Luxembourg, 19/06/2014 (Agence Europe) - Plusieurs ministres des Finances de l'Eurogroupe ont étouffé toute velléité visant à assouplir les règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance afin de stimuler la croissance économique, jeudi 19 juin, à leur arrivée à la réunion de l'Eurogroupe.
Le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, a jugé inutile de modifier le Pacte de stabilité qui, selon lui, comporte déjà « la flexibilité suffisante » pour permettre aux États membres de stimuler la reprise économique. Il a évoqué le consensus des experts économiques au niveau international selon lequel la combinaison de la consolidation budgétaire et des réformes structurelles constitue la condition à la croissance. S'inscrivant dans la ligne de la chancelière allemande chrétienne-démocrate, M. Schäuble contredit ainsi les déclarations de ministres sociaux-démocrates de la coalition gouvernementale qui s'étaient récemment prononcés pour un assouplissement du Pacte (EUROPE 11103 et 11102).
Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, dont c'était la dernière réunion ministérielle avant son départ pour le Parlement européen, n'a pas contredit M. Schäuble. « Il est important que nous respections les règles qui contiennent déjà un degré élevé de flexibilité 'intelligente' », a-t-il estimé. Il a rappelé qu'avec la révision précédente du Pacte (à travers l'adoption des paquets législatifs '6 pack' et '2 pack') la zone euro fixait désormais des objectifs à moyen terme de réduction de déficit en termes structurels, c'est-à-dire tenant compte de la conjoncture économique, au lieu de s'en tenir uniquement aux objectifs en termes nominaux.
Selon M. Rehn, la raison pour laquelle la situation économique dans l'UE s'est stabilisée repose sur trois éléments: - les États membres ont accompli de gros efforts de consolidation budgétaire, les déficits publics moyens ayant été réduits de 7% à 2,5% en 2013 ; - la BCE a pris des mesures décisives (injection de liquidités, lancement du programme 'OMT' d'achats de dette souveraine) ; - renforcement de la gouvernance économique plaçant les réformes structurelles au coeur des priorités politiques.
Même les ministres de pays ayant des difficultés à respecter leurs objectifs budgétaires, qui pourraient voir d'un bon oeil des règles budgétaires plus souples, ont publiquement fait profil bas. Le ministre italien, Pier Carlo Padoan, dont le pays assurera la présidence tournante du Conseil de l'UE, a assuré que son pays n'était pas demandeur d'une réforme du Pacte de stabilité. « Nous n'avons pas fait une telle demande », a-t-il indiqué. En revanche, « ce que nous avons demandé, c'est de mettre sur la table tous les instruments dont l'Europe dispose pour accélérer la croissance et la création d'emploi », a-t-il ajouté. Selon lui, l'Europe doit clairement réorienter ses priorités vers la croissance et la création d'emploi après avoir privilégié la consolidation budgétaire et la mise sur pied de l'union bancaire.
On prête au Premier ministre socialiste italien, Matteo Renzi, l'intention de conditionner son soutien à la désignation du chrétien-démocrate luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la prochaine Commission européenne à l'obtention de garanties concernant des mesures de l'UE favorables à la croissance. L'Italie, qui est sortie de la procédure pour déficit excessif, ne cherche pas plus de temps pour respecter ses engagements budgétaires. Son problème réside davantage dans le poids de la dette publique, supérieure à 2 000 milliards d'euros, et à sa très faible croissance. Rome avait un temps plaidé pour un traitement plus favorable des investissements publics d'avenir, eux-mêmes soutenus par les fonds structurels européens. Jugeant trop rigide l'interprétation du Pacte par la Commission, elle y avait finalement renoncé.
La France, qui peine à ramener son déficit sous la barre des 3% du PIB en 2015, souligne l'importance du rythme des efforts demandés. « Les règles sont les règles. Il faut trouver le bon rythme pour chacun de nos pays, en particulier pour les pays les plus en difficulté, pour que le retour à une situation budgétaire maîtrisée, à une diminution ordonnée de l'endettement (…) se fasse dans des conditions compatibles avec le retour de la croissance », a déclaré le ministre français des Finances, Michel Sapin.
Sans nier les « difficultés » auxquelles fait face son pays, il a jugé que les recommandations de politique socio-économique que la Commission avait adressées à Paris tenaient compte des décisions du gouvernement français relatives au pacte national de compétitivité et de responsabilité. « Ça veut dire que le courant passe », qu'« on ne nous regarde pas en faisant les gros yeux », a estimé M. Sapin. (MB)