Bruxelles, 15/06/2015 (Agence Europe) - « 2015 est pour la Méditerranée une année de défis avec une ampleur sans précédent », a affirmé, mercredi 10 juin, Fathallah Sijilmassi, secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée (UpM), invité, du groupe de réflexion Conseil du développement et de la solidarité (CDS), au Maroc. Le constat lui donne l'occasion de lancer un appel pour une « approche plus pragmatique: ambitieuse dans ses objectifs, opérationnelle et graduelle dans son évolution ». L'impératif, dit-il, est « une intégration régionale poussée en Méditerranée».
M. Sijilmassi en a rappelé le contexte sur la scène euro-méditerranéenne et les dangers qu'il recèle. La période est, dit-il, marquée par d'importants changements, avec une « Europe (qui) vit ses propres transitions et concentre plutôt son regard vers l'Est ». C'est aussi un moment où l'Europe « connaît une croissance économique faible et l'émergence de mouvements nationalistes ». Est-ce une phase « de repli sur soi, de repli identitaire ? » qui s'annonce. Les pays de la rive sud, de leur côté, vivent, rappelle-t-il, des « transitions sans précédent » bien que différentes d'un pays à l'autre. Le contexte international est, lui, marqué par des « transitions énergétiques et le défi du changement climatique » et l'économie mondiale est « en perte de croissance » avec « l'émergence de phénomènes d'inégalité » avec de lourdes « conséquences sociales et politiques ». Le tout fait courir le risque du « piège des deux extrêmes », une zone étant focalisée sur une « approche nihiliste », l'autre, sur une « approche lyrique ».
Pour la première, « rien ne marche » et, pour la seconde, l'approche est « théorique » avec l'invocation rituelle de la Méditerranée en tant que « berceau des civilisations, etc… ». La réalité par contre, selon le secrétaire général, est « le terrorisme et le radicalisme ; le racisme et la xénophobie » avec cette question: « le problème est-il à l'intérieur des pays ou à l'extérieur ». S'y ajoute la question de l'immigration clandestine qui interpelle sur le problème de l'emploi des jeunes, rappelle-t-il.
Pour la Méditerranée, « tous les défis sont de nature régionale et nécessitent des actions collectives et une approche régionale » et, alors que « les questions sécuritaires apparaissent aujourd'hui comme prioritaires (...) la solution durable est dans le développement. La création d'emploi est le défi numéro un », selon M. Sijilmassi.
L'année 2015 pourrait être aussi celle des opportunités, marquant le 20ème anniversaire du processus de Barcelone, la révision de la PEV et étant également « l'année des objectifs du Millénaire pour le développement de l'ONU ». Il y a, pour l'Europe, la « nécessité de donner une nouvelle impulsion à sa vision du Partenariat avec les pays du Sud » et « il convient d'adopter une approche plus pragmatique: ambitieuse dans ses objectifs, opérationnelle et graduelle dans son évolution ». Pour les pays partenaires, « l'impératif de l'intégration régionale » se pose de plus en plus pour corriger le « niveau anormalement bas » des échanges entre pays, « en particulier au Maghreb ».
L'UpM a, rappelle son secrétaire général, créé une « dynamique institutionnelle (qu'il) faut consolider pour lui donner une nouvelle impulsion politique, de la consistance financière et une empreinte sociale et humaine forte ». Et, affirme-t-il, « il n'y a pas de problème d'argent » en Méditerranée pour financer les projets sur la table: « les institutions financières internationales ou régionales, notamment de l'UE, sont présentes aux côtés de fonds privés ».
L' « objectif majeur » de cette phase devrait être la « coordination des instruments », qui sont caractérisés actuellement par « une trop grande dispersion et par l'existence de moyens importants sans mécanismes d'amplification des résultats sur le terrain ». Il importe donc, selon M. Sijilmassi, de « s'appuyer sur le secteur privé, sur la société civile, les réseaux académiques et les collectivités locales » et d'agir sur une méthode qui rationnalise davantage les processus d'élaboration et de décision, selon la méthode du 'Top down vs bottom up'. (Fathi B'Chir)