Bruxelles, 08/01/2015 (Agence Europe) - L'Union européenne a à nouveau condamné, jeudi 8 janvier, la tuerie perpétrée la veille à Paris dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo par deux hommes lourdement armés ayant fait 12 victimes. L'UE a observé une minute de silence dans les locaux de la Commission européenne, du Conseil et devant le Parlement européen.
Au-delà de l'émotion, l'UE a aussi été sollicitée sur l'aide qu'elle pourrait apporter aux autorités françaises et d'une manière générale sur les moyens dont de tels attentats, le plus meurtrier en France en 50 ans, peuvent être prévenus à l'avenir.
Mercredi 7 janvier au soir, la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini, a annoncé que le sujet du terrorisme serait à l'ordre du jour du prochain Conseil Affaires étrangères (voir autre nouvelle), l'objectif étant notamment de renforcer la coopération sur ce sujet avec les pays tiers. L'Italienne va rencontrer le coordinateur de l'UE contre le terrorisme, Gilles de Kerchove.
La prochaine étape sera ensuite à Riga les 29 et 30 janvier, où le terrorisme sera le sujet phare de la réunion informelle des ministres de l'Intérieur de l'UE. Il était d'ailleurs déjà question de discuter du phénomène des combattants étrangers.
Depuis les attaques commises notamment par Anders Breivik en Norvège en 2011, celles de Mohamed Merah en mars 2012 en France ainsi que celles de Mohamed Nemmouche en mai dernier à Bruxelles, les ministres européens discutent régulièrement des moyens de renforcer leur arsenal contre les individus radicalisés, dont ceux s'entraînant sur les terrains de guerre en Irak et Syrie et de retour en Europe pour commettre des attentats. À plusieurs reprises, ils ont évoqué les réponses pénales, les moyens de renforcer leur coopération et l'échange d'informations entre services de police ou encore certains types de réponse, comme la saisie de passeports pour empêcher les départs. Selon le profil diffusé par les médias français, les deux suspects de l'attentat de Charlie Hebdo étaient connus des services de sécurité.
Dans la capitale lettone, lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre letton, Mme Laimdota Straujuma, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a dit que l'UE allait réagir. « L'attentat a causé la mort de 12 personnes et c'est aussi un attentat contre notre façon de vivre ensemble et l'Europe devra réagir en conséquence », a-t-il dit. La réunion entre les membres de la Commission et ceux du gouvernement letton a porté sur la sécurité intérieure de l'UE. Selon Laimdota Straujuma, il a été question de ce qui pourrait être fait au niveau européen. « Les ministres responsables au niveau européen s'y attèleront et la Commission coordonnera tout ceci », a expliqué Mme Straujuma. « Des actions doivent être prises pour éviter que le terrorisme ne sape la confiance », a-t-elle ajouté.
Des rumeurs faisaient état, jeudi 8 janvier, d'une possible réunion, ce dimanche à Paris, de ministres de l'Intérieur de l'UE à laquelle pourrait participer le commissaire Dimitris Avramopoulos. Un débat sera organisé au Parlement européen, lundi 12 janvier à Strasbourg, sur les conséquences de cet acte terroriste.
Agenda de sécurité au printemps
La Commission présentera vers le printemps son nouvel 'agenda de sécurité intérieure', devant notamment remplacer l'ancienne 'stratégie de sécurité intérieure 2010-2014'. Et sans surprise, il devrait être question de relancer le projet très controversé de PNR européen, bloqué au Parlement. « La Commission, le Conseil et le PE travaillent afin d'adopter des règles européennes visant à instaurer un système européen de "données passagers" (Passenger Name Record, PNR) qui améliorera notre capacité à prévenir et à détecter le terrorisme et le crime organisé, dans un monde de mobilité sans entraves », a expliqué jeudi la Commission. Il s'agira également d'améliorer l'efficacité du système d'information Schengen (SIS) et de procéder à des contrôles plus rigoureux, plus ciblés et non discriminatoires. Le renforcement éventuel du cadre juridique sera envisagé, « si besoin par une modification de la décision-cadre relative à la lutte contre le terrorisme et les législations nationales concernées ». Les liens avec Europol et les organes chargés de surveiller les menaces seront aussi développés. L'échange d'information au niveau européen et au niveau international sur la détention et le commerce illégaux d'armes à feu fait aussi partie de la future stratégie.
« Le terrorisme relève d'abord des compétences des États membres », a relevé M. Juncker à Riga. « Mais il est évident que des interconnexions de compétences doivent être mises en place entre les autorités nationales pour lutter contre le terrorisme notamment sur un plan préventif et proactif ». M. Juncker a précisé qu'il faudra examiner en détail les possibilités qu'offre le système Schengen pour « voir sur quel point le système pourrait être amélioré, rendu plus exigeant », ou encore de renforcer la coopération Europol et les différentes agences nationales qui s'occupent de la lutte anti-terroriste. (SP/CG).