Bruxelles, 05/06/2015 (Agence Europe) - Deux ans après les révélations sur les agissements d'espionnage de masse de l'agence de sécurité nationale américaine (NSA) concernant tant les citoyens américains et que d'autres parties du monde, l'ex-agent de la NSA Edward Snowden, aujourd'hui exilé en Russie, s'est félicité des premiers effets positifs du scandale.
Dans une tribune publiée vendredi 5 juin dans de grands quotidiens nationaux en Europe et aux États-Unis, le lanceur d'alerte a estimé que, « pour la première fois depuis le 11 septembre, nous discernons les contours d'une politique qui tourne le dos à la réaction et à la peur », constatant que « les rapports de force commencent à changer ». Le jeune homme explique pourtant qu'il craignait au départ que le public réagisse mal ou avec indifférence à ses révélations. « Je n'ai jamais été aussi heureux d'avoir eu tort », indique-t-il.
En l'espace de quelques mois, « le programme intrusif de suivi des appels de la NSA a été déclaré illégal par les tribunaux et désavoué par le Congrès », poursuit M. Snowden. La Maison-Blanche elle-même a jugé que ce programme n'avait pas permis d'empêcher une seule attaque terroriste. « La fin de la surveillance de masse des appels téléphoniques privés » a été permise par une prise de conscience mondiale, observe Edward Snowden, les Nations unies ayant elles-mêmes récemment déclaré que la surveillance de masse constituait sans ambiguïté une violation des droits humains.
« Au-delà du droit, les progrès ont été encore plus rapides », ajoute le lanceur d'alerte, à l'image des dispositifs dits de chiffrage permettant de sécuriser la confidentialité des données échangées sur Internet. Le droit à la vie privée reste toutefois menacé, selon M. Snowden. Celui-ci pointe notamment certains services en ligne qui sont devenus « les partenaires des programmes de surveillance de masse de la NSA » et les gouvernements qui « font pression sur des entreprises technologiques afin qu'elles travaillent contre leurs clients plutôt que pour eux ».
L'Américain critique aussi les réactions de certains pays comme la France ou le Danemark qui, après les attentats les ayant frappés, ont adopté des lois jugées liberticides. Cette tribune intervient alors que le Sénat américain vient d'adopter le 'Freedom Act' qui limite les pouvoirs de surveillance de la NSA. À Bruxelles, de nombreux eurodéputés tentent de s'inspirer de cet exemple dans le cadre de l'élaboration de dispositifs sécuritaires tels que le système de 'PNR européen' destiné à collecter les données des passagers aériens en provenance ou à destination de l'UE. (Solenn Paulic)