*** PHILIPP STROBL, MANFRED KOHLER (sous la dir. de): The Phenomenon of Globalization. A Collection of Interdisciplinary Globalization Research Essays. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection “Academic Research”. 2013, 276 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-63684-8.
La couverture, souvent austère dans ce domaine de l'édition, offre un saisissant raccourci: côte à côte y apparaissent la célèbre silhouette de la Tour Swiss Ré qui domine la City de Londres et un pan de mur gothique figurant l'Angleterre éternelle. Le ton est donné: le monde moderne - certains diront post-moderne - induit une angoisse collective, celle d'un monde qui change - trop vite ? Et cette angoisse a un nom: la globalisation. Une notion née dans les années 80 aux États-Unis et qui, depuis, a fait le tour du monde, sans jeu de mots. Pourtant, note Philipp Strobl en ouverture de cet ouvrage collectif, « voici un terme de plus en plus répandu et à la mode, sensé expliquer à peu près tout et n'importe quoi, mais pour lequel aucune définition précise n'a été fournie à ce jour. Au point qu'on y perd tout simplement son latin ». Et Philipp Strobl, qui enseigne l'histoire économique à l'Université de Bratislava, n'hésite pas à tracer un parallèle avec Alice au pays des merveilles, « tant le terme de globalisation est un fourre-tout, chacun y verra ce que le locuteur veut bien y mettre ».
Voilà toute l'ambition de ce livre, proposer une première définition de la globalisation en partant de ce constat: puisque ce terme est utilisé à tout bout de champ, tentons de voir ce qu'il signifie dans les différentes disciplines scientifiques. Les auteurs en distinguent neuf, qui balaient un champ d'investigation très large touchant à l'histoire, l'économie, les droits de l'homme, l'urbanisme, autant de disciplines a priori très éloignées les unes des autres, mais qui sont interconnectées et, surtout, qui interagissent l'une sur l'autre. Mais attention, le collectif met en garde: ce travail ne débouche pas - et ce n'était pas l'objectif - sur une définition unique de la globalisation. Il s'agit bien plus de montrer à quel point ce mot souvent galvaudé masque des réalités bien différentes, en fonction de ses champs d'application. Et, aussi, de l'environnement dans lequel il évolue. Car voilà l'autre facette de la complexité: bien que « globalisé », le mot globalisation prend des accents bien différents au nord et au sud de la planète. « Le phénomène touche par définition le monde entier, mais pas de la même façon », constatent les auteurs. Il faut donc non seulement faire appel aux multiples disciplines scientifiques, mais encore se jouer des frontières et multiplier les points de vue. Voilà qui se marque dans des contributions venues de Turquie ou de Malaisie, par exemple.
Ce kaléidoscope scientifique brille dans des domaines aussi variés que la philosophie, l'architecture, la sociologie, l'anthropologie et le droit, bien au-delà de la démarche purement historique. L'ouvrage a aussi l'ambition d'offrir un instantané, à travers de contributions qui, sans exception, se fondent sur des recherches actuelles. On y trouvera donc le dernier cri en matière d'étude de la globalisation, la plupart des contributions connaissant d'ailleurs ici leur toute première publication. Ce « qui, par la même occasion, offre un aperçu de la recherche future en la matière », précise Philipp Strobl. Pour guider le lecteur dans le labyrinthe de la globalisation, l'ouvrage se compose de trois sections. La première établit un état des lieux de la recherche en matière de globalisation, en traçant les grandes lignes d'une définition possible du phénomène. La deuxième partie s'attache aux mécanismes de la mondialisation, tandis que la troisième, la plus importante, en mesure les conséquences dans différentes parties du monde. Un bel exemple de ces multiples facettes abordées ici renvoie à la couverture: dans sa contribution intitulée « villes et architecture au temps de la globalisation », Jasna Cizler s'interroge sur la cité moderne, cette « cité générique ». La photo d'un immeuble anonyme, prise à Londres mais pouvant figurer à n'importe quel autre endroit de la planète, illustre le propos: « les villes modernes se ressemblent toutes, et la cité générique a tué la rue: de l'horizontal, on est passé au vertical, le gratte-ciel étant devenu emblématique. Certaines villes en sont venues à abandonner leur passé, leur histoire, leur héritage, au nom de la survie économique (…), non sans parfois un peu de honte »… Une façon d'aborder le thème qui fâche avec distance et nuance. Modestie aussi: au contemporain trop sûr de détenir le dernier carat du progrès, faut-il rappeler que la globalisation était déjà en marche au XIXème siècle ?
Frédéric Villon
*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Mai-juin 2014, n° 400, 148 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-413-0.
