Bruxelles, 08/07/2014 (Agence Europe) - Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, a déclaré, mardi 8 juillet, que les dépenses d'investissements dans les infrastructures digitales ne devaient pas être comptabilisées comme des dépenses au titre du Pacte de stabilité et de croissance.
« En laissant de côté le match entre austérité et flexibilité qui est un match idéologique, je crois que les investissements dans les infrastructures digitales doivent être sortis du Pacte de stabilité », a déclaré M. Renzi, lors du forum Digital Venice, rapporte la presse italienne.
Cette déclaration a mis dans l'embarras son ministre des Finances, qui présidait son premier Conseil Ecofin à Bruxelles. Apprenant l'existence de cette déclaration en même temps que la presse la lui rapportait, Pier Carlo Padoan a souligné « le plein accord » au sein du gouvernement italien sur le fait que la croissance devait être soutenue « à l'intérieur des règles existantes ».
Le commissaire chargé de l'euro par intérim, Siim Kallas, a lui aussi mis en avant le respect des règles. Une dépense publique doit être imputée au déficit public quel que soit la nature de l'investissement, a-t-il souligné. « Il n'y a pas de bonne ni de mauvaise dépense. Le Pacte de stabilité constitue un cadre réglementaire solide, un pilier qui génère de la confiance », a-t-il déclaré, coupant court à toute discussion sur les dépenses qui pourraient être exclues du Pacte. « Les réformes structurelles et la consolidation budgétaire vont main dans la main. Il n'y a pas de contradiction entre les deux », a-t-il ajouté. Dans la même veine, le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, a souhaité en finir avec « les rumeurs » selon lesquelles il y aurait une alternative entre réformes structurelles et assainissement budgétaire.
Mardi, les ministres européens des Finances ont rédigé un projet de déclaration commune relative à la politique économique menée dans l'UE mais à laquelle M. Padoan n'a pas fait allusion. Ce texte met l'accent sur l'importance pour les États membres de procéder aux réformes structurelles. Un projet initial faisait référence - en le précisant - à la possibilité d'utiliser 'au mieux' la marge de manoeuvre du Pacte de stabilité pour soutenir la croissance. Une première rédaction trop détaillée au goût du ministre néerlandais, Jeroen Dijsselbloem, pour qui les ministres ne pouvaient pas utiliser un langage plus précis que celui du Conseil européen.
Puisque le Pacte ne changera pas, tout dépendra de l'interprétation qui en sera faite. D'où l'importance du choix du futur commissaire chargé des Affaires économiques. Mardi, le candidat nommé à la présidence de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, aurait dit au groupe S&D du Parlement européen que ce commissaire serait issu de la famille social-démocrate (voir autre nouvelle).
Présentant les priorités de la Présidence italienne du Conseil de l'UE pour le second semestre 2014, M. Padoan a listé les trois piliers sur lesquels repose la stratégie italienne de croissance: l'intégration économique, les réformes structurelles et la mobilisation de la finance en faveur des investissements. Soulignant le fait que la mise en oeuvre des réformes avait un coût social et politique immédiat tandis que les bénéfices en termes de croissance étaient ressentis à moyen terme, il a évoqué sans détailler l'importance pour les États membres de disposer des « incitations » suffisantes pour affronter ces réformes.
Le sujet de la flexibilité du Pacte reste donc sur la table, les discussions se poursuivront lors du Conseil Ecofin informel, mi-septembre à Milan. Objectif officiel: intégrer ces débats dans l'évaluation, attendue pour décembre, de la mise en oeuvre des paquets législatifs '2 pack' et '6 pack' ayant renforcé le Pacte. Objectif officieux: avoir les idées plus claires sur le contenu de cette flexibilité du Pacte d'ici à la transmission, mi-octobre, des projets de budget nationaux à la Commission. (MB)