*** The Federalist. A Political Review. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet: http://www.thefederalist.eu ). 2014, 184 p.. Abonnement annuel: 35 € (Europe), 50 € (étranger).
Les fédéralistes sont depuis longtemps les grands absents des cénacles où se décide le sort de l'Europe. Du moins, s'il y en a, ils n'osent pas s'y afficher à visière découverte, à l'instar du Belge Guy Verhofstadt alors qu'il était Premier ministre belge. C'est un peu comme si le fédéralisme était, au Conseil européen et, partant, au sein des gouvernements des États membres, interdit car ressenti comme un virus potentiellement mortel. Et, c'est vrai, l'imprononçable F-Word des Britanniques en est potentiellement un pour des États qui se pensent comme - et se veulent envers et contre tout - des absolus éternels !
Ce numéro d'une publication proche du Movimento Federalista Europeo s'ouvre sur un éditorial à la signature de la revue elle-même qui définit « le véritable défi » à relever par la zone euro, à savoir passer de la simple coordination entre États à une Union politique. Jusqu'à présent, constate l'éditorialiste anonyme et sans doute collectif, les capitales ont évidemment privilégié la coordination de différents intérêts nationaux, ce qui a entraîné des conséquences fâcheuses. Qui peut nier que s'est ainsi insidieusement créée une division entre « États vertueux et non-vertueux » ? Emblème de la première catégorie, l'Allemagne apparaît ainsi devoir payer pour tout le monde même si seuls les contribuables allemands remplissent les caisses de cet État, tandis que les États en difficulté doivent passer sous des fourches caudines austéritaires aggravant le mal. Dès lors, comment s'étonner si la confiance entre les uns et les autres se dégrade sérieusement, au point de voir les invectives fleurir à nouveau un peu partout dans les rues et les médias d'Europe ? Et comment est-il réellement possible d'être surpris si les pouvoirs de surveillance des politiques économiques et budgétaires octroyés par les chefs d'État et de gouvernement à la Commission et à la Banque centrale européennes soient perçus comme d'insupportables baillons qui réduisent les démocraties nationales à la soumission sinon au silence, ce qui fait le miel des eurosceptiques de tout poil en alimentant le nationalisme et le populisme ?
Ce sont là des questions d'une importance politique majeure. Pour l'Europe, alors que certains veulent la dénaturer définitivement, sinon la déconstruire. Pour ses États membres, tant il est vrai que c'est le sort des démocraties qui y prévalent qui se trouve en jeu. Enfin et surtout, pour les citoyens européens. Pour l'auteur ou les auteurs de l'éditorial, la seule manière de sortir par le haut de cette crise existentielle serait que les États membres de la zone euro acceptent enfin de poser un acte révolutionnaire en transformant leur coordination interétatique de plus en plus a-démocratique en Union politique, à savoir une entité mariant union budgétaire, ressources propres dont l'amorce devrait pouvoir être la taxe sur les transactions financières, le tout sous la conduite d'un véritable gouvernement économique. Voilà qui sera une fois encore jugé tout à fait inacceptable du côté du Conseil européen, tant il est vrai qu'un tel saut qualitatif impliquerait réellement, au préalable, une renonciation apparente à des parts de souveraineté. Mais cela ne vaudrait-il pas mieux que la situation actuelle qui conduit inexorablement à ce que la souveraineté nationale devienne « un concept vide », le pouvoir de faire des choix de politique économique et budgétaire étant subrepticement attribué « à des autorités qui ne sont pas démocratiquement légitimées » ? A méditer, les autres contributions de ce numéro méritant aussi l'attention.
Michel Theys
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Mars 2015, n° 167, 40 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.
Cette publication fédéraliste française corrosive et pugnace revient notamment, dans ce numéro, sur la poursuite de la Campagne pour un New Deal européen dans le contexte d'un Plan Juncker jugé insuffisant, l'auteur de l'éditorial jugeant qu'un plan européen autrement ambitieux en termes de création d'emplois et de développement durable « est indispensable en préalable à toute tentative d'action constituante du Parlement européen afin de recréer les conditions d'un consensus en faveur de la Fédération européenne parmi les citoyens ». L'économiste Michel Herland revient, pour sa part, sur la problématique de la dette publique « en Grèce et ailleurs », tant il est vrai, constate-t-il, que le cas grec est loin d'être unique. Il explique ainsi que « l'État français s'avère incapable, et ce de manière récurrente, de financer un cinquième de ses dépenses, parfois davantage, autrement qu'en recourant à l'emprunt ». La Grèce n'est donc pas, selon lui, le seul pays dont les politiques ont pris la mauvaise habitude de confondre revenu et emprunt, ce qui l'amène à penser que faute d'un saut qualitatif vers la Fédération européenne, la solution pourrait passer, pour les pays faibles, par une sortie de l'euro qui ne serait rien d'autre que « l'équivalent d'une dévaluation ». Mais l'éditorialiste y voit surtout la preuve de l'incapacité du cadre national « à résoudre les questions qui préoccupent avec raison les citoyens », ce qui l'amène à constater que « sur le terreau de la crise de l'État national », les partis populistes et extrémistes ne pourront que se renforcer tant que n'aura pas été bâti « le rempart fédéral de la démocratie européenne ». A noter encore le Billet que Jean-Pierre Gouzy consacre au « ballon d'essai » lancé par Jean-Claude Juncker en vue de la création d'une armée européenne, le silence des médias et des chancelleries à son encontre lui paraissant toutefois trop « assourdissant » pour nourrir beaucoup d'espoirs.
