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Bulletin Quotidien Europe N° 11243
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) sahara

L'OLAF pointe du doigt la gestion de l'aide aux Sahraouis

Bruxelles, 30/01/2015 (Agence Europe) - Federica Mogherini, Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, a confirmé la semaine dernière devant la commission des budgets du Parlement européen l'existence d'un rapport gardé secret pendant 8 ans sur des détournements de l'aide aux Sahraouis.

L'affaire paraît soulever bien des questions sur ce qui ne serait que de la « simple » fraude à l'aide humanitaire, qui pourrait cependant avoir des revers diplomatiques. Des questions connexes surgissent aussi, notamment de savoir que faire des rapports de l'OLAF, office anti-fraude européen, et du devoir d'en informer le Parlement européen. Il aura fallu 8 ans d'instance pour que le Parlement soit informé d'un rapport anti-fraude, même si le droit de l'OLAF de « classifier » ses rapports n'est pas dénié.

Le rapport porte sur un détournement de l'aide aux Sahraouis réfugiés dans le camp de Tindouf (Algérie) et il a constaté la réalité de la fraude et établi les responsabilités. Commandité en 2004, le rapport a été achevé en 2007, mais mis sous le boisseau par la Commission européenne. Le secret a été observé pour des raisons « diplomatiques », selon la formule employée par l'entourage de l'eurodéputé Gilles Pargneaux (S&D, français), président du groupe d'amitié UE-Maroc. La Commission aurait eu le souci de ne pas interférer dans le différend entre le Maroc et l'Algérie sur lequel la diplomatie européenne demeure circonspecte en se rangeant prudemment derrière les résolutions de l'ONU. Le problème est dans la détermination du nombre de réfugiés à aider et, rappelons-le, le recensement des populations sahraouies est le coeur de l'enjeu diplomatique dans la zone.

Devant la commission des budgets du Parlement européen, Mme Mogherini a confirmé l'existence du rapport et autorisé sa transmission aux eurodéputés, mais ceux-ci n'auraient cependant reçu qu'une version « caviardée », dans laquelle sont occultés les noms des organisations et des personnes mises en cause par l'OLAF. M. Pargneaux rappelle qu'il a déjà « posé des questions écrites » sans obtenir d'autre réponse que l'assurance que la situation était désormais sous contrôle. Dans sa réponse, il y a deux ans, la Commission avait assuré que « les conclusions des dernières enquêtes (...) n'ont donné lieu à aucune demande de recouvrement de fonds et n'ont pas nécessité non plus d'engager une quelconque procédure judiciaire ou administrative. » Mais, désormais, des représentants de la DG Aide humanitaire supervisent les opérations ».

« Je suis heureux que ces pressions politiques du groupe d'amitié UE-Maroc aient contribué à rendre public un dossier bloqué par l'OLAF depuis 2007 », se réjouit M. Pargneaux. La fraude serait sur base du comptage des personnes à aider et sur la revente des aides ainsi obtenues. « Il faut être bien conscient que c'est la surévaluation de la population des camps de Tindouf qui a permis l'établissement de ce système élaboré de détournement et de revente de l'aide alimentaire européenne. »

« Je vais demander à la commission du contrôle budgétaire de faire toute la lumière sur ce que je considère comme une instrumentalisation honteuse. Il est temps que l'Europe exige ce recensement afin d'éviter les détournements, mais surtout pour donner une nouvelle impulsion au règlement du conflit du Sahara. L'Europe ne peut être un pourvoyeur de fonds aveugle et muet au Sahara. Il y a une opportunité pour le Parlement européen de faire avancer des points de crispation importants du conflit du Sahara occidental à l'heure actuelle. »

Malgré elle, l'UE pourrait être ainsi impliquée dans une confrontation diplomatique qui dure entre Rabat et Alger. Des commentaires non officiels à Alger mettent les présentes révélations sur le compte d'une offensive à la veille d'un examen du dossier par l'ONU. En outre, des mises en cause de personnalités européennes, politiques et des médias, mais aussi des eurodéputés nommément cités, foisonnent dans les pages des médias algériens, qui seraient sous l'influence de Rabat. (FB)

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