*** ROBERTO DOMINGUEZ (sous la dir. de): The OSCE: Soft Security for a Hard World. Competing Theories for Understanding the OSCE. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 76. 2014, 193 p., 44,90 €. ISBN 978-2-87574-108-0.
Cet ouvrage sort de l'oubli une organisation qui ne peut plus prétendre au titre de « Belle au bois dormant » - qualification dont a longtemps été affublée la défunte Union de l'Europe occidentale - mais qui, dans le domaine de la défense, est victime elle aussi d'un déficit de notoriété. Pourtant, ainsi que l'expliquent ceux qui sont à la base de l'initiative académique ayant abouti à cette publication, l'histoire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe mérité de retenir l'attention de ceux qui, en Europe et dans le monde, s'intéressent à la manière dont la sécurité peut être améliorée dans le contexte de relations entre États pleinement souverains. Ainsi que le souligne le Pr. Roberto Dominguez (Université du Suffolk et Institut universitaire européen de Florence) dans son chapitre introductif, cette organisation née sous forme de Conférence à Helsinki à l'heure du dégel entre l'Est et l'Ouest au milieu des années 70 n'a sans doute pas l'influence politique acquise depuis par l'Union européenne ni le poids militaire de l'Otan, mais elle ne s'est pas moins hissée au rang de « fournisseur de sécurité régionale », elle qui est passée de trente-cinq pays membres à bien plus de cinquante aujourd'hui et qui a été activé sur pas moins de trente-et-un terrains depuis sa création, des seize champs d'intervention actuel étant le Sud-Est de l'Europe (six opérations), l'Europe de l'Est (deux), le Sud du Caucase (trois) et l'Asie centrale (cinq). Autant de bonnes raisons, en somme, de s'intéresser à cette organisation et à la manière dont elle fonctionne.
Les spécialistes qui fournissent les neuf chapitres du livre s'emploient à en sonder le cœur et les reins en la soumettant aux scalpels de différentes théories politiques, celles liées à l'École réaliste, bien entendu, mais aussi des théories plus sociologiques: institutionnalisme libéral, constructivisme social, poststructuralisme sont, entre autres, les outils théoriques utilisés au fil des pages pour jauger cette organisation qui, à l'évidence, n'appréhende pas la sécurité uniquement en termes de défense, mais y même aussi des dimensions telles que l'économie, l'environnement et les… droits de l'homme. C'est donc de manière particulièrement large que la sécurité est abordée dans le cadre de cette organisation, le moindre des mérites de cet ouvrage n'étant pas de mettre en lumière ses apports à un monde où ne règneraient pas les seuls rapports de force entre États souverains.
Pierre Bouvier
*** NICOLE GNESOTTO: Faut-il enterrer la défense européenne ? La Documentation française (29 quai Voltaire, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40157010 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection « Réflexe Europe - Débats ». 2014, 152 p., 9 €. ISBN 978-2-11-009463-6.
Dans cet essai, Nicole Gnesotto revient sur les progrès inconstants et les résultats en demi-teintes d'une défense européenne que d'aucuns voudraient promptement enterrer. Comment en effet ne pas profiter de l'actuelle stagnation de ce projet à haute valeur ajoutée politique pour l'enterrer avant qu'il ne soit trop tard ? Tout dans la genèse de la défense européenne rappelle les engrenages de la construction européenne - ici, on fait de petites opérations communes, en lieu et place de la mise en commun du charbon et de l'acier - avec, à la clef, une défense commune qui scellerait définitivement l'union politique, au grand dam des souverainistes et des atlantistes qui se sont découverts un ennemi commun. Et leur résistance est d'autant plus facile qu'à l'inverse du marché commun devenu Communauté puis Union européenne, la défense ne bénéficie pas de la même dynamique de soutien d'opérateurs économiques participant à un secteur marqué par la fragmentation et le poids des États. Quelles sont, dans ces conditions, les chances de succès de la méthode d'agrégation de modules de forces dans de petites opérations extérieures de gestion de crise ou celle, encore plus délicate, de capacités (groupements tactiques, forces multinationales, pour la plupart jamais employées ; pooling and sharing de l'AED ; projets capacitaires et soutien à la recherche et à l'industrie du côté de la Commission) en l'absence d'une véritable politique étrangère commune, d'une réflexion stratégique et d'une volonté politique de les mettre en œuvre ?
