Bruxelles, 30/06/2014 (Agence Europe) - Un moment 'historique' pour la démocratie européenne et un tournant dans les relations entre responsables européens et citoyens dont « la voix a été entendue ». Le Parlement européen et ses différents représentants n'ont pas économisé leurs mots, vendredi 27 juin, pour qualifier la désignation par le Conseil européen du Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne, événement qui marque aussi leur victoire sur le Conseil.
Pour Gianni Pitella, le président (appartenant à la famille S&D) faisant fonction du Parlement européen, en proposant M. Juncker, les responsables européens ont reconnu la « double légitimité démocratique dérivant d'une part du résultat des élections européennes et d'autre part de l'élection du président de la Commission par le Parlement européen ». Ce processus d'élection « sans précédent » constitue un tournant historique pour l'Union européenne, a jugé l'Italien, ajoutant que M. Juncker, qui a été désigné par vingt-six États membres (tous sauf le Royaume-Uni et la Hongrie), a désormais le mandat pour former une majorité au Parlement, majorité qui lui semble d'ailleurs déjà acquise.
Pour l'Allemand Manfred Weber, nouveau chef du groupe PPE au Parlement, la « voix des citoyens a été entendue ». « En proposant le candidat qui a été le visage du Parti populaire européen tout au long de la campagne des élections européennes, les chefs d'État et de gouvernement ont fait un pas important vers plus de démocratie et de transparence en Europe », a-t-il indiqué dans un communiqué, ajoutant que la « nomination de Jean-Claude Juncker est un succès pour le PPE ».
Pour Jo Leinen (S&D, allemand), cette désignation, loin des « accords dans l'ombre », « ouvre un nouveau chapitre dans les politiques européennes ». Et Jo Leinen d'ajouter: « À partir de maintenant, seules les personnes ayant participé, avec succès, aux élections européennes en tant que tête de liste de leur parti, pourront obtenir le poste ». Le Traité de Lisbonne restant flou et ne demandant au Conseil européen uniquement de tenir compte des résultats des élections européennes, cinq familles politiques du Parlement avaient décidé en 2013 d'interpréter ce paragraphe à leur manière et de personnaliser la campagne en se dotant d'un 'visage' censé incarner le parti.
Une logique qu'a précisément rejetée le Premier ministre britannique David Cameron et qui n'a pas enthousiasmé tout le monde. Ainsi le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et celui de la Suède, Fredrik Reinfeldt, ont jugé ce procédé aliénant car excluant de facto des personnalités qui pourraient aussi être évaluées. Les conclusions du Conseil européen prévoient d'ailleurs de faire l'évaluation de ce processus des « Spitzenkandidaten » une fois que la nouvelle Commission sera mise en place. (EUROPE 11110).
Pas de retour en arrière possible pour les socialistes
Mais pour la socialiste française Pervenche Berès, « il n'y aura plus de retour en arrière possible dans ce saut démocratique », a-t-elle réagi. Et si la Française « continue de penser que Martin Schulz incarnait la volonté la plus à même de lutter contre la crise », elle ne peut que « se réjouir du respect de la démocratie européenne », ajoutant, elle aussi, que cette désignation de M. Juncker marquait la fin des arrangements en coulisse.
De son côté, le chef des Libéraux et démocrates européens, Guy Verhofstadt, s'est félicité de « cette décision qui consacre la procédure de sélection des candidats par les partis politiques européens ». Pour la première fois, « les électeurs européens peuvent concrètement voir que leur vote a eu un impact sur la direction politique de l'UE. C'est une étape importante dans l'intégration européenne et un précédent historique. C'est d'abord un renforcement de la démocratie européenne et il reste à cet égard un long chemin à parcourir pour combler le fossé entre l'UE et ses citoyens », a-t-il noté dans un communiqué. Son groupe ADLE votera aussi en faveur du Luxembourgeois, « sous réserve que son programme à la tête de la Commission au cours des cinq prochaines années, contienne des réformes fondamentales telles que l'approfondissement du marché intérieur dans les secteurs stratégiques, l'amélioration de la gouvernance économique, une gestion administrative plus efficace et un renforcement des droits fondamentaux, notamment concernant la protection de la vie privée ». Le groupe S&D, en dépit de possibles voix dissonantes, a aussi promis son soutien au candidat Juncker.
C'est l'ironie de l'histoire: alors que le Parlement européen a exhorté les États membres à mettre fin aux logiques de 'cénacle', les trois principales familles pro-européenne du PE (PPE, S&D et ADLE), se sont entendues en amont pour se partager les postes au sein de l'institution, en particulier la présidence du PE 'découpée' entre S&D et PPE. Ces accords ont été critiqués par les autres familles politiques, dont le groupe Verts/ALE.
De leur côté, les chefs d'États et de gouvernement n'ont pas non plus manqué de réagir à la désignation de M. Juncker, « un homme d'expérience », a dit la chancelière Angela Merkel qui s'était pourtant interrogée un temps sur l'intérêt de présenter la patronne du FMI Christine Lagarde à la succession de José Manuel Barroso. « Un Européen engagé », c'est ainsi que M. Barroso a qualifié M. Juncker. Pour le Premier ministre grec Antonis Samaras, l'ancien patron de l'Eurogroupe est un homme avec un « réel engagement à aider les citoyens ». Le Belge Elio di Rupo, Premier ministre en affaires courantes, a vu en M. Juncker « un Européen convaincu » avec « toutes les qualités pour assurer cette fonction ».
David Cameron appelle M. Juncker
Les deux 'nonistes' du 27 juin, à savoir Viktor OrbÁn et David Cameron, ont eux aussi semblé adoucir leurs propos quant au candidat Juncker, le Hongrois l'ayant qualifié d'homme « raisonnable » avec lequel il sera possible de travailler. Même David Cameron a appelé au téléphone, dimanche 29 juin, « l'homme du passé », comme il se plaisait à qualifier Jean-Claude Juncker, pour lui signifier sa disponibilité à travailler avec lui. David Cameron l'a félicité pour sa désignation et a salué le fait que M. Juncker s'emploierait à proposer un 'fair deal' au Royaume-Uni. Les deux hommes rediscuteront le 16 juillet lors du prochain Sommet informel consacré aux postes de Haut-représentant de l'UE et de président du Conseil européen. Une démarche de contrition sincère ou purement intéressée ? Selon certains médias, le Premier ministre britannique aurait surtout peur de voir le Royaume-Uni ressortir fort mal loti de la course aux grands portefeuilles de commissaires, les Britanniques semblant en effet intéressés par le Commerce, selon certaines sources. (SP)