Bruxelles, 18/09/2014 (Agence Europe) - Vytenis Andriukaitis, ministre lituanien de la Santé depuis 2012, a été choisi par le président désigné de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour occuper le poste de commissaire responsable de la Santé et de la Sécurité alimentaire. Ce social-démocrate âgé de 63 ans est né en Sibérie où ses parents avaient été déportés en 1941 par l'occupant soviétique. Il exerça en tant que chirurgien et puis s'intéressa à la politique dès les années 60 au sein de mouvements clandestins antisoviétiques. Il participa à l'indépendance de la Lituanie en 1990 avant d'entamer une longue carrière de parlementaire. Au sein de son parti, M. Andriukaitis est considéré comme un bon connaisseur de la législation européenne. Il est d'ailleurs membre de longue date du Comité lituanien des affaires européennes qu'il a présidé de 2000 à 2004. Lors de la présidence lituanienne de l'UE (1er juillet-31 décembre 2013), c'est lui qui fit avancer, au nom du Conseil, les discussions sur la directive tabac et sur les essais cliniques. Ses détracteurs le considèrent comme un adversaire ne mâchant pas ses mots, manquant parfois d'esprit d'équipe.
Dans sa lettre de mission, Jean-Claude Juncker demande à M. Andriukaitis de travailler en étroite collaboration avec le vice-président Jyrki Katainen, chargé de l'Emploi, de la Croissance, des Investissements et de la Compétitivité ainsi qu'avec Frans Timmermans, premier vice-président, responsable d'une Meilleure réglementation, des Relations interinstitutionnelles, de l'État de droit et de la Charte des droits fondamentaux, afin de contribuer à une simplification de la législation dans le domaine de la santé et de la sécurité alimentaire. Même si le champ d'action de l'UE reste limité en matière de politique de santé, celle-ci étant du ressort des États membres, la Commission a toutefois un rôle important à jouer pour aider ces derniers à relever les défis d'une augmentation de la demande en matière de soins de santé, dans un contexte de pressions intenses sur les finances publiques, souligne la lettre de mission. Le nouveau commissaire devra concentrer son action dans trois domaines spécifiques: 1) soutenir et favoriser la coopération des États membres lorsqu'ils doivent réagir face à des crises sanitaires ou des pandémies ; 2) poursuivre les travaux sur la législation relative à la culture des OGM ; 3) continuer à développer l'expertise pour évaluer de nouveaux systèmes de soins de santé plus performants. Durant l'exercice de son mandat, Vytenis Andriukaitis devra être particulièrement vigilant face aux puissants lobbies, pharmaceutiques notamment, pour éviter une nouvelle « affaire Dalli ». Pour rappel, l'ancien commissaire John Dalli avait été forcé à la démission en octobre 2012 suite à des soupçons de contacts avec l'industrie du tabac alors qu'il peaufinait la directive tabac. La transparence devra primer lorsque le nouveau commissaire travaillera avec les parties prenantes, souligne l'EPHA, l'Alliance européenne pour la santé publique, en espérant que M. Andriukaitis pousse la santé aux premières places de l'agenda de travail européen.
Les médicaments, de simples marchandises ? Des voix s'élèvent déjà pour dénoncer une volonté sous-jacente de la Commission Juncker de procéder à une « marchandisation » des soins de santé. En effet, suite au réagencement dans différentes DG, l'Agence européenne du médicament (EMA) ne dépendra plus de la DG santé et consommateurs (SANCO) mais de la DG entreprise et industrie (ENTR). Un glissement dénoncé par les associations de santé qui redoutent que les intérêts industriels et économiques ne priment sur la santé. « La Commission considère que les patients deviennent des clients et les médicaments comme de simples marchandises », souligne le député belge S&D Marc Tarabella. Les législations seront désormais rédigées sous un angle commercial, tandis que les avis scientifiques de l'EMA risquent de répondre « à une réalité industrielle et non plus citoyenne », explique-t-il. De même, les associations de santé publique, à l'instar du Bureau européen des unions de consommateurs (EUROPE 11153), dénoncent le fait que les dispositifs médicaux (dont les fameuses prothèses mammaires) ont été transférés de la DG SANCO à la DG ENTR. (IL)