Bruxelles, 19/01/2015 (Agence Europe) - Si l'essentiel de la réponse à apporter aux attentats ayant frappé la France entre le 7 et le 9 janvier, comme aux projets d'attentats déjoués le 15 janvier en Belgique, est dans les mains des ministres de l'Intérieur de l'UE et des chefs d'État et de gouvernement qui se réuniront le 12 février, les ministres des Affaires étrangères ont tenté, lundi 19 janvier, d'apporter leur contribution à la discussion en prônant notamment le dialogue avec les pays arabes et africains et le renforcement de la dimension 'lutte contre le terrorisme' dans leurs projets et discussions communs.
Réunis à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont tous « reconnu l'urgence d'agir » et d'apporter une réponse globale à ce problème du terrorisme, a expliqué une source européenne. « Ils ont conscience que les opinions publiques attendent ce dialogue » avec les pays tiers, a poursuivi cette source. Les ministres, qui ont déjeuné dans l'après-midi avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil El Araby, ont notamment convenu de concentrer leur action sur plusieurs points comme la formation, l'aide à la mise en place de services de renseignement, la prévention des actes terroristes dans l'aviation, le dialogue et la compréhension mutuelle, mais aussi la prévention des conflits et l'aide à la recherche de solutions. Il s'agit aussi de continuer à mettre en oeuvre avec les pays tiers la stratégie sur les combattants étrangers d'octobre 2014, qui comporte des dispositifs pour entraver les canaux de communication, les filières de recrutement ou les filières d'accueil lors du retour en Europe. Il faut également renforcer la coopération entre services de renseignement européens, a insisté, de son côté, Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères.
En arrivant à Bruxelles, de nombreux ministres avaient également évoqué la nécessité pour l'UE de se doter d'un système de PNR européen, qui doit permettre de collecter les données de passagers aériens européens provenant de pays tiers ou s'y rendant. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ainsi plaidé pour le déblocage de cet instrument. « Le PNR est bloqué au Parlement européen. Nous espérons, compte tenu de ce qui s'est passé en France, en Belgique et ailleurs, que le Parlement européen va comprendre qu'il faut débloquer ce PNR », a dit M. Fabius sur France 2. Si la question du PNR a été discutée, notamment dans le cadre d'une discussion avec Gilles de Kerchove et le commissaire européen Dimitris Avramopoulos, présents eux aussi au début de la réunion, les ministres des Affaires étrangères n'ont rien décidé sur ce sujet qui relève des ministres de l'Intérieur.
Au niveau des Affaires étrangères, les ministres ont particulièrement insisté sur la dimension anti-terrorisme dans les programmes européens comme les instruments de paix et de stabilité, sur la communication avec les pays arabes en s'appuyant notamment sur des personnes parlant arabe ainsi que sur l'identification éventuelle de nouveaux partenariats, au Moyen-Orient ou avec la Turquie. Au niveau de la sécurité des Européens, a également été discutée la possibilité de mettre en place des attachés de sécurité dans les délégations européennes présentes dans les pays sensibles, mais, là encore, l'heure n'était pas à la prise de décisions, les ministres n'ayant fait que dégager des pistes de travail à soumettre aux responsables européens lors de leur réunion du 12 février. Un prochain Conseil Affaires étrangères est également prévu le 9 février et devrait permettre d'affiner les propositions des ministres.
Pour leur part, les ministres de l'Intérieur se réuniront de manière informelle les 29 et 30 janvier à Riga. Un comité permanent de sécurité intérieure (COSI) se tient ce mardi 20 janvier à cet effet et discutera d'une note reprenant sept actions identifiées par le gouvernement français: le renforcement des contrôles aux frontières externes (y compris la possibilité de contrôler des citoyens UE), le PNR au niveau européen, l'amélioration des échanges d'informations et l'analyse (notamment au sein de Europol, Eurojust, Interpol), l'action contre les trafics d'armes illégales, l'action sur Internet et l'effacement de certains contenus, en collaboration avec l'industrie, la lutte contre la radicalisation (notamment en développant des “counternarratives ») et, enfin, la synergie renforcée entre sécurité intérieure et extérieure. (SP avec CG, JK et EL)