Bruxelles, 19/06/2014 (Agence Europe) - Le rail coûte cher aux Européens: 80 euros par Européen par an, soit 36 milliards d'euros de subsides. Pourtant la croissance du ferroviaire est inégale en Europe. À la lumière d'un rapport sur le marché intérieur ferroviaire (4ème édition), la Commission estime que l'argent public peut être mieux utilisé via des appels d'offre publics. La logique du quatrième paquet ferroviaire s'inscrit dans le droit fil de ce constat.
Le rapport biannuel, publié jeudi 19 juin, fait état de dynamiques différentes en Europe. Des pays tels que la Suède, le Royaume-Uni, la France, la Belgique et, dans une moindre mesure, l'Allemagne, le Danemark et l'Espagne connaissent un regain d'intérêt et une croissance constante depuis les années '90. Les nouveaux États membres par contre sont en retrait, car les investissements publics dans l'infrastructure ferroviaire se sont raréfiés, occasionnant un cercle vicieux de piètre service et de désaffection pour ce mode de transport.
La Commission reconnaît donc que les subsides sont inévitables dans le secteur. Si les services longue distance ou grande vitesse s'avèrent rentables, ce n'est pas le cas des lignes intra-urbaines ou régionales (94% des lignes passagers sont domestiques, dont la moitié pour les navetteurs). L'argent public injecté dans le rail européen, par l'UE ou les États membres, représente 36 milliards d'euros par an, soit autant que les revenus générés par la tarification. La meilleure façon d'optimaliser ces subsides, rappelle-t-on à la Commission, est de procéder à des appels d'offre publics. Le gain représenterait environ 20%.
Par ailleurs, le rapport met une fois de plus en lumière que l'ouverture des marchés fait significativement baisser les tarifs et améliore la qualité des services (plus fréquents et fiables). Seuls la Suède et le Royaume-Uni ont pleinement ouvert leur marché ferroviaire (passagers inclus donc), une dizaine d'autres États font coexister l'ouverture à de nouveaux entrants à l'attribution directe de contrats publics (Italie, Pologne, Allemagne, Autriche, Bulgarie, Roumanie, Estonie, Lituanie, Lettonie, Slovaquie). L'ouverture progressive des marchés a favorisé l'émergence de gros groupes ferroviaires très actifs à l'international, et dont plus du quart des revenus sont générés par ces activités extérieures. C'est le cas des sociétés allemande Deutsche Bahn (42%), française SNCF (24%) ou néerlandaise NS (38%). (À noter en revanche que les marchés français et néerlandais ne sont pas pleinement ouverts à la concurrence et sont restés fermés à d'autres acteurs ferroviaires.)
Sans surprises, le rapport de la Commission européenne vient confirmer les propositions de réformes ferroviaires formulées par l'institution dans le quatrième paquet ferroviaire pour corriger les dysfonctionnements du secteur - ouverture du marché domestique passagers, attributions directes de contrats publics, gouvernance. Le commissaire européen aux Transports, Siim Kallas, a donc réaffirmé que pour être sur « la bonne voie dans le 21ème siècle », le rail ne pouvait se passer de « mesures courageuses », telles que l'ouverture des marchés urbains à la concurrence et la généralisation des appels d'offre pour les contrats de service public. (MD)