Bruxelles, 11/06/2015 (Agence Europe) - Les eurodéputés n'ont pas eu de mots assez durs, mercredi 10 juin à Strasbourg, pour fustiger les violations massives des droits humains, des libertés fondamentales et des principes démocratiques qui créent le chaos au Burundi depuis que son président, Pierre Nkurunziza, brigue un troisième mandat au mépris de la Constitution.
Au cours du débat, de vives préoccupations ont été exprimées face au risque de guerre civile dans le pays et de déstabilisation de toute la région des Grands Lacs. Les députés ont salué la mobilisation par l'UE d'1,5 million d'euros d'aide humanitaire pour les près de 100 000 réfugiés. Ils ont appelé cette dernière à soutenir davantage encore le peuple burundais dans ses aspirations démocratiques légitimes et à redéployer sa mission d'observation électorale, actuellement suspendue, si toutefois les conditions étaient réunies. Ils ont également appelé l'UE à faire preuve de la plus grande fermeté à l'égard de la dérive autocratique du président, aidé de ses milices, et à brandir la menace de sanctions.
C'est d'ailleurs ce qu'a fait Tibor Navracsics, commissaire européen à l'Éducation, qui s'exprimait au nom de Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission européenne et Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. «Nous rappelons que l'Accord de Cotonou (liant l'UE aux 79 États ACP) fait du respect des droits de l'homme, des principes démocratique et de l'État de droit des éléments essentiels. Nous allons travailler avec les partenaires de la région pour régler cette crise. L'UE doit envisager d'autres mesures, y compris celles concernant la coopération avec le Burundi », a-t-il déclaré.
Il a rappelé l'appel lancé par la Haute Représentante, au lendemain du sommet d'urgence de la Communauté des États d'Afrique de l'Est (21 mai), à coopérer avec Saïd Djinnit, l'envoyé spécial des Nations Unies, pour faciliter le dialogue politique (EUROPE 11330). Le gouvernement, quant à lui, doit prendre des mesures concrètes pour rétablir la confiance et construire un consensus pour des élections crédibles - condition sine qua non pour que l'UE redéploie sa mission d'observation électorale. C'est le voeu de David Martin (S&D britannique), qui a conduit cette mission pendant cinq jours.
« Le sommet des États d'Afrique de l'Est a, certes, recommandé le report des élections, mais ne s'est pas prononcé quant à la candidature du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat », a déploré Joachim Zeller (PPE, allemand), qui redoute un danger pour les élections en RDC en 2016 et au Rwanda en 2017.
Louis Michel (ALDE, belge) s'est indigné que « l'on réveille la fibre ethnique » (Tutsis/Hutus) 21 ans après le génocide au Rwanda. « Pour moi, Pierre Nkurunziza s'est disqualifié. L'UE doit déclarer que le gouvernement ne sera pas reconnu. Il faut menacer de fermer les comptes bancaires à l'étranger des personnalités responsables de la répression contre les manifestants et menacer de façon explicite de poursuites judiciaires », a-t-il dit. (Aminata Niang)