Bruxelles, 19/01/2015 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères ont discuté, lundi 19 janvier, des relations de l'UE avec la Russie, de la façon « dont les outils de l'Union européenne et les instruments dont nous disposons, en dehors des sanctions, peuvent être utilisés de façon plus coordonnée et d'une manière plus efficace », a expliqué la Haute Représentante, Federica Mogherini, à son arrivée au Conseil.
Maintien du cap
« On a eu quatre heures de débats vifs sur les relations avec la Russie », a expliqué le ministre polonais, Grzegorz Schetyna, qui a ajouté que le climat et le ton étaient consensuels. Selon une source européenne, toutes les délégations se seraient exprimées. « Nous avons commencé un débat stratégique, cela ne signifie pas un changement de direction dans nos relations avec la Russie. Nous sommes unis la dessus », a expliqué Mme Mogherini. « Il y aura un changement si et quand, j'espère, les accords de Minsk seront appliqués », a-t-elle ajouté.
« On ne change pas notre approche. C'est le plus important », a ajouté le ministre polonais, précisant que la politique européenne visait à modifier la politique russe et non l'inverse. « Il y a une volonté de poursuivre la politique telle que menée jusqu'à présent », a expliqué le ministre belge, Didier Reynders, mettant l'accent sur la pression sur la Russie. Il a expliqué qu'il fallait aussi « voir comment construire une relation a moyen long terme, si des progrès devaient être enregistrés » dans la mise en œuvre des accords de Minsk et du respect de la légalité par Moscou.
Si les ministres devaient s'appuyer sur le document de la Haute Représentante qui propose une coopération « sélective et graduelle » avec la Russie sur les questions internationales, les relations commerciales et sur certains domaines sectoriels (EUROPE 11231), « les conclusions et le débat étaient complètement différents du document du SEAE », a cependant précisé le ministre polonais.
Lors de sa conférence de presse, la Haute Représentante a mis en avant les efforts diplomatiques pour résoudre la crise ukrainienne, un dialogue sur les défis globaux, et explorer, au niveau technique, davantage de coopération sur l'énergie et sur les relations entre personnes. L'UE va aussi travailler sur une stratégie pour une information «correcte et impartiale », en réponse à la propagande russe, a expliqué Mme Mogherini. Lors de la discussion, tous les États membres étaient d'accord pour poursuivre les discussions sur des sujets non directement liés avec l'Ukraine qui n'ont jamais été interrompues, telles que celles sur la lutte contre le terrorisme, l'organisation de l'État islamique et l'Iran, a expliqué une source nationale. Ils ont aussi souligné que les sanctions seraient réexaminées en mars, à l'aune de la mise en œuvre des accords de Minsk, a-t-elle ajouté.
Divergences des opinions
Si Mme Mogherini a souligné l'unité des États membres, à leur arrivée, les ministres ont montré des opinions très diverses. Pour le Luxembourgeois Jean Asselborn, le but de la discussion devait être d'adresser un « signal à la Russie indiquant qu'on n'est pas là pour déstabiliser la Russie, ni politiquement ni économiquement ». Il a ajouté qu'il pourrait y avoir une discussion sur une coopération avec l'union eurasiatique.
Ce n'est pas le moment « de renoncer à toute sanction ou d'envoyer des signaux indiquant que nous sommes prêts à le faire », a expliqué le ministre danois, Martin Lidegaard. « Mais ... nous devrions explorer toute possibilité de trouver une solution politique à cette crise », a-t-il ajouté. Le ministre autrichien, Sebastian Kurz, a considéré que l'UE avait besoin d'une stratégie pour asseoir les relations avec la Russie sur une base solide à long terme. « Notre objectif à moyen terme est de rétablir une relation stable avec la Russie », a-t-il précisé. « Il ne s'agit pas de l'affûtage ou de l'assouplissement des sanctions, il s'agit de se départir de la réaction pure... Je pense que c'est faux de n'être que réactif », a-t-il expliqué.
À l'inverse, le ministre lituanien Linas Linkevicius s'est montré opposé à une stratégie envers la Russie. « Je ne pense pas qu'il y ait un modus operandi qui devrait être changé (…) ou des sanctions levées. Il n'y a pas de raison ni même de prétexte pour cela », a-t-il expliqué. « Je ne pense pas que nous devrions maintenant penser à comment nous réengager, mais la Russie devrait penser à comment se réengager dans des domaines d'intérêt commun », a-t-il ajouté. (CG, JK et EL)