des compromis bien en amont » de la réunion de l'OACI en septembre 2016 qui doit conclure un accord pour stabiliser les émissions après 2020.

Les remerciements ont fusé en retour envers M. Fabius pour la manière dont la diplomatie française a mené les négociations « de main de maître », selon Peter Liese (PPE, allemand). Tous ont estimé que l'année 2016 serait l'année de l'action pour mettre en oeuvre le premier accord climatique universel « juridiquement contraignant, autant qu'il pouvait l'être, compte tenu des contraintes juridiques de certains pays », a précisé le ministre français.

Au nom de son groupe, Peter Liese s'est toutefois dit « sceptique sur l'objectif de 1,5 degré », plaidant pour qu'on soit d'abord sûr de pouvoir atteindre 2 degrés. Déplorant que l'OACI et l'OMI n'aient « pas entendu notre appel », il a rappelé que, si l'OACI n'était pas prête à une réduction des émissions du transport aérien, la législation de l'UE devrait s'appliquer (l'ETS). Kathleen Van Brempt (S&D, belge) a renchéri en rappelant que les secteurs du transport aérien et maritime international émettent autant que l'Allemagne et la Corée du Sud réunies et devraient connaître une croissance de 270% à l'horizon 2050. Mais, contrairement à son collègue, elle juge que l'objectif de « 1,5 degré est très important » et que l'UE doit, en conséquence, se fixer « des objectifs plus ambitieux pour 2030 et 2050 ».

Gerben-Jan Gerbrandy (ADLE, néerlandais) est sur la même ligne. Puisqu'il « faut se rapprocher des 1,5 degré », il se demande si les politiques européennes sont suffisantes, si les fuites de carbone seront toujours d'actualité, étant donné que d'autres pays vont agir. Estimant que cet accord adresse « le signal clair que le monde avance de manière irréversible vers une économie bas carbone et que le bas carbone sera plus concurrentiel que le carbone », le fait que « l'Europe commence à être à la traîne en investissements propres » l'inquiète. Pour Ian Duncan (CRE britannique), la COP 21 est parvenue à « un sacré résultat surtout avec 1,5 degré » et « la décarbonisation » (qui ne figure pourtant pas dans l'accord: NDLR). Marco Affronte (ELDD, italien) a justement remarqué qu'on ne parle plus de décarbonisation, au profit d'une formulation ambiguë sur l'équilibre entre les émissions anthropiques et les puits de carbone, « reposant sur des techniques expérimentales ». Il regrette aussi que l'UE mise sur l'ETS « qui ne fonctionne pas puisqu'il n'a pas stimulé d'investissements propres ».

Insistant sur le chemin à parcourir et sur la nécessité pour l'UE de « s'écarter de la voie des énergies fossiles, d'être plus économe en énergie », Anne-Marie Mineur (GUE/NGL néerlandaise) a regretté que la Présidence néerlandaise ait été jusqu'ici peu diserte sur la mise en oeuvre de l'Accord de Paris. « La COP 21 nous impose de sortir des énergies fossiles », a renchéri Yannick Jadot (Verts/ALE français). 1,5° étant une contrainte faible dans l'Accord de Paris ; passer de 3 degrés à 1,5 degré repose, selon lui, « sur des cercles vertueux » et la nécessité de revoir à la hausse les objectifs de l'UE. « Les énergies renouvelables sont plus compétitives que le gaz, le nucléaire, le pétrole. Toutes les régions du monde progressent dans les investissements dans les renouvelables sauf l'Europe !», a-t-il déploré en appelant la France à prendre l'initiative d'organiser une conférence internationale sur le désinvestissement avant la COP 22 de Marrakech.

« Les migrations climatiques ont pour résultat un refroidissement pour l'UE », a estimé Olaf Stuger (ENL néerlandais). Quel est le poids réel de tous ces engagements ?, a demandé Zoltan Balczo (non inscrit, hongrois) qui se demande ce qu'il adviendra de la ratification de l'Accord de Paris « si un candidat républicain l'emporte » aux élections présidentielles américaines. (Aminata Niang)

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