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Bulletin Quotidien Europe N° 11213
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les évolutions s'accélèrent

Double progrès. Deux aspects fondamentaux de la réalité européenne sont en train de se clarifier et de progresser radicalement: a) les relations avec la Turquie ; b) le dialogue avec la Russie.

Concernant la Turquie, la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini, et les commissaires européens MM. Hahn et Stylianides sont sur place pour discuter avec les autorités turques du développement de la coopération à un niveau plus haut et plus large, cette visite démontrant, a déclaré Mme Mogherini, « l'importance stratégique des relations UE-Turquie ». Est-il nécessaire de souligner que ces objectifs impliquent tout simplement l'abandon de l'idée même de l'adhésion turque à l'UE ?

Les relations de l'UE avec la Russie sont énormément plus compliquées et leur évolution demande des explications et des commentaires plus approfondis.

UE-Russie, liens indispensables et permanents. Certains aspects des liens euro-russes dépassent ce qui est en général pris en considération. Un exemple: le fait que l'énergie électrique en Ukraine soit produite par des centrales nucléaires russes, qui continuent à être alimentées par Moscou. Les observateurs l'ont appris en détails lorsque, le 3 décembre, le premier ministre ukrainien, M. Iatseniouk, a annoncé que la centrale de Zaporijia, la plus grande d'Europe avec ses six réacteurs, avait subi un court-circuit quelques jours auparavant (le 28 novembre). Le journal Le Monde du 5 décembre a décrit la situation et on a ainsi appris qu'en Ukraine près de la moitié de la production électrique est fournie par quatre sites atomiques comprenant quinze réacteurs d'une puissance cumulée de 13 gigawatts. Selon Jan Haverkamp, consultant nucléaire de Greenpeace International, toutes les centrales nucléaires de l'Ukraine sont à risque (celle de Tchernobyl, origine du drame bien connu de 1986, est entièrement arrêtée depuis l'an 2000).

Il faut souligner que le nouveau ministre ukrainien de l'énergie, Volodymyr Demtchichine, a déclaré inévitable que Kiev achète de l'électricité à la Russie, même si c'est politiquement difficile.

Cette situation représente une raison supplémentaire pour que le dialogue UE/Moscou soit relancé aussi vite que possible.

Chantages réciproques ? Aux raisons techniques et politiques qui imposent la relance du dialogue euro-russe, s'ajoute le poids économique qui résulte de la suppression des échanges commerciaux. Certes, en ce moment c'est Moscou qui assume le coût le plus lourd: elle doit faire face à la crise financière (la monnaie russe s'est effondrée, on le sait). Mais il serait une grave erreur pour l'UE de croire que ses propres pertes à l'exportation seraient moindres ; les fournitures agricoles destinées hier au marché russe pourraient être perdues pour toujours. Par ailleurs, certains calculs indiquent que les exportations allemandes en Russie concernent 300 000 emplois qui seraient perdus en Allemagne et pas en Russie !

M. Poutine a déclaré (dans une interview accordée à M. Bernd Musch-Borowska de la radio NdlR) que son pays apprendra progressivement à fabriquer plusieurs produits industriels, même très sophistiqués, qu'actuellement il importe ; la Russie n'est pas condamnée à vendre gaz et pétrole pour acheter ce dont elle a besoin: elle produira machines et produits de consommation. Par ailleurs, cette rubrique a déjà fait état de l'angoisse provoquée dans l'UE par l'annonce par Moscou de la suppression du gazoduc South Stream.

Et l'aspect militaire ? L'importance du volet militaire dans les relations euro-russes est évidente. Mais dans ce domaine l'UE n'agit pas seule: cette compétence est régie par l'OTAN et, dans ce cadre, un dîner a eu lieu la semaine dernière entre les ministres alliés des Affaires étrangères. Notre bihebdomadaire EDD 752 en a rendu compte. Je résume: l'Allemagne et Italie, soutenues par la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, se sont prononcées pour la relance du dialogue avec Moscou en proposant, pour commencer, une réunion du COR (Conseil OTAN-Russie). La Pologne, les pays baltes et le Canada se sont opposés. Un consensus s'est toutefois dégagé sur l'opportunité, voire même l'exigence, d'améliorer la communication militaire entre l'OTAN et la Russie. L'Allemagne a particulièrement insisté sur ce point, regrettant qu'aucun contact n'ait repris, alors que l'armée russe est particulièrement active dans les airs et qu'il faut remonter à mai 2014 pour retrouver un contact à haut niveau entre militaires russes et alliés. Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a toutefois assuré que « les canaux pour le dialogue politique sont toujours ouverts et qu'un contact militaire entre l'OTAN et la Russie subsiste », en précisant toutefois que la volonté de ces contacts doit exister des deux côtés et qu'ils doivent avoir un contenu réel, aussi bien dans les échanges diplomatiques que militaires. Ceci afin « d'éviter les situations qui peuvent échapper à tout contrôle ».

On le constate: le principe du dialogue euro-russe existe dans le domaine militaire, à condition que, pour cet aspect aussi, la Russie joue le jeu.

(FR)

 

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