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Bulletin Quotidien Europe N° 11158
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) commerce

Cecilia Malmström face à la montagne TTIP

Bruxelles, 18/09/2014 (Agence Europe) - Poids lourd de la précédente Commission, où elle était chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström, 46 ans, membre du Parti libéral suédois (Folkpartiet, centre droit) se voit hériter d'un portefeuille à haut risque au sein de la future Commission Juncker, celui de commissaire au Commerce. Mme Malmström devra en particulier donner un élan nouveau au projet d'accord de libre-échange entre l'UE et les États-Unis, le Partenariat transatlantique sur le commerce et l'investissement (TTIP), vu comme un remède anticrise par ses promoteurs, mais comme un épouvantail par ses détracteurs.

Docteur en sciences politiques de l'Université de Göteborg (1998), eurodéputée (1999-2006) puis ministre des Affaires européennes (2006-2010), Mme Malmström, qui a aussi étudié la littérature à la Sorbonne, a travaillé en Allemagne et en Espagne, exercé plusieurs métiers (interprète, enseignante, infirmière psychiatrique), parle cinq langues en plus du suédois (anglais, français, espagnol, allemand et italien) et est une europhile convaincue. Mariée, mère de jumeaux, Mme Malmström a élu domicile à Bruxelles, à la différence de nombre de ses collègues de la Commission Barroso 2. Lors de son précédent mandat, Mme Malmström s'est efforcée d'imposer une vision ouverte, tolérante et réaliste de l'immigration dans un contexte peu évident avec la montée du populisme et de l'extrémisme en Europe, les critiques, par certaines capitales, du principe de libre circulation et de la gestion de l'espace Schengen ou encore le refus d'un débat réaliste sur les questions d'asile ou de migration de travail. Mme Malmström a toutefois réussi à imposer des réformes ou des projets concernant l'immigration, la lutte contre l'extrémisme, la corruption ou la pédopornographie en ligne.

Mais les problèmes qu'elle a surmontés au poste de commissaire aux Affaires intérieures peuvent sembler sans commune mesure avec sa nouvelle mission, à travers laquelle elle devra convaincre une opinion publique européenne sceptique quant à l'idée qu'un accord de libre-échange avec les États-Unis est dans son intérêt. Au sein de la société civile, comme au Parlement européen, nombreux sont ceux qui craignent que le TTIP abaisse les normes sociales, environnementales et du travail, ouvre le marché européen au boeuf aux hormones américain et aux OGM ou garantisse aux investisseurs la possibilité d'attaquer un État en justice quand ils jugeront une politique publique nuisible à leurs affaires. Succéder au Belge Karel de Gucht, critiqué pour son inflexibilité et son arrogance, et restaurer la confiance ne sera donc pas une tâche aisée pour Mme Malmström. « Je suis très honorée et fière d'être désignée comme responsable pour le Commerce au sein de la nouvelle Commission. Le commerce est une partie essentielle de la reprise économique en Europe et une pierre angulaire de notre prospérité. Nous avons beaucoup à gagner à nous débarrasser des obstacles et à ouvrir de nouveaux marchés », a-t-elle toutefois commenté sur son compte Twitter, le 10 septembre.

Mme Malmström aura pour tâche prioritaire de relancer des pourparlers transatlantiques déjà bien engagés, au plan technique, depuis leur lancement en juillet 2013 et après six rounds de négociations (bientôt sept avec celui programmé pour la fin septembre), mais au point mort, au plan politique, avec les élections américaines à mi-mandat et le renouvellement des instances dirigeantes de l'UE. Le TTIP, qui vise à éliminer des tarifs douaniers déjà réduits et surtout à lever les barrières non tarifaires et à rapprocher les réglementations entre deux économies étroitement liées et représentant près de 50% du PIB et 30% des échanges mondiaux, est vu par la Commission comme un moyen de stimuler la croissance et l'emploi dans une Europe qui peine à sortir de la crise. Dans sa lettre de mission, M. Juncker appelle Mme Malmström à oeuvrer en vue de conclure, « sur une base réciproque et mutuellement avantageuse », un accord « raisonnable et équilibré, qui ne menace pas la sécurité, la santé, les normes de protection sociale et la protection des données de l'Europe et qui ne compromette pas notre diversité culturelle ». Mme Malmström devra aussi « renforcer la transparence envers les citoyens et le Parlement européen au cours de toutes les étapes des négociations ».

Elle devra aussi faire avancer les différentes négociations bilatérales en cours - accords de libre-échange avec le Japon, la Malaisie, la Thaïlande et accords d'investissement avec la Chine et la Birmanie, accords de libre-échange avec le Mercosur, le Maroc et la Tunisie - et examiner si de nouvelles négociations doivent être lancées. Mme Malmström devra aussi s'assurer que l'UE reste « un champion de l'action globale et multilatérale » en faisant progresser les négociations du round de Doha à l'OMC et le programme post-Bali. En lien étroit avec le vice-président Jyrki Katainen (Croissance et Compétitivité), elle devra aussi « développer une politique forte » en matière d'investissement direct étranger et faire le point sur l'épineuse question des instruments de défense commerciale. Enfin, en coopération avec la Haute représentante pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, le commissaire au Développement, Nemen Mimica, et son successeur aux Affaires intérieures et aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, Mme Malmström devra oeuvrer au renforcement du partenariat stratégique de l'UE avec l'Afrique.

L'audition de Mme Malmström devant la commission du commerce international du Parlement européen est programmée pour le 29 septembre. (EH)

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