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Bulletin Quotidien Europe N° 11090
INSTITUTIONNEL / (ae) pe 2014

Les socialistes ironisent sur les hésitations du PPE à propos de M. Juncker

Bruxelles, 28/05/2014 (Agence Europe) - La réunion du 27 mai à Bruxelles des dirigeants européens à l'issue de laquelle Herman Van Rompuy a été mandaté pour commencer les discussions sur les postes à pourvoir à la tête des institutions européennes et sur les priorités de l'UE dans les cinq années à venir a laissé un goût amer à plusieurs responsables politiques socialistes (EUROPE 11089).

Alors que ce dîner informel est loin d'avoir été une consécration pour le candidat luxembourgeois du Parti populaire européen (PPE) arrivé en tête après les élections, Jean-Claude Juncker, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a critiqué sur la radio Deutschlandfunk le fait que les chefs d'État ou de gouvernement n'aient pas endossé cette candidature. Il a aussi déploré la lenteur du processus pour désigner le nouveau président de la Commission européenne, rapportent plusieurs médias luxembourgeois. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a en effet indiqué que les négociations sur les nominations ne débuteraient qu'une fois constitués les groupes politiques du Parlement européen. Il prévoit une discussion sur les nominations et sur les futures priorités de l'UE lors du Conseil européen des 26/27 juin. La candidature de M. Juncker à la tête de la Commission est critiquée par le Royaume-Uni, la Suède, la Hongrie et certains pays baltes, selon des sources.

« Ce résultat est décevant, voire honteux », a affirmé le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn. Celui-ci a rappelé que le Parlement européen avait officiellement proposé mardi matin le nom de l'ancien Premier ministre luxembourgeois pour prendre le poste. Et il a regretté que le Conseil européen, constitué des chefs d'État et de gouvernement des pays membres, « ne veuille pas se laisser imposer » un nom, notamment parce que les conservateurs du PPE « ne sont pas unis derrière leur tête de liste ».

Le chef du groupe S&D au Parlement, l'Autrichien Hannes Swoboda (qui est sur le départ), a, lui aussi, ironisé sur les résultats de cette rencontre informelle jugeant « comique » le fait que Jean-Claude Juncker ait reçu le soutien des socialistes mais ait « été bloqué par le PPE au Conseil européen ». Le Conseil européen « joue un jeu de cache-cache. Les élections européennes sont passées; le résultat est clair et accepté par tout le monde dans le Parlement européen. La Conférence des présidents a envoyé un message à M. Van Rompuy qui ne pouvait pas être plus clair: Jean-Claude Juncker, le candidat du plus grand groupe, doit entamer des négociations sur un programme de travail ». Et, ajoute l'Autrichien, « comme le Conseil européen refuse d'assumer ses responsabilités, nous demandons à Jean-Claude Juncker d'entamer des négociations sans le mandat du Conseil ».

Pour la délégation socialiste française au PE, ces résultats sont également décevants et l'on regrette « le mandat confié à Herman Van Rompuy pour mener ces consultations: le candidat du PPE arrivé en tête lors des élections au Parlement européen, M. Juncker, devait être le premier à tenter de trouver une majorité, comme l'ont affirmé hier l'ensemble des présidents de groupe ».

C'est là « non seulement le sens des traités, mais également celui de la démarche démocratique de la campagne. Le fait que les chefs d'État ou de gouvernement de droite bloquent le candidat issu de leur famille politique en dit long sur leur cohésion. Nous serons un obstacle aux tripatouillages entre les États », ont assuré les députés français pour qui il est clair que « si M. Juncker ne réunit pas la majorité nécessaire au Parlement européen et au Conseil, c'est Martin Schulz qui devra chercher à réunir une majorité autour de son programme progressiste ».

Pour le porte-parole du Parlement européen, Jaume Duch, les résultats de l'informelle ne modifient toutefois pas la donne. « Jean-Claude Juncker a un mandat du Parlement, il n'a pas besoin du mandat des autres » pour entamer son travail de recherche de majorité. Ce travail est d'ailleurs déjà entamé, les groupes politiques étant en train de se former et les majorités possibles pouvant commencer à émerger. Le rôle d'Herman Van Rompuy sera simplement de venir constater les majorités formées au PE et de voir si elles peuvent s'accorder avec les forces en présence au Conseil. Et si les États membres devaient ne pas être en accord avec le choix du Parlement européen, alors Herman Van Rompuy serait en droit de songer à d'autres solutions et d'autres candidats, qu'ils fassent partie des candidats 'officiels' du PE ou non.

Pour le porte-parole du PE, la réunion de mardi des dirigeants de l'UE ne devrait pas être vue comme un échec ou comme un rejet de M. Juncker à la tête de la Commission européenne. « Donner un mandat à Herman Van Rompuy était la seule chose concrète qu'ils pouvaient faire », a expliqué Jaume Duch. (SP)

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