Bruxelles, 21/11/2014 (Agence Europe) - « La criminalité environnementale est sous-estimée à tort ». C'est avec cette mise en garde que des officiels d'Eurojust et, en premier lieu, sa présidente, Michèle Coninsx, sont venus présenter à la Commission européenne, vendredi 21 novembre dans la matinée, un dernier rapport de l'agence de coopération judiciaire sur le sujet.
Trafic de cornes de rhinocéros finançant des activités terroristes en Afrique, trafics d'espèces menacées, d'oiseaux rares, déchetteries illégales en Europe ou exportation illégale de déchets de l'Europe vers l'Afrique: le rapport énumère toute une série de délits qui restent, selon les auteurs du rapport, insuffisamment punis, alors « que cela relève du crime organisé et s'avère de grande ampleur », a dit la présidente belge.
S'il est difficile d'obtenir des chiffres précis sur ces trafics, tant « leurs auteurs restent invisibles aux radars », le crime environnemental « est rentable », a assuré Mme Coninsx, des estimations de l'OCDE chiffrant les gains de ce type de trafic entre 30 et 70 milliards par an.
Le rapport d'Europol vise à alerter d'abord les États membres, l'UE étant aussi une plaque tournante pour ces trafics (le trafic de cornes de rhinocéros y est bien implanté, en particulier en République tchèque, ou celui des cosmétiques à base de plantes protégées).
Les États sont ainsi invités à réévaluer leurs législations et leur arsenal répressif. « Les législations sont différentes d'un État à un autre », a poursuivi la présidente. « Clairement, il faut qu'ils coopèrent entre eux, échangent les meilleures pratiques et restent en alerte ».
Certains États membres se sont dotés de procureurs environnementaux, comme en Suède, au Royaume-Uni ou au Danemark, et les autres pays européens pourraient s'inspirer de cette pratique. Les criminels choisissent des pays où les sanctions sont moindres.
En matière de déchets, l'Irlande et l'Italie sont des pays de choix, même si une grosse affaire concernant le lisier avait impliqué en 2012 la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne. Mais ces pays font des efforts. Les mesures visant à saisir et geler les acquis des groupes criminels organisés commencent notamment à porter leurs fruits. (SP)