Pourtant, comme l'explique la titulaire de la chaire sur l'Union européenne au CNAM et ancienne directrice de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, les arguments - à commencer par les menaces qui s'accumulent dans son voisinage immédiat - ne manquent pas pour justifier une montée en puissance de l'Union comme acteur international. Un contexte d'instabilité qui peut affecter considérablement la prospérité comme la solidarité de l'Europe et dans lequel « les États-Unis sont peut-être la dernière illusion politique de l'Europe: car les États-Unis regardent au large tandis que les Européens s'obstinent à regarder l'Amérique ». En résumé, il ne fait aucun doute que l'Europe ne peut se passer d'une réflexion stratégique et d'une défense commune. Encore faut-il pour cela oser franchir le Rubicon des ambigüités sémantiques qui laissent aux politiques et aux diplomates toute latitude de construire des usines à gaz (les articles du traité qui restent inapplicables comme les procédures qui se transforment en accouchements au forceps de micro-opérations hétéroclites en témoignent à l'envi).
Voilà qui, tout naturellement, renvoie à la question de la participation britannique dans un contexte d'euroscepticisme croissant en Grande-Bretagne. Faut-il, pour progresser dans la défense européenne, « attendre Londres comme on attend Godot ? » Certes, comme le rappelle Nicole Gnesotto, le Royaume-Uni est l'un des rares véritables acteurs de la défense en Europe à avoir des capacités et à être prêt à les engager sur la scène internationale. Mais il n'a jamais contribué aux opérations de l'Union européenne. Aussi, à l'approche du référendum de 2017 et après le « splendide isolement » de David Cameron dans sa contestation du mode de désignation de l'actuel président de la Commission européenne, serait-il sans doute judicieux de « prendre au sérieux les Britanniques quand ils refusent l'Europe de la défense » et « d'avancer même sans eux, tout en laissant la porte ouverte à leur ralliement ultérieur ». Comme le souligne l'auteur, la coopération structurée permanente offre cette possibilité. La dynamique d'adaptation de l'Europe au nouveau contexte stratégique est « douloureuse, insuffisante, insatisfaisante », mais « face à la crise économique mondiale, face à la révolution stratégique américaine, les Européens n'ont (…) pas d'autre choix que de reprendre en main leur destin », conclut Nicole Gnesotto. (EDD)
*** ODETTE JANKOWITSCH-PREVOR, QUENTIN MICHEL, SYLVAIN PAILE-CALVO (sous la dir. de): Modelling Dual-Use Trade Control Systems. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Security and Non-Proliferation", n° 10. 2014, 262 p., 41,70 €. ISBN 978-2-87574-203-2.
Depuis 2010, le Groupe Chaudfontaine, du nom d'une petite bourgade belge, se réunit régulièrement pour échanger des idées sur le thème du commerce des produits sensibles, ceux à usage civil et militaire entre autres. Cet ouvrage rend compte de la rencontre que ce Groupe - qui réunit des juristes, des économistes et des politologues, mais aussi des fonctionnaires et des praticiens - a eue, en décembre 2013, avec des experts venus du continent africain en vue de faire le point sur la manière dont les pays d'Afrique contrôlent le commerce des biens à double usage et sur les défis qu'il leur appartient de relever. Concrètement, les contributions portent sur la question de savoir si des normes internationales peuvent aider les pays africains concernés à relever le défi que représente ce type de commerce, la réponse à cette question qui découle de ces pages étant très largement affirmative même si les auteurs se refusent à envisager des normes de nature universelle. (PBo)
*** THEODORE KARYOTIS: La zone économique exclusive (ZEE) de la Grèce. Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2014, 240 p., 14,50 €. ISBN 978-960-14-2907-6.
Depuis très longtemps, Théodore Karyotis essaie sans relâche de mettre en évidence de manière précise la dimension correcte, dans la réalité grecque, du concept de zone économique maritime exclusive (ZEE). Cet ouvrage est une nouvelle manifestation de cette volonté, ainsi qu'une contribution précieuse à l'hellénisme. Professeur d'économie politique à l'Université du Maryland aux États-Unis et considéré comme le père de la ZEE grecque, il en explique clairement, dans ces pages, la nature juridique et les conventions internationales qui régissent ces zones maritimes. À la lumière des bouleversements géopolitiques enregistrés dans le sud de la Méditerranée, il explicite les défis et enjeux qui existent en ce domaine. Il s'attarde notamment sur la question de la délimitation de la Zone économique exclusive de Chypre, sujet explosif que l'auteur maîtrise mieux que quiconque puisqu'il a participé en tant que négociateur clé, au nom de la République de Chypre, à tous les stades des discussions en vue de la conclusion d'accords avec l'Égypte, le Liban et Israël. À ses yeux, le modèle d'accord et la méthodologie utilisée dans ces cas peuvent être sources d'inspiration pour la Grèce. Partisan inconditionnel de délimitations pacifiques des frontières maritimes, l'auteur invite vivement Athènes à s'engager dans cette voie. (AKa)
*** JÜRGEN ELVERT, ENRIQUE MORADIELLOS (sous la dir. de): Memoria e identidad del Mediterráneo / Memory and Identity of The Mediterranean. Las relaciones exteriores y politicas de la Unión Europea y la cooperación en el Mediterráneo / European Union Foreign Relations and Foreign Policy and the Cooperation in the Mediterranean. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Cuadernos de Yuste / Notebooks of Yuste", n° 8. 2014, 251 p., 50,30 €. ISBN 978-2-87574-170-7.
