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Bulletin Quotidien Europe N° 11307
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1092

*** PASCALINE WINAND, ANDREA BENVENUTI, MAX GUDERZO (sous la dir. de): The External Relations of the European Union. Historical and Contemporary Perspectives. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "European Policy", n° 52. 2015, 402 p.46,50 €. ISBN 978-2-87574-230-8.

Dans les conclusions qu'elle tire à la fin de cet ouvrage, Pascaline Winand rappelle que Jean Monnet, en 1963, avait expliqué voir le processus d'unification européenne comme un « ferment de changement » dans les relations internationales. Enseignant les relations internationales et l'intégration européenne à l'Université Monash en Australie et à l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, elle aurait pu y ajouter cette formule de Walter Hallstein, bien plus éclairante encore sur le potentiel que d'aucuns discernaient à l'époque dans l'œuvre intégrationniste qui venait d'être amorcée en Europe: « La Communauté est le point d'Archimède pour lever le nouvel ordre » dans le monde… Rien de moins ! En s'autorisant cette affirmation dans « L'Europe inachevée », livre publié en 1970, le président de la Commission économique européenne s'illusionnait-il ? C'est à le vérifier que sont consacrées toutes les contributions réunies dans ces pages, lesquelles prolongent une conférence organisée à Melbourne en septembre 2009.

Comment l'Europe communautaire devenue Union a-t-elle été perçue ailleurs dans le monde depuis son acte de naissance au début des années 50 (n'en déplaise à ceux qui s'évertuent à faire croire que l'aventure européenne a seulement commencé en 1958 avec les Traités de Rome, ce qui permet notamment de gommer la beaucoup trop fédéraliste « Déclaration Schuman ») ? Que l'Europe - du moins, des Européens… - se soit au fil du temps ressentie comme une présence politique et stratégique croissante dans le système international est-il un sentiment qui a été partagé ailleurs sur la planète et, dans l'affirmative, jusqu'à quel point ? En d'autres mots, comment l'Union européenne est-elle exactement perçue par la communauté internationale et de quelle manière les perceptions ont-elles évolué au fil du temps ? A-t-elle été appréhendée comme étant davantage un acteur économique ou un acteur politique ? Est-elle considérée comme un modèle régional qui pourrait être imité par d'autres ? C'est à ces questions et à bien d'autres encore que les spécialistes réunis dans ces pages apportent des réponses éclairantes au fil des cinq parties que compte l'ouvrage, ce qui dessine au final les contours d'un acteur international sui generis (selon la formule des deux autres enseignants qui ont coordonné la confection de l'ouvrage) non dépourvu d'atouts et de crédibilité, quand bien même la prophétie d'Hallstein est, hélas, loin d'être devenue réalité.

Dans une première partie, ce sont les relations nouées au fil des décennies par l'Europe communautaire avec ses voisins immédiats qui sont examinées, ce qui permet notamment à David Daly, l'ambassadeur qui représentait l'Union en Australie et en Nouvelle-Zélande jusqu'en 2013, de rappeler que si les élargissements n'ont jamais été de longs fleuves tranquilles mais des chemins parsemés d'embûches, ils n'en ont pas moins été « la politique étrangère la plus efficace poursuivie par l'Europe », selon la très pertinente appréciation de l'ancien commissaire Chris Patten. A la lumière de l'héritage mémoriel laissé par Solidarnosc, Karolina Pietras (Paris IV Sorbonne) montre, elle, combien l'histoire de la construction européenne n'est pas chose simple à partager. La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée, quant à elle, aux relations de l'Union avec la région Asie-Pacifique, avec des regards tour à tour portés sur l'Australie au temps de « l'initiative de Messine » et sur la Nouvelle-Zélande dans les années 50, mais aussi, plus près de nous, sur les ressentis à Singapour, la place de l'Union dans les perceptions indiennes, mais aussi la lente rencontre avec la Chine et les conflits commerciaux qui ont été la règle avant que le Japon et les Européens ne deviennent des partenaires globaux. C'est dans le même esprit qu'ont été conçues les quatre contributions relatives aux relations de l'Union avec les Etats-Unis et l'Amérique latine. La quatrième partie porte, elle, sur « l'héritage postcolonial » qui a caractérisé les relations extérieures de l'Union avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, Laura Kottos (Université de Reading) y montrant notamment combien, du temps des Traités de Rome qui coïncidaient avec l'inexorable décolonisation, il a été question de lier l'Europe aux empires finissants. La dernière partie est enfin consacrée à l'Union dans le contexte des organisations internationales, par exemple celles qui s'activent dans le domaine de la fiscalité. Un livre très complet et instructif, même s'il ne répond pas de manière univoque à la question de savoir si l'Union européenne n'est pas venue à « la rescousse de l'empire », selon la formule de Pascaline Winand, plutôt que d'écouter Monnet et Schuman…

Michel Theys

*** SIMON WERNER: Deutscher Unilateralismus im 21. Jahrhundert. Ein liberaler Erklärungsansatz. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Sicherheit in der multipolaren Welt". 2014, 320 p., 59,95 €. ISBN 978-3-631-65165-0.

