Une coopération qui existe. La coopération entre l'UE et la Russie existe et doit être relancée.
Voici un exemple significatif. En marge de la rencontre, la semaine dernière à Vienne, entre le président russe et le chancelier d'Autriche, l'entreprise pétrolière autrichienne OMV et la russe Gazprom ont signé l'accord de participation au consortium pour la construction du tronçon autrichien du gazoduc South Stream qui transportera chaque année dans l'UE 30 à 32 milliards de mètres cubes de gaz russe (EUROPE 11107). C'est un projet audacieux ; dirigé par Gazprom, avec la participation d'ENI (Italie) et d'EDF (France), il reliera (en passant sous la Mer Noire) la Russie à la Bulgarie et comportera deux branches: l'une vers l'Italie, l'autre vers l'Autriche, la Croatie et la Slovénie, en passant par la Serbie et la Hongrie. Il est vrai que la Commission européenne a demandé que les travaux soient suspendus, estimant que certaines règles de l'UE ne sont pas respectées ; mais Alexeï Miller, patron de Gazprom, n'est pas préoccupé: il s'entretient par téléphone chaque semaine avec le commissaire européen à l'énergie, sans dramatiser, car « les grands projets ont toujours un problème ou l'autre ».
Un autre exemple ? La Commission européenne a indiqué la semaine dernière (EUROPE 11106) que la Russie est le second importateur de produits agricoles et agro-alimentaires de l'UE. Et l'ampleur des échanges commerciaux en général entre Moscou et plusieurs pays de l'UE, l'Allemagne en tête, est bien connue. Est-il nécessaire de rappeler que les relations couvrent même le domaine militaire, avec les deux navires français Mistral commandés par le président Poutine ?
Le dialogue progresse. Certes, les coopérations réelles et concrètes entre l'UE et la Russie ne suppriment pas les divergences ; mais elles incitent à la discussion, à la recherche de compromis.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a demandé à Vladimir Poutine des signaux plus clairs, des actes, pour prouver sa volonté d'apaisement ; les efforts doivent être réciproques car de toute manière, pour l'UE, « la Russie doit redevenir un partenaire ». De son côté, le commissaire européen Günther Oettinger a exprimé son intention de rencontrer le ministre russe de l'énergie et les dirigeants de Gazprom, en vue de relancer les négociations entre Russie et Ukraine sur la fourniture du gaz russe, en ajoutant qu'il « ne désespère pas de trouver une solution en juillet ». Aussi bien Gazprom (à propos de la dette impressionnante accumulée par l'Ukraine concernant le gaz russe qu'elle achète) que les autorités ukrainiennes (à propos des nouveaux tarifs requis par Gazprom) ont saisi la Cour internationale d'arbitrage à Stockholm ; or, il est connu que les verdicts de ce noble organisme requièrent quelques années ! Il est évident que les deux parties veulent gagner du temps, dans le but de parvenir entretemps à un compromis global.
Le rôle de la rhétorique. L'UE, avant de souscrire à l'Accord d'association et de libre échange avec l'Ukraine, avait invité la Russie à en discuter ensemble au niveau politique. Le résultat était prévisible: selon la diplomatie russe, cet accord va diviser l'Ukraine en deux parties ; selon le président ukrainien, son résultat est que « pour la première fois a été reconnu le droit de l'Ukraine à devenir membre de l'Union européenne ».
Ces deux affirmations sont fausses. C'est de la banale rhétorique, d'autant plus que l'Ukraine a besoin du marché russe, où elle vend la plupart de ses produits d'exportation !
Lorsque les États-Unis préconisent la fermeté à l'égard de la Russie, ils le font sans risques, car leurs exportations vers Moscou sont à peine un dixième de celles de l'UE. La sévérité verbale est d'autant plus facile pour Washington que, dans les domaines de haute technologie, la coopération russo-américaine est très significative et intouchable: on n'en parle pas, c'est tout.
La rhétorique existe aussi dans d'autres domaines. Le Parlement russe (Douma) a supprimé la faculté pour Vladimir Poutine d'intervenir militairement en Ukraine sans passer par l'autorisation parlementaire. En Europe on s'en félicite, mais pour le secrétaire d'État américain, John Kerry, le pouvoir soustrait au président russe peut être rétabli en dix minutes ; il n'a donc pour lui aucune valeur. Il est, à mon avis, bien plus important que la Russie fasse partie (avec États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Chine) du groupe qui surveille le programme nucléaire de l'Iran. Il se réunira le 2 juillet à Bruxelles ; la Russie y sera.
J'ai laissé de côté un aspect significatif: le coût des péripéties ukrainiennes, dans un moment où l'UE élabore, parmi les difficultés bien connues, une politique de contrôle et de réduction de ses dépenses. J'y reviendrai.
(FR)