Cet ouvrage présente les actes du séminaire doctoral « Relations extérieures et politiques de l'Union européenne et coopération en Méditerranée » qui avait été organisé par la Fondation Académie européenne de Yuste au monastère royal de Yuste et palais de Charles Quint voici un peu plus de trois ans en Estrémadure. Publiées en espagnol, en anglais ou en français, les contributions de jeunes historiens réunies dans ces pages - qui s'ouvrent sur un court propos de Javier Solana, précisément récompensé du prix européen Charles Quint en 2010 - sont toutes empreintes de la conviction de l'importance que n'a cessé d'avoir la Méditerranée pour la politique européenne et le processus d'intégration. Les thèmes abordés concernent notamment la politique qui a été développée par les Européens sur le plan migratoire, la coopération avec les pays maghrébins, le profil particulier de l'Italie, les discours et représentations relatifs à la coopération euro-méditerranéenne, les tensions territoriales engendrées par les enclaves espagnoles en Afrique du Nord, la Politique étrangère et de sécurité commune à l'épreuve, entre autres, de la crise Libyenne… (PBo)
*** PETR DRULÁK, SÁRKA MORAVCOVA (sous la dir. de): Non-Western Reflection on Politics. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2013, 259 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-64354-9.
Philosophie grecque, droit romain, religion chrétienne, Lumières composent un héritage culturel qui, au fil des siècles, ont façonné l'État souverain et le système étatique que l'Occident a longtemps pu exporter - et imposer - dans le monde entier. Du fait de la mondialisation, ce temps-là est révolu, cédant la place à une époque où des sensibilités non-occidentales doivent être prises en compte afin que le dialogue global qui est aujourd'hui indispensable puisse se révéler fructueux. Aboutissement d'un projet de recherche scientifique initié en République tchèque avec l'aide financière de la Commission européenne, cet ouvrage vise à favoriser ce dialogue en mettant en lumière des concepts politiques qui n'ont pas cours en Occident, ainsi que la manière dont des concepts occidentaux sont (ré)interprétés dans d'autres parties du monde, à savoir l'Amérique latine, l'Afrique, l'Asie orientale et le monde islamique. Les contributions emmènent ainsi du Cameroun au Mexique, de la Chine au Ghana, de l'Égypte et de la Tunisie au Japon, une attention soutenue étant notamment accordée à la manière dont la démocratie et les droits de l'homme sont appréhendés dans le monde musulman. (PBo)
*** VENELIN TSACHEVSKY: The Swiss Model - The Power of Democracy. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 405 p., 69,95 €. ISBN: 978-3-631-65060-8.
Cet ouvrage décrit et analyse les spécificités du système politique suisse, caractérisé par une démocratie directe particulièrement développée, notamment via l'application de référendums (les votations) dans le processus de décision, et une politique de neutralité sur le plan extérieur. Le potentiel de son système unique résulte du fait, selon l'auteur, qu'il a été créé et a constamment évolué en étroite relation avec les valeurs démocratiques, sur la base de la nécessité reconnue de l'unité nationale et du respect du consentement, à travers le dialogue et le compromis, au nom de projets et d'intérêts communs, en reconnaissant pleinement et en exécutant la volonté de la majorité des citoyens. A cet égard, le pays a parcouru beaucoup de chemin avant d'atteindre ses dispositions actuelles pour établir un modèle stable et efficace de gouvernance. C'est à partir de ce postulat que l'auteur, qui qualifie de « modèle suisse » l'ensemble de ces spécificités, analyse l'évolution historique et les dispositions modernes du système suisse en appliquant à son étude la méthode politico-historique et comparative. L'auteur se focalise aussi sur la politique extérieure de la Confédération helvétique et son principe de neutralité. En conclusion, il pose la question d'une application du « modèle suisse » à d'autres pays européens, à la lumière en particulier du cas de la Bulgarie. (CDe)