(MT)
*** ANTONIS METAXAS, INGOLF PERNICE: L'Europe en crise / Europa in der Krise. Entre le Droit et la Politique/ Zwischen Recht und Politik. Éditions Sideris (116 rue Solonos, Gr-1068 Athènes. Tél.: (30-210) 3833434 - fax: 3832294 - Courriel: contact@isideris.gr). 2015, 120 p., 12 €. ISBN 978-960-08-0685-4.
Écrits en grec et en allemand par deux politologues renommés (le Pr. Metaxas enseigne le droit européen à l'Université d'Athènes ; Ingolf Pernice est le fondateur de l'Institut de Droit constitutionnel européen Walter Hallstein à l'Université de Berlin et a joué un rôle décisif lors du débat sur la Constitution européenne), les textes réunis dans ce livre couvrent un éventail de questions: l'Europe, la crise, « l'urgence », la responsabilité d'interpréter les situations, les défis posés au droit européen, la constitutionnalisation de l'Union européenne, l'identité constitutionnelle européenne, le but véritablement assigné à l'Union, la raison pour laquelle les dirigeants européens ne parviennent pas à trouver de solutions satisfaisantes aux problèmes, l'importance de la construction européenne pour les citoyens… A la fin de l'ouvrage, des propositions sont avancées concernant, entre autres, les principes généraux d'une réforme de l'Union européenne avec ses étapes, la création d'une Union budgétaire autonome alimentée par des taxes européennes, la manière d'empêcher temporairement la crise en renforçant le pouvoir exécutif. Le livre est encore enrichi par une vaste bibliographie, en grec et en allemand.
(AKa)
*** YVES BERTONCINI, ANTONIO VITORINO: Réformer la « gouvernance » européenne. Pour une Fédération d'États nations plus légitime et plus efficace. Notre Europe - Institut Jacques Delors (19 rue de Milan, F-75009 Paris. Tél.: (33-1) 44589797 - Courriel: info@notre-europe.eu - Internet: http://www.notre-europe.eu ). Collection « Études & Rapports », n° 105. 2014, 80 p..
Également publiée en anglais, cette étude tend à montrer et démontrer que les problèmes soulevés par l'actuelle gouvernance européenne peuvent trouver des réponses politiques qui n'impliquent pas fatalement une modification des traités à court terme. C'est que, explique le diplomate belge Philippe de Schoutheete dans sa préface, entamer aujourd'hui la négociation de modifications substantielles des traités « nous ferait entrer dans un processus aléatoire et dangereux », tant il est vrai que cette démarche serait sans doute ressentie, en ce temps de crise qui favorise l'euroscepticisme, comme une « provocation » par beaucoup de citoyens et qu'elle impliquerait de négocier avec un pays, le Royaume-Uni, « qui fait délibérément peser un doute existentiel sur sa participation ultérieure à l'entreprise commune ». En Européens convaincus mais se voulant réalistes, l'ancien commissaire européen Antonio Vitorino, aujourd'hui président de Notre Europe, le think tank fondé par Jacques Delors en 1996, et celui qui en assure la direction, Yves Bertoncini, avancent de manière très pédagogique des recommandations de nature à conduire non pas à un « grand soir fédéral », mais bien à une Union et une zone euro plus légitimes et efficaces. Afin de consolider l'union politique telle qu'elle résulte du traité de Lisbonne, ils proposent d'abord de mieux légitimer l'exercice des compétences de l'Union. Comment ? D'abord en brisant le « mythe des 80% » des lois d'origine communautaire - on serait, selon eux, plus proche de 20%. Il faudrait aussi, entre autres, ne plus seulement tenir compte du « coût de la non Europe » mais aussi du « coût du trop d'Europe », avec le rejet et l'incompréhension que certaines normes - celles sur « la taille des cages à poule », par exemple - peuvent susciter dans l'opinion publique. Les deux auteurs souhaiteraient, d'autre part, un Parlement européen plus lisible aux côtés d'un Conseil des ministres qui, pour être plus visible, devrait satisfaire à une transparence conforme à celle du Parlement en matière législative, ses décisions devant être « formalisées via des relevés de votes (…) indiquant la position des États membres, y compris lorsqu'elles ne débouchent sur aucun accord ». Il faudrait aussi en finir, selon eux, avec le principe de présidence tournante et encore augmenter les votes à la majorité qualifiée. Pour la Commission, ils la souhaitent « plus verticale et collégiale », avec notamment l'octroi au président du pouvoir de nomination des commissaires. Dans la deuxième partie, les deux hommes entendent contribuer au parachèvement de l'Union économique et monétaire, suggérant notamment de « revoir l'architecture politique et institutionnelle de la zone euro ». C'est ici qu'ils avancent les idées les plus ambitieuses, même s'il serait à coup sûr fort réaliste d'en prendre certaines en considération.
