Bruxelles, 26/03/2015 (Agence Europe) - Le régime des quotas laitiers de l'UE sera définitivement supprimé le 31 mars 2015. « Ce n'est une surprise pour personne, puisque la décision avait été prise il y a douze ans », a déclaré, jeudi 26 mars, le commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, qui a tenu une conférence de presse rapide (intervention de 5 minutes, avant de répondre à trois ou quatre questions) sur un sujet pourtant très sensible, car certains producteurs redoutent une forte chute des prix, après la fin des quotas laitiers.
Les producteurs devront donc s'en tenir uniquement aux forces du marché, a déclaré Phil Hogan, dont le style assez direct tranche avec celui de son prédécesseur, Dacian Ciolos. « Nous avons déjà un marché qui est compétitif », a-t-il souligné. Les perspectives de croissance du marché sont de 2% par an: « Nous pouvons donc regarder l'avenir avec optimisme. La classe moyenne dans le monde progresse, les exportations européennes ont plus que doublé vers la Corée du Sud ces dix dernières années et l'accord avec ce pays nous permettra de profiter de la fin de certains droits de douane sur les produits laitiers, notamment les fromages et de bénéficier de la reconnaissance d'indications géographiques de l'UE, surtout pour les fromages », a poursuivi le commissaire.
Malgré l'existence des quotas, les exportations de produits laitiers de l'UE ont augmenté de 45% en volume et de 95% en valeur au cours des cinq dernières années. Selon les prévisions de marché, les perspectives de croissance restent très encourageantes, notamment en ce qui concerne les produits à valeur ajoutée comme le fromage, mais aussi les ingrédients utilisés pour la fabrication de produits nutritionnels, sportifs ou diététiques.
Impact pour les producteurs. Les producteurs ont fait part de leurs inquiétudes, a rappelé M. Hogan. Mais ce dernier rappelle qu'en 2014 la production a augmenté de 5,5% (sans problème sur le marché) et il est permis d'être optimiste sur l'avenir. La Banque européenne d'investissement (BEI) et la Commission ont prévu un nouvel instrument financier pour les agriculteurs, a-t-il rappelé. En répondant à des questions de la presse, M. Hogan a dit: - les programmes de développement rural peuvent aider les régions montagneuses ; - après une chute il y a deux mois, les prix du marché du lait se stabilisent actuellement au même niveau qu'il y a deux ans (32,2 cents/litre); - si besoin, des mesures supplémentaires seront prises pour aider les producteurs de lait dans les pays les plus touchés par l'embargo russe (pays baltes et Finlande), « mais à ce stade il n'est pas nécessaire d'intervenir ».
Des outils sont là en cas de crise. « La fin des quotas laitiers pourrait poser des problèmes à court terme en termes de volatilité des prix, mais nous avons des mécanismes à notre disposition en cas de crise », a reconnu le commissaire. Il a cité les contrats de prix fixes (entre agriculteurs et laiteries) qui permettront de réguler un peu les volumes produits. Ces sont des pistes à explorer pour répondre aux inquiétudes des producteurs, a soutenu le commissaire. « Nous resterons vigilants. L'observatoire du marché du lait permettra de suivre les acteurs du marché », a-t-il conclu.
La volatilité extrême des prix peut être atténuée grâce au filet de sécurité (intervention publique pour le beurre et le lait écrémé en poudre et stockage privé). La Commission peut aussi intervenir en cas de circonstances exceptionnelles (comme elle l'a fait pour les pays baltes et la Finlande en raison de l'embargo russe). En plus des aides découplées, les pays disposent de plusieurs options à décider au niveau national ou régional: paiements supplémentaires pour les zones à handicap naturel, paiement couplé volontaire (18 pays ont introduit un tel paiement couplé en mettant en oeuvre la réforme de 2013 de la PAC, soit une enveloppe totale de 800 millions d'euros en 2015, les programmes de développement rural (dans les zones fragiles). Il y a aussi le paquet lait (des règles plus claires sur les contrats écrits ou encore un pouvoir de négociation accru des organisations de producteurs face à l'industrie). Il y a aussi un rôle pour les organisations interprofessionnelles dans le secteur laitier, sans compter les actions de promotion (marché intérieur et pays tiers). (Lionel Changeur)