Bruxelles, 18/09/2015 (Agence Europe) - À Paris, en décembre, l'UE négociera un accord climatique mondial ambitieux visant une réduction de moitié au moins des émissions mondiales à l'horizon 2050 et la neutralité carbone à l'horizon 2100.
Les ministres de l'Environnement des Vingt-huit sont parvenus, en un temps record, à arrêter, vendredi 18 septembre, la position de négociation de l'UE pour la conférence climatique de Paris (COP 21, 30 novembre - 11 décembre) et à trancher sans difficulté la question de l'objectif à long terme du futur accord mondial, ce qui n'était pas gagné.
Les conclusions unanimes adoptées énoncent la vision européenne de l'accord de Paris et constituent le mandat de négociation finalisé de l'UE. C'est un accord universel, juridiquement contraignant, dynamique, doté d'une clause de révision tous les cinq ans, pour revoir les ambitions à la hausse ou les maintenir en l'état, qu'ils demandent à l'UE de négocier à Paris avec les partenaires internationaux. L'accord de Paris devra être doté d'un mécanisme de transparence et de vérification des engagements de chaque partie, ont-ils indiqué.
Les ministres veulent aussi que l'atténuation et l'adaptation soient traitées sur un pied d'égalité afin de tendre la main aux pays en développement et, en particulier, aux plus vulnérables au dérèglement climatique. Ils confirment, dans leurs conclusions, la détermination de l'UE à prendre sa juste part dans les 100 milliards de dollars par an à mobiliser à compter de 2020 pour soutenir les efforts d'atténuation et d'adaptation des pays en développement. Cela, car il est clair que le financement sera un élément décisif pour la conclusion d'un accord ambitieux en décembre 2015, établissant un régime mondial de lutte contre le changement climatique pour l'après-2020.
La chose était entendue (EUROPE 11391). Mais les ministres ont, en outre, fixé comme objectif à long terme à promouvoir par l'UE une réduction des émissions mondiales d'au moins 50% à l'horizon 2050 par rapport à 1990 et l'obligation pour toutes les parties à l'accord de Paris de s'approcher ou d'atteindre «la neutralité carbone » à l'horizon 2100.
Cette formulation, fruit d'un compromis, a pu être acceptée par tous, y compris par la Pologne.
Initialement, la Commission européenne et la majorité des États membres voulaient que l'objectif de long terme soit une réduction de 60% à l'horizon 2050 par rapport à 2010 et la décarbonisation à l'horizon 2100.
La Pologne et ses alliés d'Europe centrale et orientale, très fortement dépendants du charbon pour la production d'électricité, ne voulaient pas entendre parler de décarbonisation et insistaient pour s'en tenir à la fourchette de 40% à 60% par rapport à 1990 préconisée par le GIEC (groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat) pour la réduction des émissions à l'horizon 2050 et approuvée par le sommet du G7 en juin.
Le Conseil salue d'ailleurs la déclaration du G7 et souligne que toutes les parties devraient « viser l'adoption de programmes de transformation pour s'orienter vers une vision mondiale à long terme de neutralité climatique durable et de résilience climatique dans la deuxième moitié de ce siècle ». Cette formulation avait les faveurs de la Pologne, dont le ministre, Marcin Korolec, s'est déclaré ravi. C'est l'Autriche, hostile au nucléaire, soutenue par plusieurs pays, qui a obtenu l'ajout du mot « durable ».
Le Conseil précise aussi que, pour contenir la hausse des températures en dessous de 2 degrés Celsius, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront atteindre leur pic en 2020 au plus tard. Ce compromis peut satisfaire tout le monde. Faute de soutien, le Royaume-Uni n'a pas obtenu qu'il soit fait état d'une possibilité d'accroître le niveau d'ambition par les mécanismes de marché internationaux.
Le mécanisme de révision de l'accord, pour lequel l'UE a mandat de négocier à Paris, est rédigé de telle sorte que les pays doivent, tous les cinq ans, soumettre des engagements revus à la hausse ou identiques, mais en aucun cas faire moins que leur engagement précédent.