Dans ce 400ème numéro de Futuribles qui voit Hugues de Jouvenel revendiquer le soutien constant de la revue prospective à la construction européenne, le géographe et ancien ambassadeur Michel Foucher jauge la capacité de l'Union à pouvoir s'affirmer comme un réel joueur mondial sur l'échiquier international. Partant du « devenir de l'Ukraine » qui constitue un « nœud stratégique » pour les Européens désireux de voir l'Union agir « comme acteur collectif d'influence » parce qu'il concerne notamment « l'efficacité de la politique de voisinage, champ premier sinon unique de leur politique extérieure », le titulaire de la chaire de géopolitique appliquée au Collège d'études mondiales se félicite de l'ouverture des dirigeants européens aux « intérêts » économiques et de sécurité, là où ils privilégiaient à l'excès, jusqu'il y a peu, les références aux « valeurs ». Il observe aussi que les intérêts nationaux restent primordiaux, mais qu'ils « s'expriment parfois mieux dans un cadre collectif européen », d'autant que les Vingt-huit ont à composer avec « un monde interdépendant mais peu coopératif », en clair un monde « classiquement westphalien, tournant le dos à l'esprit post-souverainiste qui règne à Bruxelles ». Dès lors, il les invite à consolider la place centrale de l'aire transatlantique dans les échanges commerciaux mondiaux - pour autant toutefois qu'ils ne doivent pas seulement s'aligner sur les pratiques américaines - et à concevoir un « projet géopolitique propre à la troisième étape de la construction européenne » qui, dans un premier temps, ne pourra « résulter que de la convergence initiale des intentions de quelques Etats ». L'auteur formule, par conséquent, huit recommandations thématiques d'objectifs et d'intérêts partagés à expliciter et à promouvoir collectivement par les Européens afin de « dépasser la discordance entre l'échelle des intérêts économiques et celle de l'action politique qui caractérise la phase présente du projet européen ». A noter aussi une présentation, dans ce numéro, d'une étude prospective de l'Europe à l'horizon 2050 qui, réalisée par l'Observatoire en réseau pour l'aménagement du territoire européen, promet une évolution positive de l'Union et de ses voisins immédiats, notamment méditerranéens. (MT)
*** NARINE GHAZARYAN: The European Neighbourhood Policy and the Democratic Values of the EU. A Legal Analysis. Hart Publishing Ltd (16c Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection « Modern Studies in European Law », n° 41. 2014, 208 p., 50 £. ISBN 978-1-84946-278-5.
Version substantiellement révisée et mise à jour jusqu'au 1er juillet de l'année dernière d'une thèse de doctorat soutenue en 2010 à l'Université de Nottingham, cet ouvrage offre une analyse juridique de la Politique européenne de voisinage à la fois exhaustive et pointue, mais aussi décapante. C'est que Nariné Ghazaryan, aujourd'hui maître de conférences en droit à l'Université Brunel, y dévoile crûment les fondations de cette politique née à la fois de la volonté de l'Union de se positionner comme acteur international dans le monde tel que reconfiguré après la chute du rideau de fer et de sa « fatigue de l'élargissement », le but recherché étant principalement de nouer des liens particuliers - et de se doter par ce biais d'un pouvoir d'influence - avec des pays voués à rester à l'extérieur du club. Des pays d'abord et avant tout européens, selon l'auteur qui, sans se désintéresser des pays du Sud, focalise son attention sur l'est de la péninsule européenne et, en particulier, sur l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Surtout, l'analyse s'avère décapante car l'auteur y confronte les aspects juridiques de la Politique européenne de voisinage à la promotion de la démocratie dont l'Union européenne se veut le fer de lance. Analyse décapante car il y a loin de la coupe aux lèvres… Nariné Ghazaryan appréhende l'Union comme un acteur international dont l'identité fondée sur les valeurs démocratiques requiert qu'elle agisse de manière normative dans son action internationale, ce qui ne l'empêche nullement d'avoir aussi des motivations rationalistes. Au fil des sept chapitres qui composent son livre, c'est notamment le caractère très intéressé de cette politique qui est mis en lumière, l'Union étant, en définitive, soucieuse d'amener ses partenaires proches à devenir moins des parangons de la démocratie que des îlots de stabilité et de sécurité pour elle-même, ce qui est notamment attesté par le ton différent qui est utilisé par les Vingt-huit selon les partenaires. L'une des conclusions est donc que la politique européenne de voisinage ne traduit pas une vision univoque de l'environnement immédiat de l'Union. (MT)
*** GIGA GABRICHIDZE: Der Prozess der Angleichung des georgischen Wettbewerbsrechts an das Recht der Europäischen Union. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Saarbrücker Studien zum Privat- und Wirtschaftsrecht". 2013, 209 p. ISBN: 978-3-631-64443-0.
