Bruxelles, 24/09/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne a décidé, lundi 22 septembre, de mettre un terme au régime temporaire d'aide au stockage privé pour les fromages, applicable à une quantité maximale de 155 000 tonnes. Pourquoi ? Parce que les demandes reçues jusqu'ici montrent que le régime est appliqué de manière disproportionnée par certains producteurs de fromage de zones qui, traditionnellement, n'exportent pas d'importantes quantités de produits vers la Russie.
L'Italie est directement en cause, puisqu'elle a notifié 83 956 tonnes de fromage sur un total de 100 464 tonnes (donc plus de 80% !) durant les deux premières semaines d'application du régime d'aide (du 8 au 21 septembre). Les autres pays demandeurs ont été la France (269 t), la Lettonie (30 t), la Lituanie (150 t), la Suède (2375t), les Pays-Bas (6098 t) et l'Irlande (7 109 t). Si les effets sur les importations de l'embargo décrété par la Russie touchent potentiellement l'ensemble du marché du fromage de l'Union européenne, les États membres les plus touchés sont, d'après la Commission, la Finlande et les États baltes, pour lesquels la Russie est l'unique partenaire commercial dans ce secteur, ainsi que l'Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne, pour lesquels la Russie est un grand importateur de fromages. De plus, même si les fromages bénéficiant d'une indication géographique sont frappés par l'embargo sur les importations, ceux-ci ne représentent toutefois qu'une part minimale de l'ensemble des fromages exportés vers la Russie. Il est étonnant de voir que la Finlande n'a pas encore eu le temps de demander une aide, alors qu'elle est très affectée par l'embargo.
La Commission en conclut que le régime « ne semble donc pas approprié pour réagir de manière concrète et efficace aux perturbations du marché résultant de l'embargo décrété par la Russie ». Elle a donc décidé de le suspendre. Les exportations européennes de fromages vers la Russie en 2013 se sont élevées à plus de 250 000 tonnes (y compris certains fromages frais qui ne peuvent pas être stockés et qui ne peuvent dès lors pas être éligibles à l'aide au stockage privé), soit environ un tiers des exportations totales de fromage de l'UE.
Il faut préciser que l'UE va devoir payer pour les quantités de fromage concernées jusqu'alors par les mesures de stockage privé. Le coût de l'aide au stockage privé pour le fromage est estimé entre 10 et 15 millions d'euros pour 150 000 tonnes. Donc deux tiers des montants devront être déboursés, sachant que les volumes ont déjà atteint 100 000 t. Il semble peu probable, en raison des contraintes budgétaires fortes, que la Commission mette en place un nouveau régime plus ciblé d'aide au stockage privé de fromage.
La Commission, cependant, va présenter très prochainement un nouveau paquet de mesures d'urgence (d'au moins 125 millions d'euros) pour les fruits et légumes périssables (le régime avait été suspendu en raison des demandes irraisonnables de la Pologne).
Beurre et lait écrémé en poudre. L'UE a mis en place aussi, depuis début septembre, un dispositif d'aide au stockage privé pour le beurre et le lait écrémé en poudre qui, lui, reste en vigueur. Les notifications pour le lait écrémé en poudre s'élèvent actuellement (après deux semaines, du 8 au 21 septembre) à 4 342 tonnes (2 356 t pour Allemagne, 293 t pour Irlande, 1 058 t pour l'Espagne et 635 t pour la Lituanie) et pour le beurre les volumes atteignent 8 825 t: 1 875 t pour la Belgique, 139 t pour la Lituanie, 2 697 t pour les Pays-Bas, 3 357 t pour l'Irlande, 270 t pour l'Allemagne, 60 t pour la Pologne et 427 t pour le Royaume-Uni.
À noter qu'aucune quantité de beurre et lait écrémé en poudre n'a été offerte à l'intervention publique à ce stade.
Budget. Des discussions internes ont lieu à la Commission pour savoir comment financer les mesures de soutien aux agriculteurs liées à l'embargo russe. Ce qui est certain, c'est que l'enveloppe sera prélevée sur le budget 2015 de l'UE, soit sur les fonds disponibles dans le budget de la politique agricole commune (PAC), soit, s'il y a aucune de la marge (la lettre rectificative de mi-octobre donnera des indications sur les besoins de dépenses), en recourant à la réserve pour les crises agricoles dotée d'environ 400 millions d'euros. Cette réserve est financée en réduisant d'1,3% les paiements directs des agriculteurs de l'UE, avec une franchise pour les paiements inférieurs à 2 000 euros. (LC)