(MT)
*** THANASSIS DIAMANTOPOULOS: Le système parlementaire de la coalition. L'appui institutionnel, les caractéristiques opérationnelles et les types de fonctionnement. Éditions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2015, 346 p., 17,90 €. ISBN 978-960-16-6004-2.
Professeur de relations internationales et d'études européennes à l'Université Panteion d'Athènes, Thanassis Diamantopoulos traite, dans ce livre, du fonctionnement de la démocratie parlementaire dans les systèmes favorisant les coalitions gouvernementales qui sont devenus la norme en Grèce et dans d'autres pays ayant connu le « parlementarisme majoritaire ». Par le biais d'un suivi historique et comparatif systématique, l'auteur analyse en profondeur les fondements, les spécificités, les types, les avantages et les inconvénients de cette version particulière de la démocratie, avant d'ouvrir ensuite la réflexion sur les dispositions institutionnelles les mieux adaptées aux besoins de cette dernière. Compte tenu de la réalité politique que connaît la Grèce depuis 2011 jusqu'à la victoire électorale de Syriza en janvier dernier, ce travail fournit des outils intellectuels pouvant permettre de saisir sur une base rationnelle les développements politiques probables, ainsi que l'avenir des institutions démocratiques dans le pays. L'auteur traite de sujets tels que le consensus parlementaire, les diverses formes de gouvernements instables et à courte durée de vie, les différences avec le parlementarisme majoritaire, et bien d'autres thèmes encore. L'ouvrage est complété par une riche bibliographie, ainsi que par un index des noms des personnalités qui ont joué un rôle dans les gouvernements de coalition et un autre des pays qui ont eu l'occasion de tester des gouvernements de coalition.
(AKa)
*** OLIVIER DARD (sous la dir. de): Références et thèmes des droites radicales au XXe siècle (Europe / Amériques). Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Convergences », n° 83. 2015, 368 p., 88,30 €. ISBN 978-3-0343-1580-7.
Cet ouvrage rend compte de travaux d'historiens impliqués dans un programme de recherche relatif à l'internationalisation des droites radicales. Après avoir mis en lumière, dans deux autres ouvrages dirigés par le Pr. Olivier Dard (Université de Paris-Sorbonne), des figures reconnues pour leurs profils de doctrinaires, de vulgarisateurs et de passeurs, ainsi que leurs supports et leurs vecteurs, à savoir des revues, maisons d'édition et librairies actives dans ce créneau, les seize spécialistes issus de différentes disciplines réunis dans ces pages (après l'avoir été physiquement lors d'un atelier tenu à la Maison des sciences de l'homme de Lorraine à Metz en octobre 2013) mettent cette fois en exergue des références et des thèmes transversaux au sein des droites radicales européennes et américaines depuis les lendemains du second conflit mondial. La première partie du livre est centrée sur l'importance, pour les droites radicales, des figures de chef et l'accent mis sur la mort. Il y est notamment question des Belges Paul Hoornaert, Joris Van Severen et Léon Degrelle, de l'Espagnol José Antonio Primo de Rivera et du « panthéon mythique » de l'extrême droite italienne entre 1950 et 1970. Dans la deuxième partie, ce sont des enjeux mémoriels et historiques des régimes déchus et des combats perdus qui sont mis en lumière, qu'il s'agisse de ce que le « front de l'Est » représente pour l'extrême droite française et des « mythologies » construites autour de l'Empire colonial portugais. L'anticapitalisme est analysé dans la troisième partie à la lumière du péronisme, Valérie Igounet discernant pour sa part dans le négationnisme « l'expression d'un nouvel antisémitisme contemporain, international et protéiforme » dans les années allant de 1948 à 2013. L'anticommunisme fait lui aussi l'objet d'une partie spécifique en raison, explique le Pr. Dard, de son importance et de son « caractère fédérateur », même au-delà des droites radicales pendant la guerre froide. Enfin, la dernière partie est consacrée au thème polysémique de la « défense de l'Occident » qui a été, selon Riccardo Marchi (Institut des sciences sociales de l'Université de Lisbonne), « la dernière tranchée pour l'extrême droite européenne des années de guerre froide ».
(PBo)