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Bulletin Quotidien Europe N° 11166
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) agriculture

L'embargo russe sème la zizanie entre les pays de l'UE

Milan, 30/09/2014 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture des pays de l'UE n'ont pas affiché une position unie sur la meilleure réponse à apporter aux effets de l'embargo russe sur les importations de produits agricoles de l'UE. C'est ce qui ressort des débats qui ont eu lieu lors de leur réunion informelle du Conseil Agriculture, qui s'est tenue de dimanche 28 septembre à mardi 30 septembre à Milan, en Italie.

L'UE peine à trouver les bonnes réponses pour indemniser les agriculteurs victimes de l'embargo russe. Et les contraintes qui pèsent actuellement sur le budget 2015 de l'UE, qui est presque en défaut de paiements, ne facilitent pas les choses. La Commission européenne a débloqué environ 300 millions d'euros pour venir en aide aux agriculteurs touchés par les restrictions russes, mais elle ignore encore comment financer une telle somme. La Commission européenne cherche d'abord dans les crédits agricoles qui restent, avant d'envisager la mobilisation de la réserve pour les crises agricoles. Cette réserve d'environ 400 millions d'euros par an, financée en dehors du budget de l'UE (comme souhaité par le Conseil et au grand dam de la Commission), est constituée en réduisant les aides directes des agriculteurs. Une solution qui ne satisfait pas beaucoup de monde.

« Il est hors de question de prévoir d'autres sources que ce que nous avons dans le budget agricole », a déclaré Dacian Ciolos, commissaire européen à l'Agriculture, mardi 30 septembre à Milan, lors de la conférence de presse. Il juge important d'utiliser « toutes les marges que nous avons dans le budget agricole pour pourvoir financer les mesures liées à l'embargo ». Au contraire, le ministre italien, Maurizio Martina, président en exercice du Conseil, a souhaité que d'autres fonds que le budget agricole soient mis à contribution pour aider les agriculteurs en difficulté. La délégation irlandaise estime aussi que d'autres fonds que ceux de l'agriculture doivent être mis à contribution, une idée défendue par d'autres pays, dont la Hongrie. Pour sa part, la Commission européenne pense pouvoir financer les mesures liées à l'embargo sur le budget agricole 2015, mais attend la mise à jour des besoins qui seront publiés dans la lettre rectificative prévue le 15 octobre.

Mesures exceptionnelles à corriger. Plusieurs pays n'ont pas apprécié qu'à cause des demandes irraisonnables de la Pologne sur les fruits et de l'Italie sur les fromages, la Commission européenne ait dû interrompre ces programmes. Certes, elle a proposé un nouveau système de soutien plus ciblé pour les fruits et légumes périssables, doté d'une enveloppe de 165 millions d'euros (EUROPE 11165), mais il est peu probable qu'un nouveau régime d'aide au stockage privé de fromages voie le jour. La Commission estime d'ailleurs que les aides au stockage privé de beurre et de lait écrémé en poudre, qui se poursuivent quant à elles, sont suffisantes pour stabiliser le marché.

La Finlande a critiqué le fait que le nouveau programme 'fruits et légumes' ait été adopté si rapidement, alors qu'elle demande des mesures compensatoires qui tardent à venir.

La ministre néerlandaise de l'Agriculture, Sharon Dijksma, a déploré le manque de solidarité dont ont fait preuve certains pays en « tirant un avantage de certaines mesures introduites par la Commission. Les pays européens devraient se serrer les coudes en temps de crise », a ajouté la ministre de l'Agriculture des Pays-Bas.

