Bruxelles, 08/07/2014 (Agence Europe) - Plus d'un mois après l'attentat du Musée juif de Bruxelles, le 24 mai, dans lequel le Français Mehdi Nemmouche, revenu de Syrie quelques semaines plus tôt, avait tué 4 personnes, les ministres de l'Intérieur de 9 pays de l'UE se sont réunis, lundi 7 juillet dans la soirée, à Milan. But de la réunion: prendre des mesures concrètes contre les combattants européens partis en Syrie s'exercer au Djihad, des mesures qui passeront d'ailleurs pour certaines dès la semaine prochaine en procédure de comitologie.
Comme l'a expliqué Gilles de Kerchove, le coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme, lors d'un point presse improvisé, les ministres italien, français, belge, espagnol, britannique, polonais, allemand, suédois et néerlandais (l'Irlande devait être représentée, mais n'a pas pu l'être) se sont mis d'accord, dans un document de travail, pour: - renforcer leur échanges d'informations et « maximiser » l'utilisation d'instruments tels que le Système d'information Schengen (SIS) qui recense des données sur les personnes et objets recherchés ; - mieux croiser leurs propres programmes nationaux d'échanges de données passagers ('PNR units'), qui devraient « être la base pour un possible système PNR européen », a encore martelé le coordinateur belge. Les mêmes ministres ont également prévu de renforcer leur travail avec Europol, qui a mis en place un point de contact sur le sujet, ainsi qu'avec les pays tiers et en particulier la Turquie, considérée comme un véritable point de passage pour les djihadistes.
Beaucoup de ces mesures, « très techniques pour la plupart », a dit M. de Kerchove, devront être validées par l'ensemble des États de l'espace Schengen, mais cela ne devrait pas poser de difficultés, le Royaume-Uni lui-même ayant demandé à être connecté au SIS. En octobre, le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano, devrait aussi retrouver ses collègues de l'Intérieur à Luxembourg avec un plan d'action destiné à « européaniser » toutes ces mesures discutées à 9, a encore rapporté le coordinateur.
Les ministres ont par ailleurs abordé des thèmes particulièrement sensibles comme la propagande très énergique des groupes djihadistes sur Internet et le degré de surveillance à y apporter en concertation avec les fournisseurs d'accès et les géants comme Google ou Twitter. En octobre, une réunion devrait aussi se tenir sur le sujet avec les ministres, l'idée étant de mettre en commun les réponses possibles, entre développement de sites web de contre-narration (des sites qui souligneraient les dangers de se rendre en Syrie) ou fermeture de sites illégaux. Autre discussion: le renforcement potentiel des contrôles dans les aéroports, avec en ligne de mire les vols en lien avec la Syrie ou l'Irak. Washington a déjà demandé le 2 juillet aux Européens de renforcer la sécurité dans leurs aéroports en raison de nouvelles menaces terroristes en lien notamment avec l'Irak, ce dont se sont acquittés les Français, les Allemands, les Britanniques ou encore les Belges, qui ont tous renforcé leur dispositif. L'Irak inquiète en effet à nouveau et « les récents développements sur place montrent la nécessité d'une action immédiate », a jugé M. de Kerchove. Le niveau d'attraction de l'Irak se renforce et « aura un grand impact ». Là encore, la stratégie de communication extrêmement rôdée de certains groupes tels que celle de l'État islamique en Irak et au Levant (EEIL) y contribue grandement, des départs d'Européens en Irak dès cet été étant probables.
Les ministres ont aussi, comme ils l'avaient déjà fait lors d'une réunion précédente, début juin à Luxembourg (EUROPE 11095), évoqué la possibilité de procéder à des contrôles plus ciblés sur les Européens revenant des pays tiers aux frontières extérieures de l'UE. Les États membres présents et le coordinateur se sont ainsi interrogés sur la possibilité de ne pas vérifier la seule validité des documents d'identité, mais de croiser ceux-ci avec d'autres bases de données, recensant notamment des personnes recherchées ou déjà signalées dans les États membres. Cibler certaines provenances de vols de manière plus approfondie permettrait, entre autres, de contourner certaines rigidités du Code Schengen. En effet, selon ce Code, seule une vérification minimale (simple contrôle du titre d'identité) peut être appliquée aux ressortissants européens.
Quant à l'infraction consistant à se rendre au combat à l'étranger, la question de son harmonisation entre les États membres se pose aussi, le coordinateur attendant pour l'automne un rapport d'Eurojust sur ce point précis, a-t-il encore indiqué. Mais là encore, la difficulté sera de faire la part des choses entre impératif de sécurité et respect des libertés car « aller en Turquie », par exemple, « ce n'est pas un délit ! », a encore rappelé le coordinateur. (SP)