Bruxelles, 22/06/2015 (Agence Europe) - La montée d'adrénaline, provoquée par la convocation du sommet de la zone euro lundi 22 juin, a eu l'effet escompté: un nouvel élan a été insufflé aux négociations sur le dossier grec, alors que le 2ème plan de sauvetage expire mardi 30 juin.
Les leaders de la zone euro ont accueilli de manière généralement favorable les propositions présentées officiellement le matin, même si beaucoup d'efforts restent à accomplir (voir autre nouvelle). « Les nouvelles propositions grecques représentent « un pas positif en avant d'après l'évaluation initiale des 'institutions' », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, rassuré par le fait que le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, ait réaffirmé à ses homologues que la partie grecque travaillerait « de manière constructive » à la recherche d'un accord.
Athènes et ses créanciers, représentés par les 'institutions', disposent de « 48 heures » pour conclure un accord, a déclaré la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, pour qui les négociateurs ne sont pas au bout de leur peine. Il appartient désormais aux 'institutions' et aux Grecs de se pencher en détail sur les propositions sur la table et de faire des recommandations à l'Eurogroupe, convoqué pour mercredi soir. Objectif: présenter des résultats positifs aux dirigeants européens, qui se réunissent en session régulière jeudi 24 et vendredi 25 juin.
Pour M. Tsipras, il est essentiel d'élaborer un paquet de mesures qui conduise son pays à la croissance. Son objectif est de garantir que l'appui financier des 'institutions' se poursuivra, que les mesures à mettre en œuvre garantiront la justice sociale, et que la dette publique grecque devienne viable. La balle est maintenant dans le camp du leadership de l'UE, a-t-il considéré. Selon le président français, François Hollande, deux ministres grecs resteront à Bruxelles pour négocier.
Une source grecque a confirmé que le gouvernement acceptait désormais les objectifs budgétaires (excédent primaire d'1% du PIB cette année et de 2% du PIB en 2016). Sur la réforme des retraites, les propositions grecques iraient un peu au-delà des économies supplémentaires demandées et valorisées à hauteur de 1% du PIB en 2016. Les 'institutions' ne seraient toutefois pas emballées par le fait que cette réforme repose en partie sur de plus hautes contributions des employeurs. Sur la TVA, si les propositions grecques permettraient près de 0,74% du PIB d'économies, elles seraient d'avis qu'il faudrait rétablir le taux de TVA sur les restaurants et hôtels à 23% (au lieu de 13% actuellement). Une marche arrière donc, puisque ce taux avait été diminué en 2013, logiquement de manière temporaire, afin de stimuler le tourisme, une décision que même le ministre des Finances de l'époque, Yanis Stournaras, n'aurait toutefois pas soutenu.
Comme il l'avait fait lors de rencontres bilatérales avec le Président du Conseil italien, Matteo Renzi, et le Président de la BCE, Mario Draghi, M. Tsipras a soulevé la question du poids de la totalité de la dette grecque lors du sommet. Mais plusieurs de ses homologues l'auraient remis à sa place. « Ce n'est pas le moment de discuter de cette question », a indiqué le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. « La question de la dette ne constitue pas la question prioritaire », a estimé la chancelière allemande, Angela Merkel. L'accord de l'Eurogroupe de fin 2012 précise en effet très clairement qu'une des pré-conditions pour que celui-ci accepte de réduire à nouveau le fardeau de la dette grecque est qu'Athènes s'en tienne à ses engagements. La conclusion de la mission de suivi en cours est donc un préalable.
Avant le 30 juin, il faudra que le parlement grec adopte formellement certaines mesures en cours de négociation. Les Allemands exigeraient que cette étape intervienne avant que le Bundestag se prononce sur le versement d'une prochaine tranche d'aide. Il y aurait, par ailleurs, certaines craintes sur l'équilibre général du paquet de réformes, que certains ne jugeraient pas suffisamment favorable à la croissance. Un diplomate soulignait donc la nécessité pour M. Tsipras de conserver sa majorité au-delà du vote sur ce paquet. Une source du gouvernement grec a dit ne pas être inquiète sur cette question.
Comment la Grèce pourra-t-elle rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI mardi 30 juin ? Il n'est pas trop tard pour qu'un accord autorise un versement de l'Eurozone. « Mais la vie est plus compliquée que cela », soufflait un diplomate, ajoutant que la BCE pouvait faire beaucoup de choses si on enlevait l'incertitude politique autour du plan de sauvetage. Du côté grec également, on espère que la BCE pourra relever le plafond des bons du Trésor grec que les banques du pays ont le droit d'acheter.
Avec M. Draghi, M. Tsipras a eu l'occasion d'évoquer la stabilité du système bancaire grec. Le président de la BCE aurait par ailleurs assuré au Premier ministre grec que l'institut de Francfort garderait les banques à flot tant que la Grèce restait sous programme, une manière de plus de souligner l'importance d'agir vite. Lors de l'Eurogroupe, le ministre allemand des Finances, M. Schaüble, aurait demandé s'il ne fallait pas imposer un contrôle des mouvements des capitaux. Il aurait été soutenu par les ministres irlandais, Michael Noonan, et espagnol, Luis De Guindos. « Les contrôles des capitaux n'ont pas été mentionnés » lors du sommet, a affirmé M. Juncker.
Il semble acquis que le 2ème plan de sauvetage grec sera à nouveau prolongé, Athènes étant incapable de se refinancer seule à partir du 1er juillet. Pour les Grecs, les modalités de l'extension seraient toutefois « une question ouverte », selon cette source. Ce n'est pas la durée d'une extension d'aide qui leur pose des difficultés, mais plutôt son contenu. « Tous les pays » auraient par ailleurs exclu l'idée d'un troisième programme, selon M. Hollande.
Refus du 'Grexit'. Tout en restant prudents, les leaders estiment qu'un accord permettant à la Grèce de rester membre de l'Eurozone est possible, malgré le travail à accomplir dans un délai extrêmement court. « J'ai convoqué ce sommet afin de mettre fin à une dangereuse incertitude et pour éviter le scénario du pire qui aboutirait à un 'Graccident' chaotique et incontrôlable », a déclaré M. Tusk. « Nous voulons que la Grèce reste dans la zone euro », a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel. Selon M. Hollande, « tout doit être fait pour que la Grèce reste dans la zone euro ». Cherchant à faire en sorte que l'Europe soit « stabilisée » et donne d'elle-même une image de « responsabilité », il a souhaité que la question grecque, qui « empoisonne » l'Europe depuis plusieurs années, n'entrave pas la reprise économique. « La Grèce sait qu'elle peut compter sur la solidarité européenne mais il faut dans le même temps agir en toute responsabilité et respecter ses engagements », a estimé le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. La Présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, a toutefois prévenu: « Nous sommes prêts à aider la Grèce dans une certaine mesure mais nous ne pourrons le faire que si les Grecs sont prêts à assumer leurs responsabilités ». (Elodie Lamer avec EH, MB, JK, PH)