Bruxelles, 15/01/2016 (Agence Europe) - Les lanceurs réutilisables ne sont pas la seule solution pour l'avenir des lanceurs, selon le directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), Jan Wörner, qui s'est exprimé, vendredi 15 janvier à Paris, lors de la conférence de presse annuelle de l'Agence pour faire le bilan de l'année 2015 et annoncer le programme pour 2016.
« Regardez autour de vous, par exemple, pour les bouteilles. Il y a des bouteilles jetables et des bouteilles à consigner. Il existe un marché pour les deux », a ainsi déclaré M. Wörner. Il s'est en effet longuement exprimé sur la question de l'avenir des lanceurs, enjeu qui occupe également la Commission européenne au plus haut point (EUROPE 11466), dans le sillon des réussites enregistrées par l'industrie américaine dans ce domaine ces derniers mois. L'Agence étudie ainsi actuellement la possibilité de développer des lanceurs réutilisables ou des éléments réutilisables, a-t-il brièvement indiqué.
Toutefois, pour M. Wörner, il n'existe pas une solution applicable à toutes les situations. Il faut étudier et prendre en compte les besoins spécifiques de l'Union européenne. Or ceux-ci, a-t-il rappelé, ont été arrêtés par les États membres en juillet 2014, dans le cadre du développement du programme Ariane VI et le lanceur léger Vega. Sur ce point, le directeur de l'ESA a indiqué que les ministres responsables avaient opté pour la méthode « lego » ou modularité. Cette méthode désigne la manière d'assembler les différents éléments des lanceurs en vue de les faire évoluer via la méthode incrémentale. Ainsi, les coûts de lancement d'Ariane VI devraient être divisés par deux, a-t-il affirmé. « Ce qui est énorme », a-t-il lancé.
Il a, par ailleurs, abordé plus en détail deux autres points qui lui tiennent particulièrement à coeur, à savoir le village lunaire et le coût de la politique spatiale. « Le village lunaire, ce n'est pas un village avec une église et des maisons autour », a-t-il tenu à préciser. Pour lui, il s'agirait plutôt d'un lieu unique de coopération internationale, destiné au secteur public et privé. Un tel village pourrait servir de base d'étape pour la conquête spatiale, ou pour l'extraction minière, a-t-il illustré. Il a prévenu que « ce n'était certes pas dans un avenir proche, mais dans dix ans », avant de nuancer que « dix ans, dans le domaine spatial, c'est demain ».
Le programme de l'Agence s'annonce chargé pour 2016. Parmi les événements majeurs à venir, citons: - le lancement en janvier de la première charge utile EDRS-A du système européen de satellites de relais de données, qui « augmentera considérablement la vitesse de transmission des données et permettra de fournir des services en temps quasi réel à l'échelle mondiale » et du satellite Sentinelle 3A dans le cadre de Copernicus (suivi par Sentinelle 5p en juin) ; - le lancement de la sonde ExoMars en mars, qui comprend l'orbiteur pour la détection de gaz à l'état de traces (TGO), qui tentera de déterminer l'origine biologique ou géologique d'importants gaz à l'état de traces présents sur Mars, ainsi que le module de démonstration d'entrée, de descente et d'atterrissage (EDM) ; - le lancement de quatre satellites Galileo en octobre, et ce, pour la première fois, sur un lanceur Ariane V ; - le dernier trimestre marquera le démarrage de SmallGEO, une plateforme géostationnaire qui permet de développer les services européens des télécommunications ; - au début de décembre se tiendra une conférence ministérielle sur l'avenir de la politique spatiale européenne.
En clôture de ses annonces, M. Wörner a cherché à tordre le cou à une idée largement répandue selon laquelle « l'espace coûte cher ». « L'espace ne coûte pas cher, l'espace c'est moins de 10 litres d'essence par citoyen par an. La navigation (satellitaire), c'est moins d'une bière par citoyen par an. Les vols spatiaux, c'est un ticket du métro parisien par citoyen par an », a-t-il dit pour illustrer son propos. (Pascal Hansens)