Bruxelles, 07/05/2014 (Agence Europe) - Une Europe concentrée sur la création d'emplois notamment pour les jeunes, sur la lutte contre le dumping fiscal et qui renoue avec ses idéaux originels en sapant le jeu des eurosceptiques. Tels sont les principaux axes du programme de campagne de Martin Schulz, le candidat du Parti socialiste européen à la présidence de la Commission européenne, qui présentait officiellement ses propositions mercredi 7 mai à Bruxelles.
Lancé dès octobre dans la course à la succession de M. Barroso, Martin Schulz a détaillé ses priorités quelques jours après le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pour le PPE, et le Belge Guy Verhofstadt, pour l'ADLE, et s'est amusé des critiques selon lesquelles son programme ne se différencierait pas de celui de ses rivaux. « J'observe que Jean-Claude Juncker présente un programme social-démocrate. Qui est dupe ? », a lancé l'Allemand, notant d'ailleurs que les propos tenus publiquement par le Luxembourgeois ne reflètent pas forcément les positions de son parti. Quant à Guy Verhofstadt, « un ami très cher », il est « champion » pour vanter « sa vision individuelle », mais, au moment des votes, une « grande différence » apparaît entre « ce qu'il dit et ce que l'on voit sur la liste de votes des libéraux », s'est amusé Martin Schulz.
Le candidat des socialistes et démocrates a également renouvelé sa foi dans le processus de personnalisation de la campagne suivi par les principales familles politiques européennes. Reconnaissant qu'il « existe toujours des risques », en l'occurrence, que le Conseil européen sorte de son chapeau un tout autre ticket pour succéder à José Manuel Barroso au lendemain du 25 mai, Martin Schulz a tout de même le sentiment « que le futur président de la Commission sera l'un des candidats officiels ». L'Allemand ne s'imagine pas non plus que l'on puisse appeler les citoyens à voter sur la base d'une procédure bien particulière et décider ensuite de ne pas la respecter.
Sur le fond, le candidat du PES a présenté six grands domaines d'action, le premier consistant à renforcer le caractère démocratique de l'UE et la participation. Sur ce volet, l'Allemand a notamment expliqué qu'il souhaitait s'attaquer à l'inégalité salariale et qu'il ferait tout pour avoir une Commission paritaire, composée d'autant de femmes que d'hommes. La Commission européenne dans son ensemble devra au moins une fois par an aller à la rencontre des gouvernements nationaux, afin de se rendre compte des difficultés sur le terrain.
Sur l'économie, ensuite, « toutes les initiatives devront avoir pour objectif de doper la croissance, l'emploi et la compétitivité ». Il faudra notamment soutenir les PME et renforcer les liens entre elles et les universités. Le candidat veut, entre autres, un fonds européen pour l'investissement et l'innovation, alimenté par les fonds non utilisés du budget européen. Le TTIP, traité de libre-échange avec les États-Unis, ne doit pas être diabolisé. Il sera source d'emplois pour les Européens, juge Martin Schulz, mais ne sera ratifié que s'il ne mine aucun standard européen, environnemental, social ou numérique.
En ce qui concerne la gouvernance économique et la régulation financière, l'Allemand souhaite, entre autres, une vraie taxe sur les transactions financières et aller plus loin que l'étape adoptée mardi 6 mai par les ministres européens (EUROPE 11073). En matière de fiscalité et de lutte contre le dumping fiscal, Martin Schulz souhaite introduire un taux minimum d'imposition sur les entreprises afin d'éviter la course au mieux offrant entre les États membres. D'ici à la fin de 2014, il faudra aussi disposer d'une liste complète de tous les paradis fiscaux mondiaux, une annonce qui intervient alors que tous les pays membres de l'OCDE ont signé le 6 mai à Paris la norme globale sur l'échange automatique d'informations (voir autre nouvelle). Toutes les entités apparaissant sur cette liste devraient alors faire l'objet de sanctions. Et, au préalable, l'UE devra se doter d'une définition « claire et solide » de la notion de 'paradis fiscal'. Sur l'euro, il faudra compléter la gouvernance économique en y associant le caractère démocratique. Mais l'Allemand n'ouvrira pas le débat de « l'euro fort », comme le souhaiteraient certains de ses alliés, notamment en France. Comprenant qu'un euro fort pose problème à certains pays dans leurs exportations, Martin Schulz juge prématuré de tenir cette discussion, a-t-il dit mercredi.
Autre domaine d'action prioritaire: l'emploi et les questions sociales. La garantie jeunesse devra ainsi être rapidement mise en oeuvre dans les États membres. L'Allemand veut aussi un Pacte européen pour la formation et les qualifications.
Sur l'Europe numérique et la protection des données, Martin Schulz veut une Charte européenne des droits numériques qui oblige les compagnies européennes à faire la lumière sur toutes les données qu'elles collectent auprès des individus et à les effacer si ces derniers le demandent. Il faudra aussi introduire davantage de concurrence entre les opérateurs du net et les moteurs de recherche et tenter de bousculer le monopole de Google.
Enfin, sixième et dernier domaine d'action: « aller voter ». Martin Schulz a dit mercredi sa « honte » de voir arriver après le 25 mai un « candidat nazi » au Parlement européen. Et le candidat qui arrivera à la présidence de la Commission à l'issue du scrutin devra dès son premier jour de travail s'employer à lutter contre « toutes les tentatives de destruction de l'UE ». (SP)