Bruxelles, 30/06/2014 (Agence Europe) - Entraperçus par-ci (une hausse des revenus des ménages) et par-là (une légère baisse du chômage), les quelques signes positifs d'une stabilisation de la situation sociale et des marchés du travail dans l'UE ne permettent pas encore de fêter sans souci la disparation des ondes de choc provoquées par la crise économique et financière, selon la dernière revue trimestrielle de l'emploi et de la situation sociale de la Commission européenne, présentée lundi 30 juin.
En une seule phrase, le commissaire Laszlo Andor (Emploi, Affaires sociales et Inclusion) a résumé les raisons qui justifient le fait de considérer que la reprise économique actuelle a des pieds d'argile: « Nombreux sont ceux qui ont encore beaucoup de mal à décrocher un emploi, et cela vaut en particulier pour les chômeurs de longue durée ». C'est précisément ces deux phénomènes que la revue trimestrielle met en exergue pour tempérer l'optimisme de ceux qui souhaiteraient déjà ranger la crise économique dans la catégorie des cauchemars troublants, mais passés.
Les effets de la crise se font en effet ressentir encore, peu importe l'angle choisi pour observer la situation sociale ou celle des marchés du travail. Si des emplois nets sont aujourd'hui créés dans la majorité des États membres (hausse de 0,2 % au premier trimestre 2014), essentiellement dans le secteur des services, « des inquiétudes subsistent quant à la qualité de ces emplois créés, la croissance de l'emploi étant principalement tirée par l'emploi temporaire et à temps partiel ». Sans oublier que la « croissance » en question est de fait très faible et que le chômage reste proche du niveau historique (10,4 % contre 10,9 %). Par ailleurs, pour ceux qui n'ont pas de travail depuis une longue période, dont beaucoup de jeunes adultes (25-29 ans), la situation ne s'améliore guère et, ici, le record historique ne semble pas encore être définitivement établi.
Les autres données dessinent un tableau similaire. Après quatre ans de déclin continu, le revenu brut disponible des ménages a connu une hausse au cours du dernier semestre de 2013. Mais, il n'y a « aucun signe » de cette hausse en ce qui concerne les ménages les plus pauvres. Un autre groupe se distingue aussi: celui des femmes. Si l'écart entre hommes et femmes s'est réduit ces dernières années, les dernières données disponibles montrent que le taux de chômage des femmes baisse moins que celui des hommes. Selon la revue, « les femmes ont tendance à être nettement plus sous-employées, quelle que soit leur tranche d'âge (travail à temps partiel non choisi), et de grandes différences persistent d'un pays à l'autre en ce qui concerne leur taux de participation au marché du travail et leur temps de travail, peut-être en raison de contraintes familiales ».
La revue trimestrielle s'est finalement attachée à regarder de près l'évolution récente de la mobilité des travailleurs dans l'UE. Le constat est que cette mobilité reprend de la vitesse, et ce, d'une manière parfois spectaculaire. Ainsi, le nombre de travailleurs en provenance du sud de l'Europe a augmenté de 38 % entre la période de pré-crise et de post-crise, alors qu'a diminué tout aussi nettement celui des travailleurs en provenance de l'est, par exemple de la Pologne (-41 %) ou de la Roumanie (-33 %). C'est l'Allemagne et le Royaume-Uni qui continuent d'être perçus comme les eldorados des temps modernes. Un migrant intra-européen-type est jeune, avec un niveau d'éducation élevé, il a un taux d'emploi supérieur à celui des autochtones et, souligne la revue, ne recourt pas plus que ces derniers aux prestations de sécurité sociale. (JK)