Bruxelles, 08/07/2014 (Agence Europe) - 19 projets de démonstration de technologies sobres en carbone et d'énergie propre dans 12 États membres de l'UE se partageront une enveloppe de 1 milliard d'euros alloués par la Commission européenne pour donner un coup de pouce à leur démarrage, a annoncé l'exécutif européen, mardi 8 juillet. Ces projets ont été sélectionnés dans le cadre du deuxième appel à proposition du programme de financement NER 300 (EUROPE 10819). Ils seront cofinancés jusqu'à la moitié de leur coût total par les recettes de la vente aux enchères de 100 millions de quotas d'émission provenant de la réserve destinée aux nouveaux entrants ('new entrants reserve' - NER) du système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'UE .
Leur mise en oeuvre dans 12 États membres (Croatie, Chypre, Danemark, Estonie, France, Irlande, Italie, Lettonie, Portugal, Espagne, Suède et Royaume-Uni) permettra ultérieurement d'accroître la production à partir de sources d'énergie renouvelables et de technologies CSC dans toute l'UE, espère la Commission.
Ces projets couvrent un large éventail de technologies - les bioénergies, y compris les biocarburants avancés (en Estonie, Lettonie, au Danemark et en Suède), l'énergie solaire à concentration (70 millions d'euros pour Chypre), l'énergie géothermique, l'énergie photovoltaïque, l'énergie éolienne (100 millions d'euros pour l'Espagne), l'énergie océanique, les réseaux intelligents et, pour la première fois, le captage et le stockage du carbone (CSC) (300 millions d'euros pour le Royaume-Uni).
« L'enveloppe de 1 milliard d'euros que nous octroyons ne provient pas de l'argent du contribuable, ou du budget de l'UE, mais de l'application du principe du pollueur-payeur. Elle permettra de lever quelque 900 millions d'euros supplémentaires d'investissements privés, ce qui portera à près de 2 milliards d'euros le montant total des investissements dans les technologies sobres en carbone. Cela contribuera à diminuer la facture énergétique de près de 1 milliard d'euros que l'Europe paie chaque jour pour ses importations de combustibles fossiles », a déclaré à la presse Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'Action pour le climat. Et d'ajouter: « L'Europe est de loin le premier importateur d'énergie fossile au monde. Ce qui s'est passé en Ukraine, en Syrie, en Irak montre à quel point nos économies sont vulnérables aux fluctuations des cours et aux décisions de régimes étrangers. La Russie pourrait décider de couper l'approvisionnement en gaz. Mais personne ne peut couper le solaire ou le vent disponible dans nos pays ! Il faut travailler sur les renouvelables, sur le CSC. C'est ce que nous faisons ». Insistant sur « le potentiel énorme de création d'emplois » et sur l'opportunité ainsi offerte de « réduire notre facture énergétique et nos émissions de carbone », la commissaire a conclu: « c'est une bonne journée pour le climat et pour l'énergie ».
Figurent parmi les projets sélectionnés: la construction du premier projet transfrontière, une centrale géothermique, sur la frontière franco-allemande près de Strasbourg, destinée à produire de l'électricité et de la chaleur ; le développement d'une centrale géothermique en Croatie ; le premier projet photovoltaïque NER 300, développé au Portugal ; le premier projet de CSC à grande échelle dans l'Union qui fera appel à la technique de l'oxycombustion pour capter 90% du CO2 issu de la combustion du charbon à la centrale électrique de Drax (près de Selby dans le Yorkshire) et pour les stocker dans un site en mer du Nord. On est loin des 12 projets prévus en 2009 lors de l'adoption du paquet Climat/Énergie, « mais c'est un bon premier pas pour une technologie qui fera partie des instruments pour atteindre nos objectifs climatiques », a estimé la commissaire.
La Commission escompte que les projets retenus permettront d'accroître de près de 8 térawatt /heure (TWh) la production annuelle d'énergie renouvelable de l'UE, ce qui correspond à la consommation annuelle électrique de Chypre et Malte réunis. Le projet de CSC permettra, lui, de capter 1,8 million de tonnes de CO2 par an, ce que l'on obtiendrait en retirant de la circulation plus d'1 million de voitures.
L'annonce de ces financements NER 300 a été faite le jour où la Cour des comptes publiait un rapport spécial (n° 6/2014) recommandant d'améliorer les dépenses de l'UE en faveur des énergies renouvelables pour contribuer à des projets de production d'énergie renouvelables aboutis, dotés d'un bon rapport coût/efficacité (voir autre nouvelle). Interrogée sur la prise en compte du rapport coût/efficacité dans la sélection des projets retenus, Connie Hedegaard a répondu que « la BEI qui a procédé à l'analyse détaillée de toutes les candidatures ne choisirait jamais des projets non rentables ». Les fonds de NER 300 sont épuisés. Toutefois, dans sa proposition de « cadre d'action en matière de climat et d'énergie pour la période comprise entre 2020 et 2030 », la Commission évoque la possibilité d'un système NER 300 étendu. Il pourrait s'agir d'orienter les recettes de l'ETS vers la démonstration de technologies innovantes à faible intensité de carbone dans les secteurs industriels et de la production d'électricité. Une consultation publique a été lancée à ce sujet. (AN)