« Nous avons un accord. Et c'est un accord équilibré. L'UE est dans un bon esprit pour aborder la conférence de Paris. La visite de nombreux ministres de l'Environnement au Vatican (le 16 septembre: NDLR) a été inspirante. Nous avons un mandat fort et responsable pour un accord mondial avec toutes les parties », s'est réjouie Carole Dieschbourg, ministre luxembourgeoise, à l'issue de la session qu'elle a présidée. Et de saluer en particulier « les cycles de révision clairs qui représentent une sorte de mécanisme d'ambition pour combler le fossé entre les objectifs de réduction des émissions à court terme et l'objectif à long terme ».
Miguel Arias Canete, commissaire européen à l'Action pour le climat et à l'Énergie, a renchéri. « L'UE est parfaitement équipée pour sceller un accord climatique ambitieux à la COP 21. Avec ce mandat solide, l'UE sera en mesure de faciliter un accord à Paris ».
Ségolène Royal, ministre française de l'Écologie et du Développement durable, a salué un « mandat de négociation ambitieux et facilitateur pour encourager les pays et les continents à engager leur transition énergétique ». « L'UE veut que le financement climatique soit intégré dans l'accord », a-t elle déclaré en plaidant pour que l'Europe approfondisse son partenariat avec l'Afrique et pour « une bonne articulation entre la Finance, la stratégie climat et le développement ». Rappelant que « l'UE assure la moitié du Fonds vert pour le Climat », elle a estimé que cette « contribution forte » fera la différence avec la Conférence climatique de Copenhague en 2009, qui avait échoué. Pour Paris, en tant que présidence de la COP, la France souhaite que « tous les pays de l'UE donnent de la visibilité à ce qu'ils font et qu'ils vont faire, qu'ils puissent préciser quels supports juridiques ils ont pour que les engagements soient crédibles », du point de vue législatif et au plan du financement. « Ce sera un moyen de donner de la visibilité à l'Europe de l'énergie, aux modèles énergétiques nationaux, et de montrer les convergences entre la transition énergétique et la solution à l'échelle planétaire. L'UE va plaider pour que l'Agenda des solutions - c'est-à-dire la traduction opérationnelle des engagements - qui sera adopté à Paris soit ancré dans l'accord », a-t-elle dit à la presse.
La ministre allemande, Barbara Hendricks, a souligné qu'avec un mécanisme de révision quinquennal des engagements, l'UE devra revoir à la hausse, en 2025, son offre de contribution (INDC) portant sur une réduction de ses émissions d'au moins 40% à l'horizon 2030 par rapport à 1990.
Le ministre polonais, Marcin Korolec, s'est dit satisfait que la « neutralité carbone » l'ait emporté sur la décarbonisation. Selon lui, la formulation retenue permettra aux pays en développement « de valoriser les forêts » et aux pays développés de se concentrer sur les émissions négatives grâce à la technologie du CSC (capture et stockage du carbone) et du CCU (utilisation de la capture du carbone). « Ce sera très important pour les industries de l'acier, du ciment et du verre », a-t-il fait valoir.
Les ONG environnementales sont déçues par un mandat qu'elles jugent trop faible pour pousser aux 100% d'énergies renouvelables à l'horizon 2050. Le WWF considère que la position de l'UE « manque de clarté » sur la manière dont l'UE entend y contribuer concrètement en faisant davantage que la réduction d'au moins 40% de ses émissions à l'horizon 2030, et comment elle prendra sa juste part du financement international de la lutte contre le changement climatique. Même déception chez Friends of the Earth Europe (FoE) qui reproche à l'UE d'aller à Paris avec une « offre inadéquate » en s'en tenant à son objectif décidé en octobre 2014. De l'avis de cette ONG, l'INDC de l'UE à l'horizon 2030 « n'est pas en ligne avec ce que recommande la science pour maintenir la hausse de la température globale sous la barre des 2 degrés C et ne reflète pas la responsabilité historique de l'UE ». (Aminata Niang)