Bruxelles, 30/09/2014 (Agence Europe) - Le commissaire-candidat à la Politique de voisinage et à l'Élargissement, l'Autrichien Johannes Hahn, a passé sans difficulté son audition face aux députés européens de la commission des affaires étrangères, mardi 30 septembre.
À l'aise, bien préparé et possédant une bonne connaissance des dossiers, M. Hahn, qui a conclu sous les applaudissements de la salle, a d'ailleurs constaté que la rencontre avec les députés avait constitué « moins une audition qu'un échange ». Le président de la commission des affaires étrangères, Elmar Brok (PPE, allemand), a considéré que ces applaudissements faisaient office d'approbation de M. Hahn à son nouveau poste. Quelques minutes après la réunion, le PPE - parti dont est issu M. Hahn - mais aussi le S&D ont annoncé approuver la nomination du commissaire-candidat.
Durant trois heures d'« échange », M. Hahn est resté généraliste dans ses réponses, face à des questions, elles aussi, généralistes. Il a suivi la ligne de son prédécesseur, Stefan Füle, tout en apportant de-ci de-là sa touche personnelle, mais sans jamais dévoiler son intime opinion et en faisant parfois référence à son expérience en tant que commissaire à la Politique régionale. « Je suis enthousiaste mais je reste pragmatique », a expliqué l'homme politique autrichien, appelant aussi à la coopération avec le Parlement européen.
M. Hahn a insisté sur un aspect souvent reproché à l'Union européenne: son manque de visibilité. « Une priorité essentielle pour moi est d'améliorer la visibilité de l'Union européenne dans les pays candidats ou potentiellement et dans les pays du voisinage », a-t-il souligné.
Le commissaire-candidat a tenu à rassurer les députés sur le fait que, s'il n'y aura pas d'élargissement dans les cinq prochaines années, cette politique ne serait pas délaissée. « Ne vous faites pas de cheveux gris, l'important est le résultat ; dans 5 ans, nous aurons bien progressé », a-t-il assuré. « De façon réaliste, aucun partenaire n'est prêt à rejoindre l'UE mais cela ne veut pas dire qu'on fera du surplace. Mon rôle sera d'aider ces pays à se préparer, à ce que tous les critères soient remplis », a-t-il expliqué. M. Hahn a mis en avant trois dimensions indispensables: l'État droit, une démocratie qui fonctionne correctement et l'économie. L'Autrichien souhaite aussi favoriser la coopération régionale. « Je me rendrai dans ces pays dès le début de mon mandat pour montrer clairement notre volonté. Nous voulons poursuivre sur la voie qui est la nôtre: des négociations solides et une adhésion de nos amis des Balkans occidentaux », a-t-il expliqué.
Les nombreuses questions des députés sur les sujets de l'élargissement ont d'ailleurs souligné l'intérêt qu'ils lui portent. La situation des pays des Balkans et de la Turquie a été passée en revue. Pour le commissaire-candidat, la question de l'Ancienne république yougoslave de Macédoine constitue sans doute « un des défis les plus importants de ces prochaines années ». « Ce n'est pas satisfaisant que, depuis 2005, un pays dispose du statut de candidat mais n'ait pas ouvert les négociations. Cela a des conséquences sur la population et sur la volonté de réformes », a-t-il estimé. Il a aussi précisé qu'il allait se rendre en Bosnie-Herzégovine pour « prendre contact et voir les différentes actions possibles » pour dénouer le blocage politique. Concernant le Kosovo, M. Hahn a reconnu qu'il devrait faire bouger les lignes alors que cinq États membres (Espagne, Chypre, Roumanie, Grèce et Slovaquie) n'ont toujours pas reconnu l'indépendance du pays. Selon M. Hahn, après discussion avec ces cinq pays, il sera possible, dans les prochains mois de voir où il y aurait de la flexibilité et des opportunités pour améliorer la situation. Revenant sur la Turquie, il a souligné que les négociations d'adhésion devaient atteindre une vitesse de croisière mais, pour cela, il faudrait que la Turquie avance au niveau des droits universels mais aussi sur la question chypriote, question qui sera « une priorité » dans les discussions de M. Hahn avec ses homologues turcs.
Le commissaire-candidat a aussi longuement répondu à des questions sur la politique de voisinage, politique qu'il souhaite réformer. Pour M. Hahn, « il faut que l'on ait une approche différenciée, que la politique soit plus souple et permette des réponses plus rapides, avoir les bon outils pour coopérer sur l'ensemble des dossiers ». Mettant en avant l'implication de la société civile, M. Hahn est aussi revenu sur le principe du 'plus pour plus'. « Dans le passé, on a trop mis l'accent sur le 'plus pour plus', il ne faudrait pas parler forcément de sanctions mais traiter la question du moins pour moins », a-t-il considéré.
Interrogé sur les différents pays du voisinage, M. Hahn a souligné que « la première priorité était que l'on puisse trouver une solution à la crise actuelle en Ukraine ». Il a mis en avant l'importance d'une coopération politique plus étroite afin d'aider le gouvernement à mettre en œuvre toutes les réformes nécessaires, « pas seulement avec de l'argent mais aussi avec de l'aide » technique. « J'estime qu'il ne faut pas perdre le contact avec la Russie », a-t-il ajouté. Questionné sur le désir d'adhésion de l'Ukraine à l'UE, M. Hahn a botté en touche. Rappelant la déclaration du président ukrainien, Petro Porochenko, qui a fait part de sa volonté de réformer son pays d'ici 2020 pour pouvoir demander le statut de candidat à l'adhésion à l'UE, le commissaire-candidat a rappelé que l'on était « loin de la date-butoir et loin d'avoir régler toutes les questions de fond ». « Mais il y a un désir de la population de se rapprocher de l'UE, il ne faudrait pas le rejeter », a-t-il noté. Il est aussi resté très vague sur les désirs de la Géorgie et de la Moldavie d'adhérer à l'UE.
Et si l'Ukraine semblait au cœur des préoccupations des députés, M. Hahn leur a assuré qu'il s'occuperait autant du voisinage de l'Est que du voisinage du Sud. « Nous nous occupons aussi du Sud. Nous avons déjà prévu le personnel nécessaire pour faire face à cette situation. En interne, nous avons la même attention pour ces deux régions, en dotation en personnel et en moyens financiers », a-t-il rassuré. Et entre la situation en Syrie, en Libye, en Égypte ou au Proche-Orient, entre autres, M. Hahn sait qu'il ne pourra pas faire l'impasse sur cette région où les événements belliqueux se précipitent. (CG)