Une remarque éloquente. M. Barroso, président pour quelques mois encore de la Commission européenne, a rassuré récemment le premier ministre tunisien, M. Mehdi Jomaa, sur le soutien de l'UE à son pays, en ajoutant toutefois: « Compte tenu des limites de la prodigalité possible du budget européen. » (EUROPE 11105). Cette petite remarque se réfère logiquement aux relations de l'UE avec l'extérieur et sa signification est évidente: l'action de l'UE pour redresser ses déficits budgétaires et pour réviser ses différentes politiques se répercute sur tous les aspects de son activité, y compris les relations avec les pays tiers et aussi sa politique d'élargissement. Il ne s'agit pas de bloquer les évolutions, mais de tenir compte, dans ces liens avec les pays tiers, des mesures d'austérité et de relance que l'UE applique chez elle. Je n'exprime pas des opinions personnelles, mais des états d'âme et des préoccupations de plus en plus répandus dans les milieux communautaires.
Souhaits qui appellent réflexion. La plupart des pays candidats à l'adhésion à l'UE poursuit en pratique trois objectifs: le soutien financier de l'UE, la participation aux politiques communes et le libre accès de leurs ressortissants à l'espace communautaire. Demander l'adhésion est devenue une démarche normale. En signant les accords d'association avec l'UE, l'Ukraine a annoncé « son choix souverain en faveur du statut futur d'État membre », la Géorgie a « déposé non officiellement une demande d'adhésion » et le premier ministre de Moldavie, M. Iurie Leanca, a indiqué que son pays aspire à devenir « membre à part entière » (EUROPE 11110). Inutile de rappeler la position de plusieurs pays balkaniques, candidats parfois depuis longtemps.
Adieu à l'adhésion turque. Quant à la Turquie, Manfred Weber, président du PPE, premier groupe au Parlement européen, a annoncé que son parti rejetait désormais le projet d'adhésion d'Ankara à l'UE, en faveur d'un partenariat plus étroit (EUROPE 11113), en estimant que l'accession à part entière ne fonctionnerait pas. Cette rubrique l'affirme depuis des années. Les négociations sont en cours depuis dix ans, un seul chapitre est clos. Il en a fallu du temps pour comprendre qu'un pays situé très largement en Asie ne peut pas devenir membre de l'Union européenne !
Les régions «mixtes». L'adhésion n'est pas la seule voie pour coopérer amplement avec l'UE, qui a créé très sagement la stratégie macro-régionale, fondée sur la coopération entre régions communautaires et régions de pays proches. La Commission européenne a présenté le mois dernier le plan d'action pour le bassin adriatique et ionien, qui unit les pays communautaires et les pays tiers de cette zone (EUROPE 1103). Certes, un financement de l'UE est quand même prévu, mais il est modéré par rapport à la signification et surtout aux résultats de cette formule, qui permet d'agir ensemble, tout en évitant des adhésions inopportunes.
Sauvegarder l'identité de l'UE. Ces différentes méthodes permettent à l'UE d'approfondir et d'améliorer les relations avec les pays qui l'entourent, et surtout d'éviter de se diluer elle-même au point de devenir ingérable, de perdre son individualité et en définitive sa force politique. Dans l'immédiat, pour rendre possible sa consolidation et sa relance, l'UE doit adopter dans ses relations extérieures une attitude analogue à celle qu'elle s'impose sur le plan interne, réunissant contrôle des dépenses et relance de l'économie, austérité et réformes.
Des projets existent. Il ne faut pas croire que ces considérations limitent les perspectives d'expansion économique. Elles impliquent, au contraire, une relance de l'emploi. Un exemple parmi d'autres: la Commission européenne a indiqué que l'emploi vert, résultant de la prévention et de la gestion des déchets, peut créer rapidement 600.000 nouveaux emplois, tout en contribuant à améliorer l'environnement, le climat et l'efficacité énergétique. S'y ajoute un programme destiné à éliminer progressivement les déchets eux-mêmes (EUROPE 11113).
Positif pour les pays tiers. En définitive, tout ce qui précède est indispensable pour l'UE et, en même temps, positif pour les pays tiers, car, si l'UE se redresse et relance son efficacité politique et économique, le résultat sera positif aussi pour le monde qui l'entoure. C'est l'une des raisons pour lesquelles les futures candidatures à l'UE doivent être soigneusement évaluées et l'adhésion doit être réservée à ceux qui acceptent la méthode et les objectifs communautaires, c'est à dire le Pacte de stabilité et de croissance, avec les possibilités de flexibilité qu'il comporte.
Les relations de l'UE avec les États-Unis demandent une analyse spécifique, en raison surtout des évolutions profondes en cours chez les Américains et de leurs répercussions. (FR)