Bruxelles, 28/05/2014 (Agence Europe) - Avec en toile de fond la crise ukrainienne et les tensions avec la Russie, la Commission a dévoilé, mercredi 28 mai, sa nouvelle stratégie pour sécuriser l'approvisionnement énergétique de l'UE et réduire sa dépendance vis-à-vis de ses importations.
Cette nouvelle stratégie européenne, la troisième depuis le premier différend gazier russo-ukrainien de 2006 - après le plan d'action de 2008 sur la sécurité et la solidarité énergétiques, puis la communication de 2011 sur la sécurité de l'approvisionnement énergétique et la coopération internationale - dépoussière de vieilles propositions et apporte quelques éléments nouveaux.
Parmi les éléments les plus innovants, la Commission va notamment évaluer les options pour la mise en place de mécanismes volontaires d'agrégation de la demande visant à gonfler le pouvoir de négociation des acheteurs. L'idée de mettre en place une agence européenne pour effectuer des achats groupés de gaz et lutter contre les variations de prix entre les États membres qui font face à un fournisseur en position dominante, comme le gazier russe Gazprom, est au centre des propositions du Premier ministre polonais, Donald Tusk, dans le cadre de son projet d'Union de l'énergie. Mercredi, le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger, a toutefois semé le doute quant à l'utilité de cet outil, aux yeux de la Commission. « Nous pensons qu'à priori la meilleure solution pour harmoniser les prix c'est l'achèvement du marché intérieur. Si nous y arrivons, cette agence ne sera pas nécessaire, puisque nous aurons un prix unique de Lisbonne à Riga », a-t-il insisté.
Principalement axée sur la diversification des sources d'approvisionnement, la modernisation des infrastructures énergétiques et l'achèvement du marché intérieur de l'énergie, cette stratégie place surtout les économies d'énergie au premier plan. « Plus que jamais nous sommes convaincus que les économies d'énergie représentent la première réponse à apporter à la dépendance énergétique de l'UE », a expliqué M. Oettinger devant la presse. La stratégie se concentre aussi sur le tendon d'Achille de la politique énergétique commune de l'UE: sa dimension extérieure, qui inclut la coordination des décisions prises dans le cadre des politiques énergétiques nationales et la capacité des Vingt-huit à parler d'une seule voix avec les fournisseurs tiers. « Nous souhaitons des partenariats forts et stables avec les grands fournisseurs, mais nous devons aussi nous préserver du chantage politique et commercial. L'UE et ses États membres doivent renforcer leur solidarité avec les États membres les plus vulnérables », a insisté le commissaire.
« Bien qu'elle ait beaucoup manoeuvré pour améliorer sa sécurité énergétique depuis la crise du gaz en 2009, l'UE reste vulnérable, comme nous le rappelle la crise ukrainienne. Notre dépendance globale de plus de 50% à l'égard des importations d'énergie nous oblige à poursuivre notre action », a renchéri le président de la Commission, José Manuel Barroso, dans un communiqué, attendant un « soutien sans faille » des États membres à cette stratégie que le Conseil européen examinera les 26 et 27 juin.
La stratégie repose d'abord sur des actions immédiates pour accroître la capacité de l'UE à surmonter une perturbation majeure de l'approvisionnement à l'hiver 2014/2015. À cet effet, la Commission propose de réaliser, au niveau régional ou de l'UE, des tests de résistance du système énergétique de l'UE à une rupture de l'approvisionnement et, sur cette base, d'établir des plans d'urgence et de créer des mécanismes de secours. Ceux-ci pourraient inclure l'accroissement des stocks de gaz, la réduction de la demande à court terme moyennant l'utilisation de combustibles de substitution (notamment pour le chauffage), la mise en place d'infrastructures de secours et de flux inversés, et la mise en commun d'une partie des stocks de sécurité.
À moyen et long termes, la Commission mise sur la modération de la demande d'énergie. À cette fin, la Commission va surveiller la mise en oeuvre de la directive « efficacité énergétique », réviser le texte cet été et dessiner les contours d'un cadre à l'horizon 2030. En second lieu, l'exécutif européen table sur l'achèvement du marché intérieur de l'énergie de l'UE (prévu en 2014 !) et sur la construction des maillons manquants dans ses infrastructures énergétiques. En outre, la Commission propose de porter l'objectif d'interconnexion entre pays de la capacité de production d'électricité installée de 10% en 2020 à 15% en 2030.
Pour renforcer les mécanismes d'urgence et de solidarité à moyen terme, la Commission propose de réviser des mécanismes existants visant à garantir la sécurité de l'approvisionnement et de les renforcer, si nécessaire, pour le pétrole, le stockage de gaz et le combustible nucléaire (uranium).
Sur le long terme, la Commission prône l'augmentation de la production d'énergie domestique, incluant l'essor des renouvelables et l'exploitation des hydrocarbures (dont le gaz de schiste) et le charbon propre, ainsi que la diversification des approvisionnements extérieurs, grâce à l'expansion des infrastructures gazières avec la Norvège, dans le corridor Sud et en Méditerranée et un recours accru au GNL.
Enfin, la Commission propose que les États membres s'informent mutuellement de leurs décisions importantes de politique énergétique nationale avant leur adoption et qu'ils l'informent à un stade précoce avant d'entamer des négociations sur des accords intergouvernementaux avec des pays tiers fournisseurs. (EH)