Bruxelles, 09/02/2015 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères européens ont adopté, lundi 9 février, les sanctions contre 19 personnes et 9 entités, mais ils ont décidé de repousser leur entrée en vigueur au 16 février, en raison des négociations en cours en vue d'un accord de paix.
« Le principe de ces sanctions par rapport à Marioupol est maintenu, mais leur application se fera à la lumière de la situation sur le terrain. Concrètement, on fera le point d'ici lundi prochain. D'ici là, on verra si la réunion de Minsk (entre les présidents français, russe, ukrainien et la chancelière allemande, prévue mercredi 11 février) aura lieu, ce qu'elle a donné, et on pourra en tirer les conséquences », a expliqué le ministre français, Laurent Fabius.
« Pour donner de l'espace aux efforts diplomatiques, il a été décidé que l'entrée en vigueur des sanctions soit en attente jusqu'à lundi » 16 février, a dit la Haute Représentante, Federica Mogherini, qui a précisé que la situation serait évaluée par les chefs d'État et de gouvernement lors de leur sommet informel, jeudi12 février. Le ministre belge, Didier Reynders, a précisé que les sanctions devraient entrer en vigueur lundi 16 février, avec leur publication au Journal officiel, à moins que les États membres, à l'unanimité, n'en décident autrement. Selon lui, l'objectif du délai dans la publication des mesures est de donner toutes les chances aux négociations en cours, tout en tenant compte des conclusions des événements précédents.
M. Reynders a expliqué que ce n'étaient pas la France ou l'Allemagne mais la Haute Représentante qui avait ouvert le débat sur les sanctions, débat qui a duré deux heures en raison de l'intervention des États membres et du service juridique. Sans compter ces nouvelles sanctions, 132 personnes et 28 entités sont sanctionnées en raison d'atteintes à l'intégrité territoriale de l'Ukraine.
Les discussions se poursuivent en vue du sommet de Minsk
Mme Mogherini a précisé que les ministres soutenaient tous les efforts faits en vue d'organiser une rencontre pour avoir un accord sur la mise en oeuvre des accords de Minsk.
M. Fabius a expliqué que les discussions se poursuivaient en vue du sommet de Minsk du 11 février. « L'objectif est de parvenir à une désescalade et à la paix. Nous sommes pas du tout assuré du résultat », a-t-il admis. « Le protocole de Minsk a été signé et c'est le juge de paix. Depuis lors, il y a une certaine évolution sur le terrain. Mais il faut rester le plus possible dans le respect du protocole de Minsk », a souligné le ministre. Il a expliqué que de nombreuses questions étaient posées, telles que 'à combien de kilomètres de la ligne de démarcation doivent être retirées les armes lourdes ?', 'comment assurer le respect de la frontière ?', 'que deviendront, du point de vue juridique, les provinces du Donbass ?'. « La question qui est posée aujourd'hui c'est surtout la question du retrait des armes lourdes, parce que si on veut arriver à un cessez-le-feu - c'est l'objectif - puis à la paix, il faut que les armes lourdes ne puissent plus tonner », a souligné le ministre français. « Nous sommes dans une situation extrêmement grave et l'accord qui peut être trouvé » à Minsk « est la dernière chance avant de passer à un scénario d'augmentation des sanctions », a prévenu le ministre espagnol, José Manuel García-Margallo, qui a estimé que l'UE avait déjà perdu 21 milliards d'euros en exportations vers la Russie en raison des sanctions.
Pourtant, selon l'Allemand Frank-Walter Steinmeier, la tenue du sommet de Minsk est encore incertaine car le président russe, Vladimir Poutine, souhaite qu'un certain nombre de points concernant un plan de paix pour l'Ukraine fassent l'objet d'un accord, avant que le sommet puisse avoir lieu. « Il n'est pas encore certain que le sommet qui doit réunir les dirigeants russe, ukrainien, allemand et français mercredi à Minsk pour faire cesser les hostilités dans l'est de l'Ukraine aura bien lieu (…) il reste encore beaucoup de pain sur la planche », a expliqué M. Steinmeier.
Le commissaire à la Politique de voisinage, Johannes Hahn, a appelé l'Ukraine à prendre les réformes nécessaires pour que la conférence des donateurs/investisseurs puisse avoir lieu en avril. « J'espère que durant le mois de février le gouvernement va tenir ses promesses de présenter des réformes très concrètes, ce qui est la base pour une conférence des investisseurs, j'espère en avril », a-t-il expliqué. (Camille-Cerise Gessant et Jan Kordys)