Bruxelles, 09/02/2015 (Agence Europe) - Des pays de la zone euro ont tracé des lignes rouges, lundi 9 février, à deux jours de l'Eurogroupe supposé déblayer le terrain sur le financement de la Grèce, avant un accord espéré le 16 février.
La Commission européenne a quant à elle expliqué, le même jour, qu'elle faisait de son mieux pour faciliter les discussions. « La Commission déploie tous les efforts et les contacts nécessaires au niveau technique afin de préparer la réunion de l'Eurogroupe dans les meilleures conditions », a dit Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission. M. Schinas a été interrogé sur la rencontre à Athènes entre le représentant de la Commission dans la troïka, Declan Costello, et le président du groupe de travail sur l'euro, Thomas Wieser.
Des débats difficiles en perspective
Si d'aucuns espèrent qu'un accord sera trouvé le 16 février, avant que le programme n'arrive à expiration, force est de constater que les discussions s'annoncent difficiles.
Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a donné le ton, lundi matin. « La Grèce ne devrait pas supposer que le sentiment général a changé en Europe au point que l'eurozone accepterait le programme du gouvernement Tsipras sans limite », a-t-il dit lors d'une visite en Allemagne où il a rencontré le parti socialiste. M. Juncker a également dit que M. Tsipras n'avait que partiellement évoqué, dans son discours au parlement national, les craintes émises par certains pays de la zone euro.
Le ministre français des Finances, Michel Sapin, a dit depuis Istanbul qu'il fallait « assurer un financement, sans quoi la Grèce serait à la merci de n'importe quelle situation de panique sur les marchés, mais on ne peut pas simplement dire 'on finance, on finance' ». Mais la contrepartie du soutien doit être le respect par la Grèce des règles européennes, a ajouté le ministre français.
Portugal et Irlande ont estimé que si la Grèce bénéficiait de conditions spéciales, celles-ci devraient s'appliquer à tous. Simon Coveney, ministre irlandais de l'Agriculture, a dit sur la radio RTE que si une nouvelle offre était sur la table pour la Grèce, « alors l'Irlande est ouverte à s'y pencher mais nous insisterons sur le fait que tout nouveau ou meilleur accord s'applique à l'Irlande comme à la Grèce ».
Pedro Passos Coelho, Premier ministre portugais, a rappelé que des solutions particulières avaient déjà été trouvées pour la Grèce, comme l'octroi de davantage de temps pour payer la dette. Les solutions trouvées aujourd'hui « doivent valoir pour tous », a-t-il ajouté. À Chypre, le président de la Chambre, Yianakis Omirou, a envoyé un signal positif, préconisant un alignement de la position chypriote sur celle de la Grèce lorsqu'il s'agit de changer la mentalité des plans d'aide.
À la Grèce qui demande un financement de transition jusque fin mai, afin d'avoir le temps de faire des propositions pour un accord à long terme, le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, a répondu que si Athènes voulait l'aide de l'eurozone, il faudrait un programme en bonne et due forme. La Grèce « est soumise
à un programme jusque fin février, je ne sais pas ce que les marchés feraient sans programme, mais peut-être que M. Tsipras le sait mieux que moi », a ajouté M. Schaüble, également à Istanbul. Il a expliqué n'avoir toujours pas compris « comment le gouvernement grec veut s'y prendre ». « La fin de la crise ne va pas venir si nous disons oui à un autre programme » d'ajustement économique, a dit le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, le 9 février devant le parlement national.
Certains semblent sceptiques sur une réussite des discussions entre la Grèce et ses créanciers internationaux. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a affirmé sur son compte Twitter que « compte tenu de l'incertitude sur l'euro et la Grèce, il était important que je préside un réunion pour assurer que notre gouvernement est préparé à toute éventualité ».
La veille, dans un entretien à la chaîne italienne RAI, M. Varoufakis avait mis en garde contre un 'Grexit'. « L'euro est fragile, c'est comme un château de cartes, si vous enlevez la carte grecque, toutes les autres tomberont avec », a-t-il dit. « J'avertis tous ceux qui envisagent d'amputer stratégiquement la Grèce de l'UE; parce que cela serait très dangereux », a-t-il poursuivi. « Après nous, qui sera le prochain ? Le Portugal ? Qu'est-ce qu'il arrivera quand l'Italie se rendra compte de son impossibilité à rester dans la camisole de l'austérité ? ». Il a également expliqué avoir été approché par des représentants italiens « d'une grande institution », qui l'ont assuré de leur soutien, mais ne peuvent pas le « dire tout haut car l'Italie risque aussi la banqueroute et qu'ils ont peur de la réaction de l'Allemagne ». Il a également dit que la dette de l'Italie était « intenable », ce à quoi le ministre italien, Pier Carlo Padoan, a réagi via son compte Twitter en disant que la dette italienne était « solide et viable ».
Dimanche, lors de son discours devant le parlement national, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a expliqué vouloir remonter le seuil de l'impôt sur le revenu à 12 000 euros par an (contre 5 000 euros actuellement) et augmenter le salaire minimum de 586 à 741 euros mensuels graduellement d'ici 2016. Il a annoncé aussi: la suppression de la taxe foncière, un treizième mois pour les pensions mensuelles sous 700 euros, la réouverture de la chaîne publique ERT, son souhait de réembaucher les fonctionnaires licenciés dans le cadre des embauches planifiées pour 2015, l'arrêt des privatisations, le lancement d'une enquête pour savoir comment le pays s'est retrouvé contraint de demander une assistance financière et enfin la réclamation de réparations à l'Allemagne pour la Seconde Guerre mondiale.
« Nous n'avons qu'un engagement, celui de servir les intérêts de la population, le bien de la société », a dit M. Tsipras, évoquant une « décision irrévocable de mettre en oeuvre les promesses de campagne dans leur entièreté ». Malgré un ton plutôt déterminé en Grèce, au sein de l'eurozone, on affirme que les Grecs se montrent plus conciliants en coulisse.
Depuis l'Autriche, où il rencontrait le chancelier Werner Faymann, M. Tsipras s'est dit optimiste quant aux chances de compromis avec l'eurozone.
Si un accord n'est pas trouvé avant la fin du programme, le 28 février, la Grèce perdra sept milliards d'euros d'aide. L'enveloppe de dix milliards réservée pour les banques grecques sera elle aussi perdue. Or, on estime au sein de l'eurozone qu'avec les fuites de capitaux, les banques pourraient avoir de nouveaux besoins en recapitalisation, alors qu'avait un temps été évoquée la possibilité d'utiliser ces fonds pour d'autres besoins du gouvernement. Du côté de la BCE, on souligne avoir toujours déconseillé l'utilisation de ces fonds pour autre chose que pour les banques. (Elodie Lamer)