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Bulletin Quotidien Europe N° 11469
INSTITUTIONNEL / (ae) commission europÉenne

M. Juncker met en garde contre les risques économiques liés aux contrôles aux frontières internes

Bruxelles, 15/01/2016 (Agence Europe) - Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a estimé, vendredi 15 janvier, que « rien n'a été réglé » par rapport aux défis posés par la crise migratoire et a mis en garde contre les risques économiques qu'engendrent les décisions successives des États membres de rétablir les contrôles à l'intérieur de l'Union.

M. Juncker, dont la priorité reste la croissance économique et la création d'emplois en dépit d'une année 2015 marquée surtout par la crise migratoire et le terrorisme, s'est exprimé sur les grands dossiers de l'année 2016, lors d'une conférence de presse à la Commission, vendredi. Les grands dossiers en question vont concerner la migration et l'avenir de l'espace Schengen, mais aussi les négociations avec Londres au sujet de l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union et le dialogue que la Commission vient d'engager avec le gouvernement polonais sur le respect des principes fondant l'État de droit.

Crise migratoire. M. Juncker a, avant tout, critiqué le fait que certaines décisions validées par le Conseil de l'UE n'aient toujours pas été mises en oeuvre. Il n'est ainsi « pas possible » que les décisions relatives à « la relocalisation ne soient pas transposées » aujourd'hui entièrement, a-t-il insisté. Le nombre de personnes relocalisées depuis la Grèce et l'Italie ne s'élèvent en effet qu'à 272 sur les 160 000 que les États membres se sont engagés à se répartir.

Sur la question de la migration et de l'espace de libre circulation Schengen, M. Juncker a déploré les coûts économiques que représentaient les contrôles aux frontières internes de l'UE. Il a évalué ces coûts à près de 300 millions d'euros pour le rétablissement temporaire des contrôles entre la Suède et le Danemark et à 90 millions d'euros entre le Danemark et l'Allemagne. « Pour le Luxembourg aussi, il y a une perte de revenus », a-t-il ajouté. Il a mis en garde contre l'impact que ces mesures pourraient avoir sur la croissance et les emplois. « Cela représente des millions (d'euros) en transport routier et il faut aussi songer aux temps d'attente », a-t-il souligné. Selon lui, « les contrôles aux frontières tels qu'ils fonctionnent vont nous coûter trois milliards d'euros si on continue comme ça ».

Il s'est aussi ému de l'attitude de certains États membres qui « refusent d'accueillir des réfugiés sur leur sol ». Il a fait part de sa difficulté à expliquer à des pays tiers pourquoi « le continent le plus riche n'arrive pas à absorber le flux de réfugiés qui se dirige vers lui », alors que, citant l'exemple de la Jordanie, les réfugiés qui viennent dans l'UE « sont moins nombreux que ceux qui vont en Jordanie ».

M. Juncker a rappelé que la Commission compte présenter des initiatives sur la migration légale ainsi que sur la révision du règlement de Dublin, laquelle pourrait reposer sur une allocation automatique de demandeurs d'asile dans les États membres. « Nous allons faire d'autres propositions. On ne va pas attendre l'accord spontané de certains États membres. On fera le nécessaire là où il le faudra, comme dans la tradition de l'intégration de l'UE », a-t-il déclaré.

Le principe qui doit guider l'action de l'UE est celui de faire en sorte « que ceux qui viennent chez nous aient la possibilité d'exercer un travail légalement, (car) ceux qui ne font rien pendant des mois n'arriveront jamais à s'intégrer ». « On doit trouver un système qui permet d'intégrer les gens », a-t-il insisté.

Enfin, le président de la Commission s'est aussi exprimé sur le plan d'action UE/Turquie et l'enveloppe budgétaire de trois milliards d'euros qui doit contribuer à réduire les flux migratoires. Dans ce contexte, il n'a pas caché son étonnement quant au fait que l'Italie bloque encore le compromis sur la table qui consiste à demander une part d'un milliard d'euros à partir du budget communautaire et deux milliards aux États membres (voir autre nouvelle).

Le dossier britannique. M. Juncker a estimé que les négociations avec Londres étaient arrivées à une période délicate et que les questions mises sur la table étaient « toutes difficiles » et pas seulement celle qui est liée aux droits sociaux des migrants européens. Il n'y a pas non plus de solutions « immédiates » pour les autres sujets, à savoir l'intégration de la zone euro, le principe d'une Union toujours plus étroite et les questions de la subsidiarité et de la compétitivité, a-t-il affirmé. Il s'est toutefois dit en même temps optimiste « qu'on aura un accord, pas un compromis faible, mais une solution permanente en février », lorsque doit se réunir le Conseil européen.

La Pologne et l'État de droit. M. Juncker s'est dit attristé quant à la manière dont se déroule le débat sur la décision de la Commission de recourir au mécanisme sur l'État de droit (EUROPE 11467). « La Commission n'a pas un problème avec la Pologne », mais « on a un problème avec certaines initiatives du gouvernement », a-t-il tenu à préciser. « Ne confondons pas la Pologne et le nouveau gouvernement dans tous ses aspects », a-t-il ajouté. Expliquant avoir beaucoup de respect pour ce pays, M. Juncker a indiqué que le processus engagé est « dans une phase technique », qui consiste à vérifier « si ces doutes sont fondés » quant au respect des principes de l'État de droit. Il a néanmoins déjà estimé qu'il était « possible d'apporter des amendements à certains documents législatifs » qui ont été adoptés par le gouvernement polonais.

Les élections européennes de 2019. Finalement, M. Juncker est revenu sur le mode de désignation du président de la Commission et la procédure des Spitzenkandidaten (un candidat par parti politique européen). Il a estimé que le scénario des élections de 2014 n'était pas forcément voué à se répéter en 2019. Ce ne sera pas le cas si c'est un échec qui doit être constaté à la fin de son mandat, a-t-il dit. Il faisait allusion au risque pour l'UE de ne pas réussir à faire adhérer les citoyens au projet européen. (Solenn Paulic)

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