Bruxelles, 12/11/2014 (Agence Europe) - « Je suis tout à fait apte » à être le visage crédible de l'Europe. Mis en difficulté le 6 novembre par l'affaire 'Luxleaks', le président de la Commission européenne et ancien Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, a choisi mercredi 12 novembre de rompre le silence et d'affronter directement les critiques.
En fonction depuis 11 jours, il a voulu convaincre de son indépendance en annonçant des initiatives dans le domaine de la fiscalité (voir autre nouvelle) et s'expliquer sur son absence de communication au cours de ces derniers jours. Critiqué pour avoir annulé un débat avec les citoyens prévu justement le 6 novembre à Bruxelles dans un lieu culturel, M. Juncker a réfuté la théorie selon laquelle il se serait dérobé aux désapprobations du public. « Cela a été certainement une erreur de ne pas parler, mais ce n'était pas lié à de mauvaises intentions », a-t-il signalé. Le Luxembourgeois avait annulé sa présence à cet événement en raison de l'hospitalisation soudaine de l'ancien président de la Commission, Jacques Delors, qui devait aussi intervenir lors de ce débat.
M. Juncker a également participé, mercredi 12 novembre à Bruxelles, au débat en session plénière du Parlement européen sur le Luxleaks. Alors que le groupe GUE/NGL au PE a lancé une pétition pour organiser un vote de confiance sur la Commission Juncker, le président a rejeté certaines critiques. « Ne me décrivez pas comme le grand ami du grand capital, le grand capital a de meilleurs amis dans cette maison que moi-même », a-t-il lancé aux eurodéputés.
M. Juncker a également refusé de répondre aux appels à sa démission, provenant tant de responsables politiques que de certains médias, même s'il est dit « responsable politiquement » de ce qui a été fait pendant des années au Luxembourg. Plus tôt dans la matinée, M. Juncker s'était d'ailleurs dit tout à fait disponible à répondre aux questions que Margrethe Vestager, commissaire à la Concurrence, pourrait avoir à lui poser dans le cadre des enquêtes en cours sur certaines décisions fiscales prises par le Grand-Duché (l'Irlande et les Pays-Bas sont aussi concernés).
Pas de conflits d'intérêt, selon M. Juncker
Le président Juncker s'est aussi défendu sur l'existence de possibles conflits d'intérêts, assurant que la commissaire à la Concurrence aurait toute latitude pour mener les investigations. Conscient que sa Commission doit être celle de la dernière chance, comme il l'a dit à plusieurs reprises, et qu'elle doit permettre de réconcilier les citoyens avec le projet européen, Jean-Claude Juncker a admis l'impact potentiel de cette affaire sur le public. Tout en rappelant que les décisions prises par les administrations luxembourgeoises étaient légales, il a reconnu qu'en créant des situations de faibles taux d'imposition, ces pratiques pouvaient contredire « les concepts de justice sociale ». Mais il a assuré qu'il avait toujours « oeuvré pour plus d'harmonisation fiscale » et la nouvelle Commission sera pleinement concentrée sur cet objectif. « J'avais dit que la Commission lutterait contre l'évasion et la fraude fiscales. Ce ne sont pas des propos en l'air, cela reflète l'intention de la Commission », a-t-il conclu. (SP)