Bruxelles, 20/01/2016 (Agence Europe) - Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, dont le pays assure la Présidence du Conseil de l'UE depuis le 1er janvier, a fixé, mercredi 20 janvier à Strasbourg un délai de 6 à 8 semaines pour que les flux de migrants vers l'UE se réduisent sensiblement, sous peine de conséquences dont il a refusé de donner les contours, mais qui pourraient concerner l'espace Schengen ou la coopération avec la Turquie.
« Il faut alléger la pression sur les frontières extérieures », a-t-il expliqué aux eurodéputés. Et s'il est « crucial d'offrir aux réfugiés des moyens légaux de venir dans l'UE » sans mettre leur vie en péril, il faut aussi appliquer les décisions sur les 'hotspots' et enregistrer les migrants dans les plus brefs délais, a-t-il insisté. « Les chiffres actuels ne sont pas viables ; il faut une réduction rapide du nombre de réfugiés dans les 6 à 8 semaines qui viennent », a mis en garde M. Rutte. « Et si les flux ne baissent pas, il faudra penser à une autre mesure », a-t-il dit un peu plus tard dans la journée, se refusant à évoquer les mesures envisagées le cas échéant. L'instrument avec la Turquie, qui doit en théorie recevoir 3 milliards d'euros, sera en tout cas déterminant. « Il faut que cet instrument fonctionne », a-t-il dit.
Ces avertissements interviennent alors que l'UE lutte toujours pour appliquer les décisions de relocalisation adoptées en septembre ainsi que celles sur les 'hotspots' et que plusieurs États membres, sous le coup des mouvements migratoires, ont, tour à tour, rétabli des contrôles à leurs frontières intérieures. Une démarche dont le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a rappelé mercredi matin le coût économique qui peut se chiffrer jusqu'à 3 milliards d'euros. Pour M. Juncker, il est urgent de se pencher sur le renforcement des frontières extérieures en adoptant les propositions faites en décembre et en faisant fonctionner la coopération avec la Turquie.
« On risque de s'engager dans une direction dans laquelle on ferme progressivement les frontières ; il faut faire attention à cette évolution », a averti M. Juncker, pour qui « si tout avait été mis en oeuvre, on ne traverserait pas cette crise et on parlerait d'autres problèmes » ; par exemple, du fait « que de plus en plus de réfugiés ne souhaitent pas s'établir dans certains pays » (qui leur sont désignés), a-t-il ajouté.
À Strasbourg, le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait déjà, lui aussi, exhorté les États membres, mardi 19 janvier, à accélérer leurs efforts, sous peine de conséquences indésirables. Lors d'un débat sur le Sommet européen de décembre, M. Tusk a ainsi estimé, comme le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, que les États membres avaient « deux mois » pour remédier à la crise des réfugiés et « mettre les choses sous contrôle ». Si tel n'était pas le cas, « nous aurons à subir de graves conséquences comme l'effondrement de l'espace Schengen », a-t-il mis en garde. Sur ce point, le président Juncker a d'ailleurs demandé à M. Tusk de prévoir une demi-journée supplémentaire au prochain Sommet européen, consacré en théorie à la question britannique, pour évoquer la crise des réfugiés.
Relocalisations et 'hotspots' à la peine
Sur le front des relocalisations, la Commission a indiqué, mardi 19 janvier, qu'à ce jour 322 migrants avaient été relocalisés depuis la Grèce et l'Italie (sur les 160 000 personnes censées être accueillies sur deux ans). Quant aux 'hotspots', ces centres d'enregistrement et d'identification des migrants, des « progrès ont été constatés », a fait remarquer le Premier ministre néerlandais lors d'une conférence de presse à Strasbourg, mais ils restent beaucoup trop lents. En Italie, un troisième 'hotspot' a été lancé à Pozallo, a précisé la Commission mercredi midi (sur les six que l'Italie doit ouvrir).
Refonte de Dublin
La Commission prépare un ensemble de propositions pour le mois de mars entre la révision du système dit de Dublin et des initiatives de migration légale. Sur Dublin, la Commission européenne pourrait proposer de supprimer le principe du premier pays d'entrée, censé, en théorie, être responsable de la demande d'asile d'un migrant arrivé dans l'UE, a rapporté le Financial Times sur son site, mardi 19 janvier.
La semaine dernière, le commissaire Dimitris Avramopoulos avait expliqué aux eurodéputés de la commission des libertés civiles (LIBE) du PE que la Commission pourrait se reposer sur le principe d'une clef de répartition et que l'idée était de rendre le système plus équitable.
À l'heure actuelle, ce système oblige la Grèce et l'Italie à être responsables de toutes les demandes des migrants arrivant dans l'UE par leur territoire, ce qui, dans les faits, amène les États membres où se rendent ensuite les migrants pour y déposer une demande d'asile (car désireux de ne pas rester en Italie et en Grèce) à renvoyer ces personnes vers ces deux pays. Mais la Cour européenne des droits de l'homme a également montré les limites de cette obligation théorique de transfert en enjoignant aux États membres de ne pas renvoyer des migrants vers des pays où le système d'asile est fragile et où ils pourraient subir des traitements dégradants.
À l'heure actuelle, « aucune décision n'a été prise » sur ce futur système de Dublin, a expliqué le 20 janvier une source européenne. Le principe d'une allocation de demandeurs d'asile par pays n'a pas, non plus, été tranché, a-t-elle ajouté. (Solenn Paulic)