Bruxelles, 05/06/2015 (Agence Europe) - Divers responsables européens ont dénoncé, depuis le mardi 2 juin, les menaces du président turc, Recep Tayyip Erdogan, envers le rédacteur en chef du journal Cumhuriyet, Can Dündar. Le journal avait publié, vendredi 29 mai, une vidéo qui révèlerait des livraisons d'armes du gouvernement turc aux rebelles syriens, alors que le camion était chargé, selon la version officielle, d'aide humanitaire. M. Erdogan a promis, dimanche 31 mai, que M. Dundar paierait le « prix fort » pour ses activités d' « espionnage ». Il a depuis demandé sa condamnation à perpétuité.
La porte-parole du commissaire aux Négociations d'élargissement, Maja Kocijancic, a espéré que le cas de M. Dündar serait traité « d'une manière transparente et en pleine clarté, en ligne avec les règles et les procédures judiciaires pertinentes et en conformité avec la constitution turque ». « Le droit d'informer et d'être informé est d'une importance exceptionnelle en période électorale, et nous suivons de près les développements relatifs à la jouissance de ces droits », a expliqué Mme Kocijancic. Des élections législatives doivent se tenir le 7 juin. « L'état et la maturité de la démocratie dans un pays peuvent être jugés en fonction de l'état de la liberté des médias et du respect pour elle », a-t-elle ajouté.
« Nous condamnons dans les termes les plus forts l'étau de plus en plus resserré envers les médias et la liberté d'expression mis en place par le président turc et les autorités nationales », a expliqué le président du groupe S&D, Gianni Pittella. Il a qualifié la demande d'une peine de prison à perpétuité contre M. Dundar de « tout simplement inacceptable ». « Dans une démocratie moderne, la liberté de la presse et d'expression doit être respectée, toujours. Surtout à quelques jours des élections », a-t-il ajouté.
Alexander Graf Lambsdorff (ADLE, allemand) a commenté: « les menaces constantes du président Recep Tayyip Erdogan envers les journalistes et les éditeurs montrent qu'il ne comprend pas les principes démocratiques ou qu'il les ignore sciemment ». « À la veille des élections ce dimanche, l'état de la démocratie en Turquie est déplorable », a-t-il ajouté.
« Le président Erdogan propose personnellement la perpétuité pour l'éditeur qui a publié des articles critiques. Dément », a critiqué la co-présidente des Verts, l'Allemande Rebecca Harms. (Camille-Cerise Gessant)