Bruxelles, 30/06/2015 (Agence Europe) - L'UE et la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, sont déterminées à coopérer davantage pour lutter contre le changement climatique. Et cette montée en puissance de la coopération bilatérale pour relever ce défi mondial est l'une des avancées du dix-septième sommet bilatéral UE/Chine (voir autre nouvelle) qui s'est tenu lundi 29 juin à Bruxelles. Un sommet fructueux, de l'avis des participants, car il a permis aux deux parties de réitérer leur volonté de coopérer pour « l'obtention d'un accord ambitieux et juridiquement contraignant à la Conférence de Paris sur le climat en 2015 » (COP 21, 30 novembre-11 décembre).
L'espoir initial de l'UE que ce sommet bilatéral coïncide avec le dépôt officiel de l'offre de contribution de la Chine (INDC, sigle dans le jargon onusien, pour « Intended Nationally Determined Contribution ») a été déçu, mais pas pour longtemps. Le Premier ministre chinois, Li Keqiang, avait annoncé qu'au-delà de la déclaration conjointe UE/États-Unis de novembre dernier, en vertu de laquelle la Chine s'engageait à atteindre un pic absolu de ses émissions en 2030 ou plus tôt, la Chine soumettrait cette offre avant la fin du mois. Promesse tenue. Le lendemain, mardi 30 juin, alors que le Premier ministre Li était en visite officielle à Paris, la Chine déposait son offre formelle à l'ONU: une réduction de l'intensité de carbone de 60 à 65% d'ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2005.
En route vers le développement sobre en carbone. Dans leur déclaration conjointe sur le climat, les deux parties reconnaissent le rôle crucial qu'elles ont à jouer dans la lutte contre le changement climatique, « l'une des plus grandes menaces à laquelle l'humanité est confrontée ». Elles prennent l'engagement de s'orienter vers un développement à basses émissions de carbone et à coopérer pour une économie sobre en carbone efficace du point de vue des coûts. Elles soulignent aussi l'importance des investissements à faible teneur en carbone pour tourner le dos aux modèles de développement non durable.
L'UE et la Chine soulignent que l'accord de Paris devra être équitable, applicable à tous et couvrir notamment l'atténuation, l'adaptation, le financement, le développement et le transfert des technologies, le développement des capacités, la transparence de l'action ainsi que les mesures de soutien. Les deux parties insistent aussi sur la nécessité de relever le niveau d'ambition de façon continue dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC).
Elles pressent les pays industrialisés de mobiliser davantage de financements pour tenir la promesse qu'ils ont faite d'allouer 100 milliards de dollars par an d'aide aux pays en développement pour soutenir les efforts d'atténuation et d'adaptation de ces derniers.
Devant la presse, Donald Tusk, président du Conseil européen, a souligné que les discussions avaient porté sur « la manière de promouvoir des investissements sobres en carbone et respectueux du climat, au niveau bilatéral et international ». Et d'ajouter: « Nous sommes d'accord pour viser un accord juste et ambitieux à la conférence climatique de Paris en décembre. L'un des objectifs partagés devrait être de maintenir la hausse des températures en dessous de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels ».
Le Premier ministre chinois a renchéri en ces termes: « Cette année est décisive pour la gouvernance mondiale en matière de changement climatique. Ensemble, nous avons signé la déclaration conjointe sur le climat. Nous somme disposés à travailler ensemble avec l'UE pour nous attaquer conjointement au défi que représente le changement climatique, pour observer les principes de responsabilité commune, mais différenciée, d'équité et de capacités respectives, afin de mettre en oeuvre des solutions au changement climatique. Nous sommes disposés à faire - et nous ferons - des efforts importants pour nous attaquer au changement climatique et trouver des solutions à ce phénomène. D'ici à la fin du mois, la partie chinoise soumettra à l'UE et au secrétariat de l'UNFCCC son offre de contribution fondée sur des efforts nationaux. » C'est chose faite désormais.
Dans un communiqué, Miguel Arias Cañete, commissaire européen à l'Action pour le climat et à l'Énergie, a salué l'engagement de la Chine à se transformer en une économie efficace dans l'utilisation des ressources, résiliente au changement climatique et sobre en carbone. « La Chine et l'UE contribuent conjointement à un tiers des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Si l'on ajoute les États-Unis, on est à la moitié des émissions mondiales. La déclaration d'aujourd'hui adresse un signal fort. Elle montre que nous prenons au sérieux la lutte contre le changement climatique. Nous espérons que cela se reflétera dans un accord global ambitieux et contraignant à Paris en décembre ».
Les deux parties sont convenues d'intensifier leur dialogue politique sur le climat et leur coopération bilatérale dans un large éventail de domaines comme les politiques nationales d'atténuation, les systèmes d'échange de quotas d'émission, fondés sur la tarification du carbone et le plafonnement des émissions (comme l'ETS), les villes sobres en carbone, la réduction des émissions de gaz à effet de serre en provenance de l'aviation et du secteur maritime, les HFC. Un partenariat UE/Chine pour les villes sobres en carbone sera lancé. La coopération en matière de marchés du carbone sera étendue, la Chine prévoyant d'établir un système national d'échange de quotas d'émission à l'horizon 2020. (Aminata Niang)