Simon Werner nous propose, dans cette étude sur la politique étrangère allemande en ce début de XXIème siècle, de mettre en avant les facteurs de mise en œuvre, par les autorités de Berlin, d'une politique étrangère unilatérale et les conditions de sa réalisation. Animé par la perspective de l'intergouvernementalisme libéral, l'auteur pose dès l'introduction deux hypothèses de travail, dont il vérifie méthodiquement la validité au cours de son étude, à partir d'une analyse étayée de la position allemande lors des interventions armées étrangères en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et en Libye (2011). Cet ouvrage présente une analyse étoffée de sociologie des relations internationales, dans laquelle le jeu des différents acteurs est analysé en détail, c'est-à-dire notamment l'attitude et les mobiles des principales puissances impliquées dans ces événements.

(GLe)

*** CONSTANTIN SVOLOPOULOS: La politique étrangère grecque 1830-1981. Editions Hestia (84 rue Evripidou, GR-10553 Athènes. Tél.: (30-210) 3213907 - fax: 3214610 - Courriel: info@hestia.gr - Internet: http://www.hestia.gr ). Collection « Histoire et Politique ». 2015, 348 p., 18 €. ISBN 978-960-05-1581-7.

Ce livre d'un professeur émérite de l'histoire de l'hellénisme moderne à l'Université d'Athènes et membre de l'Académie d'Athènes dont il a été le président en 2010 est une édition entièrement revue et enrichie d'un travail qui fait le point de manière exhaustive sur le cours de la politique étrangère grecque depuis la naissance de la Grèce moderne, en 1832, jusqu'au 1er janvier 1981, moment qui a constitué un tournant dans l'histoire du pays avec son entrée dans l'Europe communautaire. Il s'agit d'un travail incontournable pour quiconque veut saisir le contexte historique et géopolitique dans lequel cette politique s'est développée. Ce livre est basé sur une documentation rigoureuse, des archives rares et une méthode historique très solide. Grâce à cette approche, Constantin Svolopoulos parvient à enrichir le traitement traditionnel de l'histoire diplomatique par des regards mettant en lumière les forces profondes qui modèlent la réalité internationale.

(AKa)

*** STEVEN BROCKMANS, GIOVANNI FALEG: More Union in European Defence. Centre for European Policy Studies (1 place du Congrès, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2293911 - fax: 2194151 - Courriel: info@cepts.eu - Internet: http://www.ceps.eu ). 2015, 26 p..

Sous ce titre volontariste, le CEPS vient de publier un rapport qui est le fruit du travail d'une task force présidée par celui qui fut successivement secrétaire général de l'Otan et Haut représentant de l'Union européenne, l'Espagnol Javier Solana, Steven Brockmans et Giovanni Faleg ayant tenu la plume. Ce rapport propose de relancer l'intégration européenne en mettant sur pied, sur le modèle de l'Union économique et monétaire ou encore de l'union de l'énergie, une « Union de défense européenne ». Un projet qui ressemble fort à une mise à jour de l'idée d'Union européenne de sécurité et de défense défendue depuis quinze ans par l'ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer et qui avait inspiré en grande partie, sur la base de propositions communes avec son homologue français Dominique de Villepin, le travail de la Convention européenne de 2002. Pas moins d'une vingtaine de personnalités ont contribué à cette mise à jour, parmi lesquelles un autre ancien secrétaire général de l'Otan, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, l'ancienne présidente lettone Vaira Vike-Freiberga et l'ancienne directrice de l'Institut d'études de sécurité de l'Union, la Française Nicole Gnesotto. Le rapport s'ouvre sur un constat simple: « La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) est le maillon le plus faible du projet d'intégration européenne ». Des perceptions différentes de la menace et des cultures stratégiques différentes, des divergences dans les intentions et les préférences et, dans certains cas, un manque de confiance mutuelle et de solidarité constituent autant d'obstacles qui bloquent encore et toujours les progrès de cette intégration. Pourtant, l'Union européenne et ses États membres sont aujourd'hui confrontés à un arc d'instabilité croissante sur ses flancs sud et est. La menace n'est pas purement militaire. Elle englobe la prolifération d'armes de destruction massive, la piraterie, les actions subversives, la guerre dite hybride, les attaques cybernétiques, des menaces qui visent la sécurité énergétique et environnementale ainsi que le terrorisme. A des degrés divers, tous les États membres sont affectés par ces menaces et par le phénomène de « vases communicants » entre la radicalisation dans l'Union et l'extrémisme dans le voisinage qui brouille la frontière entre ce qui est intérieur et ce qui est extérieur. Les « infiltrations » russes en Ukraine et les « provocations » de la même Russie dans les eaux territoriales et les espaces aériens des États membres complètent ce tableau en ravivant le risque d'une attaque militaire et d'une occupation en Europe. A partir de ce constat, les auteurs suggèrent de relancer l'intégration européenne en mettant en chantier une Union de défense européenne qui aurait pour vocation de renforcer l'efficacité des institutions en s'appuyant sur des forces armées plus intégrées et plus interopérables, un budget commun et un marché de défense unique et compétitif. La démarche préconisée est essentiellement intergouvernementale et repose en particulier sur la mise en oeuvre des dispositions du traité relatives à la coopération structurée permanente (article 46 TUE) et à la possibilité pour des groupes d'États membres de conduire des opérations au nom de l'Union (article 44 TUE). Sur le plan budgétaire, la priorité n'est pas tant à l'augmentation des dépenses que de réduire les duplications inutiles en rationalisant les capacités militaires nationales et en investissant dans des programmes d'acquisition en coopération. Le rapport salue l'initiative du Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité tendant à relancer la réflexion stratégique et souligne la nécessité d'élaborer une nouvelle stratégie de sécurité sur la base d'intérêts communs clairement définis et d'une identification commune des objectifs et des capacités qui sont nécessaires pour y répondre. Au-delà de leurs autres recommandations, les auteurs concluent par un appel à organiser un sommet réunissant l'industrie, les gouvernements et les institutions afin de « galvaniser l'agenda industriel et technologique » et de créer une base industrielle et technologique de défense européenne qui soit « plus que la somme de ses composantes nationales ». (Version courte d'une recension publiée dans Europe, Diplomatie et Défense n° 779 du 19 mars dernier).

