La coopération existe. Les grandes puissances mondiales, avec États-Unis, Russie et UE en tête, souhaitent autant que possible aplanir les divergences qui les séparent. Ce sont plutôt certains petits ou moyens pays, impliqués dans ces désaccords, qui rendent malaisés les apaisements. La division du monde en deux catégories, ceux qui ont raison et ceux qui ont tort, est trop simpliste. La réalité est que, même dans les circonstances difficiles actuelles, les (prétendus) ennemis n'ont jamais interrompu leur coopération dans de nombreux secteurs. Quelques rappels ? Les États-Unis et la Russie ont continué à coopérer dans le vaste domaine de la connaissance et de la conquête de l'espace ; la France ne renonce pas (malgré les critiques explicites du président des États-Unis) à livrer deux navires de guerre Mistral à la Russie, qui a d'ailleurs confirmé la commande de deux autres exemplaires ; l'Allemagne, et elle n'est pas la seule, ne suspend pas ses échanges commerciaux avec la Russie et, bien entendu, personne ne songe en Europe à interrompre l'achat de gaz et de pétrole russes ni le développement des réseaux qui y sont liés grâce aux entreprises mixtes russes et européennes qui coopèrent depuis longtemps.
On peut prolonger ces constatations par des rappels plus techniques. Par exemple, depuis que la Russie est devenue membre de l'Organisation mondiale du commerce (quels efforts à l'époque pour y être admise !), l'UE est très vigilante à l'égard du respect par Moscou de ses obligations quant à l'accès des produits européens au marché russe et ces échanges de marchandises se développent.
La coopération Russie/États-Unis/UE couvre aussi des aspects de portée politique très sensible, par exemple, dans le domaine des armes nucléaires: l'objectif qui est de les supprimer, d'y renoncer pour toujours, tous ensemble, est explicitement partagé ; sans oublier de surveiller les puissances irresponsables ou fanatiques qui veulent en disposer à leur tour.
Les Américains s'éloignent ? La tendance des États-Unis à limiter, voire supprimer, leur présence armée dans d'autres continents est sous les yeux de tous. Faisant suite au calendrier rigoureux pour l'abandon définitif de l'Afghanistan, la volonté américaine de ne plus maintenir de forces terrestres ni en Syrie ni en Iraq a été confirmée à la fin de la semaine dernière. Certes, le président Obama continue et continuera à soutenir les forces légales irakiennes dans leur combat contre les extrémistes de l'EIIL ou d'autres groupes djihadistes et il n'exclut pas de fournir armes et matériel militaire lorsqu'il l'estimera opportun ; mais le retour de troupes américaines sur place paraît exclu. D'ailleurs, quel citoyen américain connaît la distinction entre sunnites et chiites ? Pourquoi soutenir les uns plutôt que les autres ?
Les sondages d'opinion outre-Atlantique indiquent que la plupart des Américains ne souhaitent pas que leur pays prolonge sa présence militaire dans d'autres continents et la majorité n'oublie pas que M. Obama avait été élu pour mettre fin aux guerres et pas pour en commencer des nouvelles, ni pour résoudre des problèmes ailleurs lorsque la sécurité de son pays ne l'impose pas.
L'Otan demeure intangible. Mais tout ceci n'implique absolument pas que les États-Unis envisagent de refroidir leurs engagements dans l'Alliance atlantique. Ils sont à l'avant-garde dans le soutien de l'OTAN face à la Russie et dans l'encouragement aux pays européens à renouveler leurs armements. Notre publication Europe Diplomatie et Défense, qui couvre en détail l'activité de l'OTAN, a souligné que, lors de la récente assemblée parlementaire à Vilnius, les représentants invités de Kiev ont demandé que l'Ukraine en devienne membre et obtienne, dans cette attente, des armes de haute précision. Les parlementaires présents ont demandé que l'UE renforce son soutien politique, financier, économique, matériel et technique à l'Ukraine, et ils réclament surtout « le retour de la Crimée sous la juridiction et le contrôle de Kiev. » En d'autres mots, l'Ukraine et quelques autres pays souhaitent la relance de la querelle avec Moscou que plusieurs personnalités politiques européennes considèrent comme dépassée. On peut se demander s'il ne serait pas plus utile et réaliste d'élaborer un compromis sur la reprise normale du passage du gaz russe par l'Ukraine, à l'avantage de l'UE, de la Russie, et bien entendu de l'Ukraine elle-même. Ceux qui souhaitent des conflits pour en tirer des avantages directs, malgré leurs coûts (sur le dos de l'UE, bien entendu) et les désastres implicites, ne devraient pas être écoutés.
Sans oublier que des accords sur les comportements réciproques entre l'OTAN et la Russie existent et sont pour l'essentiel encore valables. Si la volonté d'apaisement est sincère.
(FR)