Dans sa thèse, Giga Gabrichidze, à présent Professeur Assistant à l'Université Grigol Robakidze de Tbilissi en Géorgie, commence par retracer le chemin parcouru par la Géorgie en vue de rapprocher sa législation en matière de concurrence à celle de l'Union, ce rapprochement étant prévu par les Accords de partenariat et de coopération conclus entre la Géorgie et l'Union européenne en 1996. Au cœur de sa thèse, l'auteur effectue une analyse comparative de la Loi géorgienne de 2012 sur la liberté de commerce et sur la concurrence. Après avoir mis en évidence les points faibles de la loi, Giga Gabrichidze conclut que celle-ci ne répond pas aux standards minimums du droit international et européen en la matière, ce qui n'empêche toutefois pas l'auteur de formuler un certain nombre de recommandations. (GLe)
*** FINN LAURSEN (sous la dir. de): EU Enlargement. Current Challenges and Strategic Choices. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Multiple Europes », n° 50. 2013, 360 p., 46,50 €. ISBN 978-2-87574-067-0.
Ce livre rend compte d'une conférence organisée, en avril 2012, au Centre d'excellence de l'Union européenne de l'Université Dalhousie de Halifax qui était alors dirigé par Finn Laursen, également détenteur ad personam d'une Chaire Jean Monnet de recherche en études européennes. La question des élargissements de l'Union européenne y est étudiée scientifiquement sous tous les angles, notamment à la lumière des effets des adhésions passées mais surtout à celle des différentes entraves que rencontre désormais le principe même de l'expansion de l'Union. Dans un premier temps, la politique d'élargissement telle qu'elle est mise en œuvre depuis le big bang de 2004 et l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007 est étudiée, Eli Gateva (Université de Manchester) observant que des relations bilatérales - par exemple entre la France et la Turquie - la perturbent, Tanel Kerikmäe et Lehte Roots (tous deux de l'Université de technologie de Tallinn) montrant que la crise de la zone euro requiert des avancées de l'intégration susceptibles de rendre les élargissements à venir plus difficiles, Federiga Bindi et Irina Angelescu (Université Tor Vergata de Rome) expliquant enfin le manque d'enthousiasme des dirigeants politiques actuels pour l'élargissement par un oubli du sens de l'héritage historique, lui-même facilité par un manque de soutien populaire qui témoigne d'une « fatigue de l'élargissement ». La deuxième partie est consacrée aux processus préparant aux adhésions, et couvre des thèmes aussi divers que la conformité des adaptations économiques et politiques que ces adhésions requièrent, la corruption, le processus d'européanisation qui a été favorisé par des acteurs de la société civile transnationale dans le cas de la Croatie et les difficultés politico-culturelles rencontrées en Serbie. Une troisième partie voit d'autres auteurs s'intéresser aux différentes manières dont les partis politiques peuvent se positionner face au projet européen et à l'opportunité de s'y associer, les deux dernières sections étant tour à tour centrées sur les pays des Balkans occidentaux - où, relève notamment Gentian Elezi (Université du Sussex), l'instrument de la conditionnalité semble nettement moins performant qu'il ne le fut pour les pays d'Europe centrale et orientale - et sur le cas problématique de la Turquie. (MT)
*** ANA FOTEVA: Do the Balkans begin in Vienna ? The Geopolitical and imaginary borders between the Balkans and Europe. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection “Austrian Culture”, vol. 47. 2014, 330 p., 78,10 €. ISBN 978-1-4331-1565-3.
Cet ouvrage se penche sur l'une des régions les plus politiquement tendues d'Europe: les Balkans. Riche des héritages austro-hongrois, ottoman, byzantin et romain, la région des Balkans a toujours été perçue comme la frontière européenne entre l'Occident et l'Orient. Si dans les années 1820, le diplomate autrichien Richard Klemens von Metternich déclarait que « les Balkans débutent aux abords de Rennweg » (à Vienne), il reste que la région occupe souvent, dans l'imaginaire politique et culturel européen, la place de frontière au-delà de laquelle « l'autre » menace l'Europe. Ceci permet à Ana Foteva, Professeure assistante en études germaniques à l'Université de St. Lauwrence, de décrire l'imaginaire fictionnel des Balkans comme une « utopie dystopienne », un « espace imaginaire » et un « non-espace anormal » sur lequel les tensions historiques de différents empires ont été projetées. Tout en examinant les contours culturels et politiques de la région, ainsi que les différentes approches permettant de tracer une frontière entre celle-ci et l'Europe, l'auteure porte une attention particulière à l'impact qu'ont eu les empires Ottoman et de Habsbourg sur les influences culturelles de la région. A la lumière des discours historiques et politiques ainsi que de l'imaginaire fictionnel des Balkans, l'auteure retrace la négociation des limites identitaires et culturelles d'une région « dont les frontières ont toujours été fluides, arbitraires, et particulièrement défiantes ». (SD)