*** ANTONIO MISSIROLI (sous la dir. de): A changing global environment. Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (100 av. de Suffren, F-75015 Paris. Tél.: (33-1) 56891930 - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection « Chaillot Paper », n° 133. 2014, 88 p.. ISBN 978-92-9198-253-0.

Ce Cahier de Chaillot dirigé par le directeur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, Antonio Missiroli, dresse un tableau de l'environnement stratégique actuel, assorti des principales tendances dans des domaines tels que la démographie et les migrations, l'économie, le commerce, l'énergie, le changement climatique, les technologies et la défense. L'ouvrage, fruit du travail collectif de l'équipe de chercheurs de l'Institut, analyse les crises et les conflits actuels, y compris les défis spécifiques liés au terrorisme et autres modes d'action hybride. Il constitue une première contribution au débat qui doit nourrir la stratégie des affaires étrangères et de la sécurité que le Haut représentant de l'Union compte mettre en chantier à l'occasion du Conseil européen de juin prochain.

(EDD)

*** KEITH BATTARBEE, JOHN ERIK FOSSUM (sous la dir. de): The Arctic Contested. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Canadian Studies », n° 18. 2014, 318 p., 49,20 €. ISBN 978-2-87574-206-3.

Situé au nord du cercle polaire, l'Arctique concerne huit pays et comprend plusieurs mers. Pourtant, l'attention portée à cette partie du monde dépasse largement ses frontières, elle qui s'est intensifiée en même temps que les changements climatiques s'accéléraient, ce qui a amplifié radicalement son importance académique et politique, suscitant du même coup différents conflits d'intérêts. Au cours des quelques décennies qui en ont fait un lieu hautement stratégique, les déclarations politiques nationales comme internationales relatives à sa gouvernance, ses voies de communication et le respect des droits des populations indigènes se sont multipliées. Cet ouvrage est une collection de textes qui examinent de quelle manière ces politiques ont un impact sur la région et la gouvernance du grand Nord. Tour à tour sont traités les intérêts canadiens, américains, européens, norvégiens et asiatiques. En parallèle, l'ouvrage explore les perceptions et les expériences particulières du Nord dans la littérature et l'art dramatique. Il se présente dès lors comme une plateforme de dialogue multidisciplinaire qui tente d'appréhender l'Arctique dans toute sa complexité. Structuré en trois grandes parties, il donne les clés permettant de comprendre de manière large les problématiques de la région.

(CDe)

*** Politica Exterior. Editions Estudios de Politica Exterior (49 Nuñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312628 - fax: 5777252 - Courriel: revista@politicaexterior.com - Internet: http://www.politicaexterior.com ). Novembre/décembre 2014, n° 162p., 13 €. Ce numéro porte notamment sur l'Europe face à la problématique de l'énergie, le sort de l'Otan en 2015, Daech et la question de la Crimée.

(MT)

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