Bruxelles, 11/06/2015 (Agence Europe) - Dans une résolution adoptée jeudi 11 juin, à main levée en séance plénière, le Parlement européen appelle à une tolérance zéro envers la corruption dans le football.
Regrettant que les récentes allégations de corruption au sein de la fédération internationale de football (FIFA) aient porté atteinte à l'image du monde du football dans son ensemble, il souligne que des réformes structurelles au sein de l'organisation sont urgentes. Le commissaire Tibor Navracsics, en charge du Sport, et la secrétaire d'État lettone aux Affaires européennes, Zanda Kalnina-Lukasevica, ont participé au débat précédant le vote.
Dans son allocution, M. Navracsics a évoqué la nécessité d'une restructuration complète de la FIFA pour que celle-ci devienne une organisation transparente, gérée par des normes éthiques et morales. Rappelant que le sport n'est pas un domaine où l'UE peut légiférer et que le principe de subsidiarité doit être respecté, de même que l'autonomie des instances sportives, le commissaire souligne néanmoins qu'en vertu de l'article 165 du traité de Lisbonne l'UE doit veiller à l'intégrité morale du sport et à oeuvrer en ce sens.
Le rôle de la Commission sera donc « d'encourager une coopération renforcée en matière de sport (…) de coopérer avec les acteurs qui veulent restaurer le rôle de la FIFA (…) d'envoyer des signaux aux clubs, pour dire qu'on est prêt à les soutenir ». Il a également déclaré que la Commission allait travailler de concert avec les États membres « pour la mise en oeuvre de ces principes et ne pas se taire quand les organes ne répondent pas aux injonctions ».
Au nom du Conseil européen, Mme Kalnina-Lukasevica a exprimé les préoccupations des États membres pour le respect de l'intégrité du sport. « Le Conseil est très vigilant pour ce qui concerne l'organisation et la gestion des événements sportifs », a-t-elle déclaré, en rappelant que le plan de travail (2014-2017) de l'UE en faveur du sport recommande des modèles de bonne gouvernance dans le sport. Elle a aussi rappelé la création d'un comité d'experts chargés d'examiner les actions à mettre en oeuvre pour parvenir à cet objectif. « Il est important que l'UE joue un rôle, même si ses pouvoirs sont limités » a-t-elle assuré, en affirmant ensuite qu'il fallait « lutter contre la corruption, quelle que soit la puissance de ceux qui se livrent à des activités aussi honteuses et répréhensibles ».
La secrétaire d'État a déclaré également que la lutte contre la corruption est l'une des priorités de la Présidence lettone et qu'avancer dans le processus de révision de la directive sur le blanchiment d'argent permettrait d'avoir « de nouveaux moyens d'action pour une approche plus cohérente au niveau international », notamment dans le domaine du sport. Elle met toutefois en garde contre la tentation de surréglementer le secteur pour réagir contre la corruption.
Dans la résolution, le Parlement se réjouit de la démission de Joseph Blatter comme président de la FIFA et demande à la fédération de nommer un remplaçant pour assurer l'intérim. Il demande par ailleurs à la FIFA de se doter d'un système de décision « transparent, équilibré et démocratique ». Il exige que toutes les personnalités impliquées dans des scandales financiers soient démis de leurs fonctions et que toutes les décisions adoptées dans un contexte de corruption soient annulées.
Les députés saluent, en ce sens, la déclaration du président de la commission d'audit et de conformité de la FIFA qui a estimé que l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 pourrait être annulée s'il est avéré que ces attributions résultent uniquement d'activités de corruption. La résolution invite aussi la FIFA à adopter des normes déontologiques strictes ainsi qu'un code de conduite destiné à sa direction et à son comité exécutif, dont le respect sera contrôlé par un organisme de surveillance indépendant.
Enfin, les députés invitent la Commission, en coordination avec les États membres et en coopération avec Interpol, Europol et Eurojust « à prendre toutes les mesures appropriées et à les mettre effectivement en oeuvre pour réagir au moindre signe de corruption de la part des responsables de la FIFA ou d'une association de football nationale sur le territoire de l'Union européenne ». (Isabelle Lamberty)