Bruxelles, 28/07/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne a dénoncé, lundi 28 juillet, une nouvelle taxe sur les médias mise en place en Hongrie, estimant qu'elle constituait une grave menace contre le pluralisme des médias, contraire aux règles et aux valeurs européennes. « Le gouvernement (hongrois) ne fait pas uniquement que tolérer des menaces directes supplémentaires à l'encontre du pluralisme des médias, il les encourage assurément », a dénoncé la commissaire en charge de la Stratégie numérique et des Médias, Neelie Kroes, dans une tribune publiée sur son blog et dans le quotidien hongrois de centre-gauche Nepszabadsag. Pour rappel, la commissaire s'était déjà élevée, en 2010, contre la législation sur le contrôle des médias passée par le Fidesz, le parti du Premier ministre au pouvoir, Viktor Orban, et avait obtenu sa modification.
La nouvelle taxe hongroise, dénoncée par les médias comme une mainmise du gouvernement sur le secteur, s'inscrit dans la lignée d'une série de lourdes charges fiscales visant des secteurs économiques souvent dominés par des sociétés étrangères. Elle a été adoptée sans véritable débat ni consultation au Parlement et vise sans nul doute le groupe de média luxembourgeois RTL-Group, le premier groupe de média audiovisuel européen, estime la Commission. « La conclusion est évidente. RTL est l'une des rares chaînes en Hongrie qui fait autre chose que simplement promouvoir la ligne du parti Fidesz (…) Le gouvernement ne veut pas en Hongrie d'un radiodiffuseur neutre, aux mains d'un propriétaire étranger ; il se sert d'une taxe injuste pour faire disparaître les garde-fous démocratiques et faire disparaître une menace pour son pouvoir », explique la commissaire Kroes, en soulignant que la politique fiscale ne pouvait être une arme au service de la discrimination politique.
Le paysage audiovisuel hongrois est largement dominé par des radiodiffuseurs appartenant à des hommes d'affaires liés au parti Fidesz. Mais la Hongrie n'est pas le seul pays de l'Union européenne qui connaît des atteintes au pluralisme. C'est également le cas en Bulgarie, en Italie et au Royaume-Uni notamment, même si les contextes sont différents, souligne Mme Kroes. Rappelant qu'une couverture médiatique objective est la fonction principale de médias libres et pluralistes, la commissaire appelle l'Europe à « balayer devant sa porte pour assurer la liberté et le pluralisme de la presse ». Plusieurs propositions ont été mises sur la table pour atteindre cet objectif, notamment un rapport du groupe de haut niveau sur la liberté et le pluralisme des médias présidé par Vaira Vike-Freiberga (et intitulé « Des médias libres et pluralistes pour renforcer la démocratie européenne »), et il est temps que l'Union européenne se penche sur leur contenu, conclut Neelie Kroes. Le patron de la filiale hongroise de RTL Group, Andreas Rudas, a annoncé pour sa part que RTL envisageait de contester la taxe devant la Cour européenne de justice. (IL)