Bruxelles, 23/04/2015 (Agence Europe) - « Si les conclusions du Conseil européen ne changent pas, il y aura un vrai clash la semaine prochaine avec le Parlement européen », a averti, jeudi 23 avril, le président du groupe ADLE au Parlement européen, Guy Verhofstadt.
Les leaders européens se réunissaient jeudi après-midi pour un Sommet européen d'urgence consacré à la crise migratoire en Méditerranée et devaient, selon de premières conclusions, accepter le principe d'un doublement, au moins, des moyens financiers alloués à l'opération Triton lancée en novembre dernier, dont le budget passerait de 3 à 6 millions d'euros. Les chefs d'État devaient aussi en principe, expliquait une source officielle mercredi 22 avril au soir, accepter l'idée d'un projet pilote de réinstallation de 5 000 réfugiés syriens, venus des camps de réfugiés des pays tiers ou d'États de l'UE comme l'Italie, où ils sont déjà arrivés.
« C'est dérisoire de passer de 3 millions à 6 millions, c'est scandaleux », a pesté Guy Verhofstadt qui a plaidé jeudi pour une vraie réforme de l'agence Frontex (qui parraine Triton), en rendant obligatoires les contributions des États membres en moyens opérationnels (navires, hélicoptères avions…) et en changeant le mandat de l'agence pour qu'il prévoie de véritables opérations de sauvetage et pas seulement une mission de surveillance des frontières européennes. Le Belge a également jugé dérisoire ce projet pilote de 5 000 personnes, alors que certains États membres comme l'Allemagne et la Suède « font à eux deux déjà beaucoup plus que cela ! ».
Dénonçant le manque d'ambition des leaders, le libéral a plaidé pour un plan en 4 points: - un système européen d'asile centralisé ; - une nouvelle politique européenne de migration économique avec une directive 'carte bleue' révisée, « l'actuelle n'étant pas utilisée par les États membres » et créant trop de difficultés bureaucratiques, a jugé M. Verhofstadt ; - la lutte contre l'immigration irrégulière ; - la mise en oeuvre d'une approche européenne « globale ».
Sur l'asile, le Belge a jugé qu'il faut « en finir avec le règlement de Dublin » et donner les visas humanitaires directement depuis les pays d'origine. Il faudrait des conclusions qui définissent « une approche globale dans laquelle on change le système d'asile, on renforce Frontex et on s'attaque aux causes de la migration », a plaidé Guy Verhofstadt.
Pour l'heure, les États membres se concentrent trop sur la lutte contre les trafiquants et les passeurs, a déploré l'élu. « Ils pensent qu'en faisant cela le problème sera réglé ». Idem pour la future opération civile/militaire PSDC (Politique de sécurité et défense commune) évoquée pour détruire les navires des passeurs et pour laquelle un mandat devrait être donné jeudi soir par les Vingt-huit. Le Premier ministre italien avait, dès dimanche, évoqué la possibilité d'« interventions ciblées pour détruire un racket criminel ». Une idée partagée par Donald Tusk, selon une source européenne, même si tous les aspects légaux et techniques de cette opération ne pourront pas être clarifiés dès jeudi, a-t-elle nuancé.
« Si on détruit des bateaux, d'autres vont être utilisés ; ce n'est qu'une partie minime de la solution », a, pour sa part, jugé le Belge. Très remonté, Guy Verhofstadt a encore critiqué la volonté des États membres de 'traquer' les passeurs et réseaux criminels sur les réseaux sociaux via le recours à Europol afin de prévenir le 'recrutement' de candidats à la traversée. « Ce n'est pas en s'attaquant à Internet qu'on va y arriver », a-t-il pesté. (Solenn Paulic)