Bruxelles, 15/06/2015 (Agence Europe) - La Grèce et la Commission européenne semblaient avoir du mal à se relever, lundi 15 juin, de l'échec du week-end dans les discussions pour tenter de sortir de l'impasse sur la question des réformes que le pays devra mettre en oeuvre pour obtenir les fonds restants de son second plan d'aide. La Commission a par ailleurs créé la surprise en communiquant officiellement, et pour la première fois, sur la substance des discussions.
Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, est « déçu du fait que, malgré les efforts pour faciliter les progrès, ces progrès ne soient pas si évidents », a déclaré le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas. M. Schinas a ajouté que, si une nouvelle contribution était présentée du côté grec, la Commission était prête à s'engager à nouveau dans les discussions.
« Nous avons épuisé nos limites », a déclaré le même jour depuis Athènes le porte-parole du gouvernement grec, Gabriel Sakellaridis. La veille, le Premier Ministre grec, Alexis Tsipras, avait qualifié d'irrationnelles les demandes des trois institutions (Commission, BCE, FMI). « Nous allons attendre patiemment que les créanciers accèdent au réalisme », a déclaré M. Tsipras.
Comme pour laisser le public en juger par lui-même, la Commission a détaillé, lundi, les propositions communes des institutions. Disant vouloir éviter les malentendus, Annika Breidthardt, porte-parole de la Commission, a expliqué que le premier point visait à un ajustement budgétaire crédible qui a fait l'objet de concession majeure de la part des institutions. L'excédent budgétaire primaire devrait être en effet de 1% en 2015, de 2% en 2016 et devrait atteindre 3,5% en 2018, alors que les précédents objectifs prévoyaient un excédent primaire de 3% en 2015 et de 4,5% en 2016 et au-delà. Les nouveaux objectifs proposés sont inférieurs à ce qu'ils devraient être en prenant en compte les circonstances économiques, conformément à l'accord de l'Eurogroupe de février, a souligné M. Breidthardt. Les autorités grecques auraient accepté ces objectifs, comme le révèle le document grec envoyé samedi aux institutions et mis en ligne lundi par le quotidien grec Kathimerini. Mais la manière d'y arriver ne ferait pas consensus. Selon le quotidien français Le Monde, il y aurait un fossé de 2 milliards entre les calculs des institutions et ceux des Grecs sur le trou budgétaire de 2016, que ces derniers estiment à 1,1% du PIB.
Pour le FMI, Olivier Blanchard a par ailleurs prévenu dimanche, dans un article publié sur le blog du FMI, que des objectifs réduits signifieraient des besoins plus grands en financement officiel extérieur ainsi qu'un engagement à une plus grande réduction de la dette grecque par les créanciers européens.
La Commission européenne a par ailleurs démenti réclamer des coupes dans les pensions individuelles. Mme Breidthardt a indiqué à ce propos que le système des retraites grec était parmi les plus chers d'Europe. Elle a expliqué qu'il s'agissait notamment de supprimer les mauvais incitants à la retraite anticipée, de repousser l'âge de la pension, donc, de rendre le système des retraites financièrement viable à long terme. Les institutions ont fixé un objectif d'économies sur le système des retraites de 1% du PIB annuellement, alors que les Grecs ont proposé d'économiser 71 millions d'euros en 2016, soit moins de 0,04% du PIB, a expliqué Mme Breidthardt. La Commission a également démenti vouloir des coupes dans les salaires, précisant qu'il fallait que ceux-ci progressent en ligne avec la productivité et les besoins de compétitivité de l'économie. Les institutions veulent également que soient « modernisées » les conventions collectives et que la collecte de la TVA soit améliorée.
Le document grec propose trois taux de TVA afin de faire rentrer 1,4 milliard d'euros dans les caisses: 6%, 13% et 23%. Le taux de TVA sur l'électricité serait ainsi maintenu à 13%, et non augmenté à 23%, comme le veulent les institutions. La Commission a signalé être disposée à discuter sur cette question.
Le président de la BCE, Mario Draghi, a dit, quant à lui, devant les députés de la commission économique du PE que la BCE continuerait à soutenir les banques grecques tant qu'elles seraient solvables et disposeraient de collatéraux suffisants. Pour que le Conseil des gouverneurs décide de reconsidérer le plafond des bons du Trésor que les banques grecques peuvent acheter, il faudrait « une perspective crédible pour une conclusion réussie de la mission de suivi et une mise en oeuvre qui permettrait le déboursement des fonds du programme par les États de la zone euro », a expliqué M. Draghi.
Le 30 juin, la Grèce doit rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI et personne ne sait vraiment si elle pourra le faire. « Faire faillite ne signifie pas sortir de la zone euro », a expliqué lundi Alain Lamassoure, député européen (PPE, Français). « Techniquement, il n'y a rien qui oblige un État qui ne peut honorer sa dette à sortir de la zone euro », a expliqué le Français. Le commissaire allemand, Günter Oettinger, a jeté un pavé dans la mare lundi en déclarant qu'il faudrait travailler sur un plan d'urgence, car la Grèce allait tomber dans un état d'urgence.
Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a estimé, quant à lui, qu'un accord était possible en une nuit, si la chancelière allemande participait aux discussions. (Elodie Lamer avec Mathieu Bion)