Meilleure coordination requise. Stéphane Le Foll, ministre français de l'Agriculture, a dit lundi à quelques journalistes, à propos des mesures prises jusqu'alors en réponse à l'embargo russe: « C'est un vrai enjeu de coordination de l'ensemble du dispositif. Si tout le monde vient au guichet et que c'est le premier qui arrive qui prend, on ne va pas y arriver ». Il faudrait, selon lui, gérer de « manière solidaire » les crédits prévus. La France a expliqué que les pays ont des problèmes spécifiques et qu'il fallait disposer d'un peu de « subsidiarité » dans la gestion des fonds mis à disposition des pays pour pouvoir s'adapter. Ceci pour « gérer cela au mieux avec des promotions commerciales et le soutien à l'export et des politiques de retrait, quand il en faut », a dit le ministre français. Selon la France, il faudrait une enveloppe nationale avec un peu de marge pour tenir compte des contraintes différentes selon les pays. En référence aux exagérations polonaises et italiennes, le ministre français a dit: « On a des outils, mais si on n'arrive pas à les gérer de manière collective, on va les détruire à peine on les aura utilisés ».

Le problème de l'embargo russe est lié au fait que, si on n'exporte plus vers la Russie, cela peut avoir des effets déstabilisants sur les marchés européens. « Il ne s'agit pas de dire: moi je perds tant car j'exporte tant et donc je veux tant. Il faut trouver une solution pour éviter que ce qui n'est plus exporté bouleverse le marché européen », a résumé la France.

Le ministre italien, Maurizio Martina, a dit à la presse lundi qu'il s'attendait à ce que la Commission mette à jour tous les instruments et les mette à disposition des agriculteurs. « Nous travaillons avec la Commission pour améliorer le règlement sur le stockage privé », a-t-il expliqué. Il faut, selon lui, ajuster le règlement pour le rendre plus efficace. Il a mis en garde contre toute tendance à des divisions géographiques. Selon lui, tous les pays, qu'ils soient du nord ou du sud, ont été affectés par l'embargo russe..

Aides compensatoires. La Finlande et les pays baltes se seraient mis d'accord pour demander entre 100 et 150 millions d'euros d'aides compensatoires pour les pertes encourues par les agriculteurs en raison de l'embargo russe. La Finlande a envoyé des chiffres sur les pertes qui atteindraient entre 75 et 95 millions d'euros par an pour le secteur du lait. La Finlande demande une décision rapide sur les compensations durant le mandat actuel de la Commission.

Dacian Ciolos a indiqué qu'il attendait les chiffres des États membres, car ce type d'aide « doit être ciblé en faveur des agriculteurs les plus touchés », a-t-il expliqué à la presse. Il a rappelé que la Finlande et les pays baltes sont particulièrement touchés, notamment parce que leur production n'est pas stockable. Comment financer ces mesures ? Avec des soutiens nationaux et/ou des soutiens de l'UE, a suggéré M. Ciolos, qui a reconnu que ce sera à la prochaine Commission d'en décider. Il a estimé aussi qu'il ne serait pas réaliste de croire à la possibilité de trouver une partie de l'argent en dehors des crédits de la politique agricole commune (PAC).

Mais certains pays, comme l'Allemagne et la France, sont opposés à de telles compensations ciblées. Le ministre français, Stéphane Le Foll, a expliqué à la presse qu'il n'était « pas favorable pour l'instant aux compensations individuelles ciblées, sauf dans des cas exceptionnels ». Avant de passer aux aides individuelles européennes, il faut avoir une vision globale de la gestion du marché, a-t-il conseillé.

CSA. Le comité spécial agriculture (CSA) s'est réuni lundi 29 septembre à Milan et a évoqué l'embargo russe. La France (artichaut, chou-fleur) et la Pologne (chou-rouge, chou chinois) ont demandé en vain d'étendre à ces produits le programme 'fruits et légumes'. Certains pays, comme la France, ont demandé de pouvoir adapter les prix de retrait (fruits et légumes). L'Allemagne et la France, notamment, ont demandé d'utiliser les fonds non utilisés dans l'agriculture pour financer les mesures afin d'éviter de mobiliser la réserve de crise. Plusieurs pays ont estimé que les mesures 'lait' sont insuffisantes (Pologne, Finlande et pays baltes). D'autres pays - Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Croatie - ont demandé des mesures de 'deuxième niveau' (agriculteurs touchés indirectement par l'embargo). Le Danemark a dit que les mesures devaient être les plus ciblées possibles, pour éviter de répéter les erreurs du passé (demandes exagérées de la Pologne sur les fruits et légumes et de l'Italie sur les fromages). (LC)

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