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Bulletin Quotidien Europe N° 11107
INSTITUTIONNEL / (ae) pologne

Un scandale d'écoute qui secoue la scène politique du pays

Bruxelles, 24/06/2014 (Agence Europe) - Cela fait maintenant plus de dix jours que la Pologne vit au rythme des révélations de l'hebdomadaire Wprost, qui a obtenu des enregistrements clandestins de conversations entre plusieurs personnalités politiques. L'avenir du Premier ministre, Donald Tusk, et de son gouvernement est en train de se jouer. Mais les implications de ce scandale sont aussi européennes, du fait que les chances du ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, de devenir le prochain chef de la diplomatie de l'UE semblent aujourd'hui nettement compromises.

Ce scandale bouleverse la classe politique polonaise dans son ensemble, même s'il éclabousse avant tout le parti libéral-conservateur de M. Tusk (Plateforme civique). Les écoutes, qui ont été effectuées à l'insu des personnes réunies à plusieurs reprises dans deux restaurants réputés de Varsovie en 2013 et 2014, dévoilent des marchandages politiques, des anecdotes de politiques nationale et internationale et surtout un langage cru, voire vulgaire, qu'emploient en privé les personnalités le plus haut placées de l'État, dont quatre ministres (des Affaires intérieures, des Affaires étrangères, du Budget et des Finances), ainsi que le gouverneur de la Banque centrale polonaise.

Ainsi, s'exprimant sur l'alliance entre les États-Unis et la Pologne, M. Sikorski aurait déclaré à son interlocuteur, selon la transcription fournie dimanche 22 juin par l'hebdomadaire, qu'elle « ne vaut rien, elle est même nuisible, car elle offre à la Pologne un faux sentiment de sécurité ». Il a continué en affirmant: c'est du « bullshit (foutaises, Ndlr) complet. Nous entrerons en conflit avec l'Allemagne, avec la Russie et nous allons considérer que tout est super, car nous avons fait la pipe aux Américains. C'est de la naïveté ». Cette naïveté découlerait, selon lui, du sentiment ambiant en Pologne de servilisme (« négritude » dans le néologisme polonais).

Après une première onde de choc liée au contenu de ces conversations, l'heure est aujourd'hui aux interrogations sur les commanditaires de ces écoutes et aux reproches envers les services de renseignement et de contre-espionnage polonais, qui sont accusés d'avoir failli à leur mission. Pour M. Tusk, qui a évoqué à un moment la possibilité d'élections anticipées, il s'agit d'une « attaque contre l'État » afin de « déstabiliser le pays et paralyser le gouvernement » au moment même où d'importantes décisions doivent être prises à Bruxelles et que la crise en Ukraine continue. La priorité du gouvernement est aujourd'hui d'identifier les coupables. La possibilité d'une implication des services secrets russes n'est pas totalement écartée, mais rien ne le prouve à l'heure actuelle. Les prochains jours ne devraient pas être dénués de nouveaux rebondissements. M. Tusk fera un point sur ces écoutes devant le parlement polonais mercredi 25 juin, alors que le journal Wprost pourrait révéler de nouvelles conversations. (JK)

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